Un tour dans la mer des Caraïbes

C’est à Managua au Nicaragua que nous avons rendu visite à l’institution de microfinance AFODENIC, soutenue par notre partenaire Babyloan. Pendant deux jours nous sommes allés à la rencontre d’une dizaine de micro-entrepreneurs que nous soutenons, échanger avec le personnel et même interviewer le directeur. À chaque rencontre, nous avons été reçus très chaleureusement et les micro-entrepreneurs nous montraient non sans fierté leurs échoppes, restaurants, ateliers, cuisines ambulantes… Ainsi, nous avons découvert l’activité d’un cordonnier, d’une fabricante de tortilla ou encore d’une tenancière d’une petite épicerie. Si le processus des prêts et remboursements est similaire entre les différentes institutions de microfinance que nous avons visitées au cours de notre voyage, c’est la première fois que nous avons pu nous adresser directement aux micro-entrepreneurs sans passer par l’intermédiaire d’un traducteur. Cette étape en moins, nous sommes plus proches de nos interlocuteurs et notre accent ainsi que nos erreurs de langue les font sourire! En aucun cas ne sommes nous présents pour contrôler le remboursement des prêts, en effet l’objectif de notre aventure, à mesure que nous rencontrons des porteurs de micro-projets, est de promouvoir la microfinance comme un formidable levier de développement d’autant plus lorsqu’elle est associée à des formations sociales et éducatives. Toutefois, nous sommes quelque peu frustrés de ne pas avoir accès à des données plus précises sur le fonctionnement des institutions et de ne pas pouvoir entrer plus en profondeur dans l’analyse des difficultés auxquelles elles peuvent être confrontées.

La veille de notre départ pour le Costa Rica, nous avons tenté de démarrer la 4L en la poussant comme à notre habitude. Transpirants et le souffle coupé au bout du sixième essai c’est avec soulagement que nous avons aperçu deux hommes tout droit sortis d’une maison pour nous venir en aide. Amusés par nos visages perlants de sueur et la simplicité avec laquelle nous leur avons annoncé que nous poussions de la sorte depuis les États-Unis et que cela fonctionnait très bien, nous n’avons pas eu le temps de reprendre nos esprits que la 4L s’est retrouvée arrimée à une voiture de tuning par une sangle miteuse. Après quelques secousses et dix minutes d’une conduite attentive au cours de laquelle la sangle a lâché plusieurs fois, nous avons arrêté notre encordée devant une cour invraisemblable — inondée d’huile de moteur et jonchée de culasses, pistons, pneus et outils en tout genre. En quelques instants, le garagiste, un petit homme à l’œil rieur est sorti tout entier du moteur d’une énorme Dodge. Sidérés par ses contorsions et le bric-à-brac de la cour dans laquelle il s’attachait à redonner vie aux moteurs les plus encrassés et aux mécaniques les plus usées, nous nous sommes regardés en sachant que nous avions affaire à l’homme de la situation.

« Et vous êtes bons en mécanique? » Telle est la question systématique de quiconque à qui nous expliquions notre tour du monde en 4L. Justifiée, raisonnable, il ne nous a pourtant jamais semblé nécessaire de savoir démonter entièrement une boîte de vitesses et c’est amusé que l’un ou l’autre nous répondions à tous les curieux que personnellement nous n’étions pas très connaisseurs, mais que notre coéquipier se débrouillait bien — ce qui avait l’avantage de couper court à toutes autres interrogations sur le sujet! C’est donc ignorants qu’aux États-Unis nous avions diagnostiqué un démarreur défectueux, que par manque de temps nous nous étions accordés de le changer en Colombie (où il reste beaucoup de 4L en circulation) et de pousser la voiture en attendant!

En deux minutes, le mécanicien nicaraguayen nous annonçait que la batterie était morte et qu’il nous suffisait de la remplacer. La batterie faiblissant depuis la Californie, n’alimentait plus suffisamment le démarreur en électricité et ce dernier ne se lançait pas pour entraîner le moteur. Simple. Nous qui pensions que les galets et les charbons du démarreur étaient usés, nous avions tout faux! Mais ne prenez surtout pas à la lettre notre explication, nous pourrions encore nous tromper! La prochaine fois nous ne ferons pas semblant de connaître l’origine d’une panne et nous nous rendrons directement chez un garagiste… Nous rions encore aujourd’hui de notre incompétence! Malgré tout, bien que nos connaissances soient limitées, nous n’avons jamais eu avant cet événement de panne nous empêchant de rouler. Il serait injuste à cet égard de ne pas mentionner Jean-Pierre Prévost et son équipe qui ont méticuleusement préparé la 4L avant notre départ. D’autre part, dans tous les pays que nous traversons, nous trouvons toujours un mécanicien capable de réparer un moteur avec peu! Tous trois penchés dans le moteur jusque tard dans la soirée, nous éclairions les gestes du mécanicien avec notre lampe à dynamo. Émerveillé par tant de « technologie », ce dernier éclatait de rire à chaque tour de moulinet nécessaire pour la recharger en énergie. Fasciné par notre lampe nous lui avons laissé en guise de remerciement et c’est tous les trois avec le sourire et une batterie neuve mais trop grande, que nous nous sommes quittés nos deux phares jaunes perçant la nuit.

