L’Inde et le Népal, 15000 kilomètres !

Nous sommes à Calcutta après 92 jours sur la route et 15000 kilomètres de parcourus dans 16 pays en Europe et en Asie ! La ville de Mère Teresa est la ligne d’arrivée asiatique pour la 4L puisque nous ne pouvons pas traverser la Birmanie par voie terrestre et qu’il est impossible de faire entrer au Vietnam un véhicule immatriculé en France. Devant ces difficultés, nous avons décidé à la fois pour gagner du temps et pour limiter nos dépenses, d’envoyer notre 4L par cargo de Calcutta à San Francisco. Nous nous rendrons donc par avion en Asie du Sud-Est pour rencontrer les micro-entrepreneurs que nous soutenons et effectuer nos conférences sur le microcrédit, en partenariat avec l’Agence Française de Développement au Cambodge et au Vietnam. De la côte est des États-Unis nous mettrons ensuite le cap au Sud vers la Cordillère des Andes.

Le retard que nous avons accumulé à Bombay pour récupérer la voiture de Dubaï, nous a malheureusement forcé à appuyer un peu plus sur l’accélérateur pour traverser l’ancienne colonie anglaise. Les routes y sont dangereuses et l’usage des rétroviseurs inexistant. Il ne s’est pas passé un seul jour sans que nous ayons eu à faire un freinage d’urgence parce-qu’un camion déboîtait sans regarder, qu’une vache traversait la route tête baissée ou que la route se transformait en un champ de nids de poule à briser une suspension… Le comportement des automobilistes indiens est au delà de tout ce que l’on peut imaginer en France et l’utilisation du klaxon est privilégiée à celui des freins. Il est par exemple parfaitement normal pour un camion TATA de 33 tonnes de rouler à 50 km/h à contre-sens sur « l’autoroute » et de signifier aux autres usagers qu’il est dans son plein droit en répétant une trentaine d’appels de phare et en appuyant furieusement sur son klaxon – comparable à une sirène de pompier. Toutefois, aussi étrange que cela puisse paraître, nous n’avons pas eu la sensation d’être beaucoup au volant. Nous nous sommes relayés régulièrement et c’est amusant comme sans mot dire nous échangeons de conducteur aux moments où nous sommes tous deux prêts à conduire ou à copiloter ! Avec une voiture avec le volant à gauche en Inde, il faut conduire à deux. Le passager annonce s’il est possible de doubler et le dépassement doit être franc et efficace tout en prenant garde aux  piétons, cyclistes et animaux. Par ailleurs, nombreuses sont les personnes à nous demander si notre équipe fonctionne bien et si nous nous supportons toujours. Notre amitié dure depuis plus de quatorze ans et ne nous trompe pas. Nous pouvons donc sereinement répondre que nos caractères complémentaires nous permettent de nous adapter dans toutes les situations et notre indéfectible entente nous aide à surmonter les difficultés avec le sourire. La 4L quant à elle commence à faire défaut. Mais de quoi aurait l’air notre tour du monde si nous n’avions pas de pannes mécaniques à raconter ? Au Népal nous avons cassé la fixation de l’amortisseur sur le bras droit de suspension. Une pièce assez difficile à changer et bien entendu introuvable en dehors de France… Une grosse soudure, renforcée par une pièce de métal a fait l’affaire et nous espérons qu’elle tiendra encore longtemps. Nous avons par ailleurs fait les premières marques sur la carrosserie lorsque un motard au milieu d’un virage n’a pas eu le temps de se rabattre et a éraflé notre portière avant droite. Enfin, un 4×4 a intentionnellement mal évalué sa distance de freinage pour percuter notre pare-choc, énervé que nous ne nous soyons pas mis dans le fossé pour qu’il puisse nous doubler après avoir klaxonné pendant 2 minutes 30 – sans interruption. Plus de peur que de mal heureusement.

Au delà de ces désagréments routiers, l’Inde est un pays étonnant et contrasté. Les merveilles du Rajasthan avec les remparts roses de Jaipur, les palais et temples d’Udaipur font partie des plus belles villes que nous avons visité depuis notre départ. Comme beaucoup de voyageurs, nous avons été renversés par la symétrie, la proportion et la beauté architecturale du Taj Mahal à Agra. Nous avons eu du mal à détacher nos yeux du monument et fait plusieurs fois le tour avant de quitter les lieux en dernier. Ces joyaux paisibles de l’Inde où respirent la sérénité dénotent en tout point avec les nauséabondes décharges publiques, les crachats de chique et les villes obstruées de véhicules et d’habitants. Le comportement « sans gêne » de certains indiens nous laisse encore perplexes et l’usage de klaxons à vous faire exploser un tympan au feu rouge a parfois tout d’un comportement primaire – sensation probablement exacerbée par notre fatigue souvent avancée par douze ou treize heures de route… Depuis que nous sommes en Inde nous ne campons plus. La présence d’un étranger dans une campagne attire trop de curieux. En effet, il nous est arrivé de déjeuner dans une petite ville avec plus de soixante personnes silencieuses, debout en arc de cercle autour de notre table, occupées à nous observer manger notre plat trop épicé et à scruter nos moindres faits et gestes. De la même façon, faire le niveau d’huile dans la rue à la vue de tous peut rapidement tourner à l’émeute. Nous avons donc abandonné notre tente, notre table et nos chaises pliantes pour des petites guesthouses. Très nombreuses et bon marché, nous pouvons dormir à deux pour 4 euros, mais souvent à ce prix, la salle de bain est sale, petite et sans chauffe eau, ou commune. Nous nous en accommodons bien et nous disons que nous sommes chanceux de voyager en Inde à cette période, car l’été ou en période de mousson les conditions sont toute autre : chaleur torride, moustiques et pluie diluvienne. Nous avons pris l’habitude de nous lever à 5h30 tous les jours pour profiter du calme sur les routes et éviter de rester inutilement bloqué des heures entières à la sortie des villes. La lumière au petit matin est superbe et le réveil d’une ville un spectacle étonnant. Dans la fraicheur matinale, les indiens sont enveloppés dans de grandes couvertures, une écharpe ou un foulard noué autour de la tête. Certains fument des cigarettes roulées dans une unique feuille de tabac accroupis devant de larges marmites bouillantes de thé ou autour d’un feu de plastique et de carton. L’atmosphère tôt le matin est toujours saisissante. Nous nous souviendrons toujours d’un père de famille charmeur de serpent, qui dressa pour nous un cobra dans un petit panier, avant que nous quittions la belle ville de Jaipur et entrions dans la région de l’Uttar Pradesh au nord-est de l’Inde.

