La 4L, l’amie fidèle des colombiens

« Terre en vue mon capitaine! » Après 48 longues heures de navigation en pleine mer, nous avons aperçu au beau milieu de la nuit les lumières de la côte colombienne et c’est à l’aube que, pour la première fois pour tous les deux, nous foulions le sol de l’Amérique du Sud dans la superbe ville coloniale de Carthagène des Indes. Nous avions organisé notre traversée de manière à ne pas perdre de temps à attendre la voiture. Nous sommes ainsi arrivés en même temps que le cargo et avons pu nous atteler aux démarches administratives rapidement. Partageant le container avec une autre voiture, un Land Cruiser de voyageurs rencontrés au Panama, nous avons dû faire l’ensemble des démarches en leur compagnie, ce qui n’était pas pour nous déplaire! Nous avons trouvé en Alexander et Mireia deux amis que nous nous sommes promis de revoir à Bruxelles! Alexander et Matthieu, propriétaires des voitures ont passé près de trois jours à courir sur le port de bureau en bureau, de salle d’attente ultra-climatisée à des parkings en plein soleil à côté du container. Rien dans les démarches ne fut rationnel: les factures en dollars qu’il fallait payer en pesos colombiens sans la présence d’un bureau de change à des kilomètres à la ronde, les multiples niveaux de sécurité et les dizaines de photocopies à fournir alors que les voitures n’ont même pas été fouillées ou encore le rendez-vous avec l’inspecteur à 6h30 du matin alors que l’entrée sur le port n’est autorisée qu’à 8h30 pour les civils… À l’arrivée de la prochaine traversée à Dakar au Sénégal nous nous ferons aider par un agent! Nicolas pendant ce temps s’occupait d’organiser la suite du voyage. Se plonger dans les cartes, les guides touristiques, les sites spécialisés et fixer les différents rendez-vous pour planifier les semaines à venir est toujours un moment particulier et excitant! Ce moment passé à Carthagène nous a permis de découvrir cette ville coloniale riche en histoire, en effet ce fut pendant près de trois siècles le bastion du Royaume d’Espagne en Amérique du Sud, elle occupait un rôle prépondérant dans le commerce de l’or des Incas et des esclaves. Nous nous étonnons souvent de l’étendue impressionnante — presque incroyable — de l’influence espagnole dans cette région avec notamment l’héritage de la langue, de la religion et de l’architecture.

C’est donc dix jours après avoir scellé le container que nous avons eu le plaisir de repartir sur la route par une chaleur accablante et en convoi puisque nous étions accompagnés de nos amis en 4×4. Après avoir enragé de longues heures dans les embouteillages pour trouver une assurance — obligatoire pour rouler en Colombie — nous sommes arrivés au volcan Totumo. Nous y avons retrouvé la famille de français voyageant en camping-car rencontrée au Panama pour une nouvelle fois passer un moment convivial tous ensemble. À l’aube nous nous sommes plongés dans le cratère du volcan rempli d’une boue à la consistance de crème fraîche tellement dense que malgré les cinq mètres de fond il est impossible de couler! Sensation très étrange mais hilarante! Nous avons ensuite mis le cap sur Bogota et les montagnes après avoir quitté nos amis. Durant trois jours nous avons traversé des petits villages coloniaux, franchis des cols à 3000 mètres d’altitude à travers la campagne verdoyante de la Colombie, et planté notre tente dans la cour d’une école et devant un hôtel. Les colombiens sont sympathiques et il est facile de les faire parler sur leur pays, ils sont souvent persuadés qu’il est le plus beau du monde! Mais tout comme les iraniens, ils souffrent de l’image réductrice de producteurs de coca et de pays dirigé par les cartels, trop souvent relayée par les médias internationaux.

Renault a installé une usine d’assemblage en Colombie dès 1970, c’est ainsi que quotidiennement nous croisons des Renault 9, 12, 19 que nous sommes trop jeunes pour avoir connues en France, mais surtout un nombre incalculable de 4L! Certaines font peine à voir, totalement désossées et envahies de végétation sur le bord des routes mais d’autres sont impeccablement entretenues par des collectionneurs méticuleux. Enfin, nous sommes toujours étonnés de croiser des 4L arrangées façon tuning avec la panoplie « aileron, bas de caisse, caisson de basse ». L’assemblage anachronique et peu cohérent de ces étranges créatures qui font la fierté de leurs propriétaires nous fait, à coup sûr, sourire! Les raisons pour lesquelles la Renault 4 est si populaire dans ce pays sont les mêmes qui nous ont poussés à la choisir pour le voyage: simplicité, coût et robustesse. Le lien entre les Colombiens et cette voiture est si fort qu’ils la surnomment el amigo fiel ou l’amie fidèle, jamais elle ne vous laissera tomber, et ce n’est pas nous qui allons vous prétendre le contraire!

Certains passionnés de l’amigo fiel se sont regroupés dans un club de 4L, le Club R4 Colombia que nous avons facilement contacté grâce à leur groupe Facebook. Nous évoquions depuis longtemps une pause en Colombie pour confier notre voiture à un garagiste compétent, après près de 30 000 kilomètres sur les routes du monde, une grosse révision s’imposait! Ce fut chose facile grâce à ce club qui nous a reçus d’une façon extraordinaire. La 4L a donc passé quatre jours chez Jorge, mécanicien passionné par la petite voiture française. Les Indiens avaient bricolé les suspensions arrières de manière instinctive, il était grand temps qu’un spécialiste remette le nez dedans. En effet un défaut de parallélisme nous a fait perdre un pneu en un temps record! Par ailleurs, toutes les parties sensibles du moteur ont été révisées et nettoyées: bougies, carburateur, soupapes, courroies, connexions électriques… Avec une nouvelle barre de torsion, deux pneus arrières neufs et un moteur propre notre voiture est désormais prête pour affronter les impressionnants dénivelés et les cols à plus de 4000 mètres de la Cordillère des Andes!

Le dernier jour de notre séjour à Bogota, un dimanche, le Club R4 Colombia nous a proposé de participer à la Feria Antiguomotriz, un rassemblement de voitures de collection. Nous avons accepté sans hésiter, curieux de voir à quoi pouvait ressembler un tel événement en Colombie! C’est ainsi à plus de quinze 4L que nous avons conduit sur les hauteurs de Bogota en faisant des pauses fréquentes sur le bord de la route, moments conviviaux où la discussion était principalement centrée sur les différents modèles des Renault 4, les pièces originales de France et l’état de tel ou tel moteur! Notre bolide a ensuite pris place au beau milieu de dizaines de voitures de collection et leur a instantanément volé la vedette. Toute l’après-midi nous avons expliqué  en espagnol notre voyage et notre projet à des colombiens enjoués et sympathiques, entourés de nos amis du club. Nous quittons maintenant Bogota et nous nous dirigeons vers le sud et l’Equateur! Passer quelques jours à Bogota chez un couchsurfer fut une expérience intéressante. Ville à éviter absolument il y a quelques années, la capitale est en pleine transition et regorge de vie dans son centre ville. Il nous tarde de repartir sur la route vers de nouveaux horizons, Amérique du Sud, nous voilà!

Nicolas & Matthieu

 

Voir les photos de la Colombie sur notre galerie Flickr