Les deux jours qui suivirent furent intenses. Nous avions fait le choix d’envoyer la voiture du Panama à la Colombie mi-mars plutôt que d’attendre le mois d’avril, afin de passer plus de temps en Amérique du Sud. De ce fait, nous avons été contraints de traverser le Costa Rica en moins d’une journée. Pays connu pour sa nature et le coût élevé de la vie, il est surnommé la Suisse de l’Amérique centrale et finalement nous intéressait un peu moins. Après des heures passées aux douanes pour franchir les frontières du Costa Rica et du Panama et deux nuits dans des stations services sous une pluie tropicale incessante, nous sommes arrivés au Balboa Yacht Club à Panama City, lieu où tous les overlanders finissent leur route avant de s’attaquer aux formalités administratives des traversés en cargo pour l’Amérique du Sud. À notre arrivée, nous avons eu le plaisir de faire la rencontre de plusieurs voyageurs! Des allemands retraités dans un camion tout terrain, une famille de français avec trois enfants dans un camping-car de Californie et un couple belge-espagnol dans un Land Cruiser immatriculé à Bruxelles! Au dernier moment nous avons donc changé tous nos plans et décidé d’annuler nos rendez-vous du lendemain pour envoyer la voiture et de partager un container de 40 pieds avec nos amis de Belgique, Alexander et Mireia, ce qui nous permis de diviser le prix de la facture par deux! Des dizaines d’heures passées sur Skype et à envoyer des mails depuis San Francisco se sont révélées inutiles, puisque notre traversée aura finalement été réglée en l’espace d’une soirée! C’est donc un très agréable moment que nous avons passé tous ensemble au Balboa Yacht Club à s’échanger des bons plans et à se raconter nos aventures, vivant comme une grande famille, toutes générations confondues de 4 à 68 ans!

Sitôt les formalités pour le container réglées, nous avons rencontré Aymeric et Elise, deux rouennais expatriés à Panama City. Ils nous ont réservé un accueil très chaleureux où du haut du 42ème étage d’une tour magnifique, nous avions une vue imprenable sur la capitale. Ces quelques jours passés en leur compagnie ont été pour nous l’occasion de nous reposer, de rencontrer l’Alliance Française de Panama City, d’assister à un concert, de découvrir la ville ainsi que le fameux canal! Nous avons été surpris par le niveau de développement élevé de la ville, les grattes-ciel y poussent comme des champignons et la première ligne de métro vient de voir le jour! Toutefois, sous ses allures d’état moderne, l’économie panaméenne est largement perfusée par l’activité du canal et la redistribution des richesses ne semble pas bénéficier à tout le pays. Canal de 80 km de long connectant l’océan Pacifique à l’océan Atlantique depuis 1914, il laisse aujourd’hui passer plus de 14 000 bateaux tous les ans avec une taxe moyenne de 54 000 $ et afin d’optimiser le rendement des écluses, les portes-containers sont aujourd’hui construits en fonction de la taille des écluses, soit 305 mètres de long et 33,5 mètres de large. Inventés en 1956, la standardisation des containers a fait exploser le trafic maritime et a de ce fait été un moteur de la mondialisation. Les panneaux publicitaires Coca-Cola ou Samsung que nous trouvions même dans les campagnes les plus reculées du Népal, du Vietnam ou du Honduras en témoignent.

La voiture dans son container au côté d’un 4×4 Land Cruiser belge, il nous fallait trouver une solution pour passer le Darien Gap, la jungle entre le Panama et la ColombieL’absence de route entre les deux continents relève plus de questions politiques, écologiques et sécuritaires que techniques et les seuls moyens de passer d’un pays à l’autre sont de prendre l’avion ou d’embarquer sur un bateau pour relier Colón au Panama à Cartagena en Colombie. Les deux moyens de transport étant environ au même prix, c’est sans hésitation que nous avons choisi de troquer notre 4L pour un voilier de 12 mètres avec nos amis Belges! À bord du Corto II, nous étions 9 passagers avec un capitaine argentin et un petit chien! Les liaisons sont régulières et si la traversée vers la Colombie dure seulement 48h, les capitaines naviguent d’abord dans les îles paradisiaques des San Blas pendant trois jours. Cet archipel de 300 îles a tout d’un décor de carte postale: l’eau de mer turquoise, le sable fin, les palmiers sur des îles vierges, les dauphins au réveil… Nous étions donc très occupés entre pêche, nage avec masques et tubas pour observer les poissons et les récifs et lecture au soleil. La traversée en elle même fut moins reposante puisque une forte houle — dont Nicolas se souviendra — a rendu malade la moitié de l’équipage!  Dans des conditions de mer un peu moins faciles, le capitaine nous a étonnés par sa capacité à gérer seul le bateau de jour comme de nuit et à cuisiner pour tout le monde tout en gardant le sourire! Finalement nous sommes arrivés au milieu de la nuit à Cartagena en Colombie et devons désormais nous armer de courage et de patience pour effectuer les formalités administratives pour récupérer la 4L, établir un programme prévisionnel pour les quatre prochains mois et commencer la découverte de ce nouveau continent qui s’annonce riche et magnifique! En avant!

Nicolas & Matthieu

 

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