Si proches du Népal, nous ne pouvions nous résoudre à manquer ce pays qui nous avait tant marqué lors de notre projet solidaire dans le cadre des Scouts et Guides de France il y a deux ans. Les élections népalaises ont perturbé notre passage puisque la frontière entre l’Inde et le Népal était fermée pendant quelques jours et qu’aucun véhicule n’était autorisé à circuler le jour du scrutin, mais nous avons pu passer sans trop d’encombres le jour de l’ouverture. Au delà de leurs traits plus bridés, nous avons tous deux trouvé qu’il y avait un contraste très net entre les indiens et les népalais, ces derniers nous ont semblé beaucoup plus souriants, chaleureux, rieurs, gentils, humains… Nous avons fait une première halte dans la ville de Pokhara dans les Annapurna et une à Katmandou. La deuxième était chargée en souvenirs et marquée par nos retrouvailles avec Lakpa, Lobsang, Kusang, Chhepal et Angsera, nos amis népalais. Ces garçons nous étonnent toujours de part leur humilité et leur humanité et nous les portons hauts dans nos cœurs. Notre retour dans la capitale népalaise a également été pour nous l’occasion de contempler à nouveau les lieux qui nous sont apparus cette fois comme familiers : Bodnath et son majestueux stupa, Durbar Square, Thamel, ainsi que le temple de Pashupatinath, lieu saint hindou de crémation, à l’atmosphère si particulière. Une nouvelle fois nous avons assisté à la crémation de plusieurs corps dont nous voyions parfois les pieds dépasser du bûcher. Bien que nous connaissions ce lieu surréaliste, nous sommes restés sans voix devant un tel « spectacle ». Pour rejoindre l’Inde nous avons emprunté une route aussi magnifique que longue et aurons mis plus de 10 heures à faire 160 kilomètres dans les montagnes de l’Himalaya. Subir la route défoncée avec ses nuages de poussière épais qui envahissaient l’habitacle, nos yeux et nos narines à la sortie de Katmandou, aura été le prix à payer pour ensuite évoluer dans un paysage montagneux à couper le souffle.

En trois jours intenses de route, nous avons atteint Calcutta, la capitale culturelle de l’Inde, dans le Bengale Occidental, non sans difficulté. Les pistes de terre défoncées et l’essence de mauvaise qualité auront eu raison de notre fixation d’amortisseur sur le bras de suspension gauche cette fois, et de notre petit moteur de 34 chevaux. Un second arrêt dans un garage fut alors nécessaire pour effectuer une deuxième soudure sur les trains arrières et pour comprendre et régler un problème de carburation et d’allumage. C’est donc trois mécaniciens qui se sont affairés sur notre 4L, mais leur travail était instinctif et s’apparentait plus à du bricolage qu’à de la mécanique. En effet, arrivés à Calcutta nous nous sommes aperçus que nos freins arrières n’avaient pas été bien remontés et que le tuyau du réservoir d’essence avait été percé. Nous avons donc occupé notre temps à effectuer ces petites réparations, à préparer l’envoi de la 4L et nous sommes portés volontaires une demi-journée dans l’un des centres de Mère Teresa, auprès d’une centaine de malades. Les bénévoles y sont nombreux et ce fut une expérience marquante que de côtoyer la misère de si près. Nous sommes impatients et très intéressés de rencontrer à partir de demain les acteurs et les bénéficiaires du microcrédit et reviendrons vers vous avec des portraits de micro-entrepreneurs soutenus, différentes success stories et l’explication du fonctionnement d’une institution de microfinance (IMF) dans notre prochain carnet de route. Notre partenaire microfinance en France, Entrepreneurs du Monde, travaille en étroite collaboration avec l’IMF indienne NCRC dont fait partie Aurélie et que nous accompagnerons toute la semaine dans ses différentes missions. Nous partirons collecter quotidiennement les remboursements des différents membres dans les quartiers, assisterons à des formations sur l’endettement, la gestion d’un petit commerce ou encore la santé et contrôlerons la bonne utilisation des prêts… Notre temps sera partagé entre les rencontres sur le terrain dans les quartiers et bidonvilles de Calcutta, et à l’agence de NCRC avec les différents responsables. Nous avons hâte de voir enfin ce qui nous attend !

Nicolas & Matthieu

 

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