Incredible India! De Bombay à Ahmedabad

Nous avons atterri le 1er novembre à Bombay et avons pu constater par nous même tout ce que l’on a pu entendre sur l’Inde, pays qui ne laisse jamais indifférent les voyageurs. Le contraste avec Dubaï fut saisissant. Les villes sont grouillantes d’activités, les routes sont un enchevêtrement de tuk-tuk, taxis, voitures et porteurs où le son des klaxons est omniprésent. Se frayer un chemin parmi les échoppes, les vaches et les vendeurs ambulants s’avère être une tâche compliquée. Les trottoirs sont des lieux de vie à part entière, puisque à certains endroits, des familles entières dorment, cuisinent et se lavent à la vue de tous. Cette ambiance est captivante et nous aimons prendre de la hauteur en nous installant en terrasse sur le toit des immeubles pour contempler cette effervescence. Les couleurs sont extraordinaires, même les femmes les plus pauvres portent des saris superbes. Toutefois nous sommes frappés par la violence du pays, à la marge de cette vie bouillonnante, la misère est bien visible, elle est parfois absolument terrifiante et nous laisse sans mot. Nous n’avons jamais croisé autant de mendiants, d’estropiés et de sans-abris. La vision d’enfants dormant dans la rue, sous des ponts ou contre des murs nous marque et nous conforte dans l’aspect solidaire de notre projet.

Nous sommes arrivés à Bombay plein d’espoir en pensant récupérer notre voiture dès le lundi 4 novembre. Nous avons rapidement déchanté et compris que nous allions devoir patienter un peu… L’administratif en Inde, pour un européen normalement constitué, étonne et pose souvent des problèmes quasi insolubles. La notion du temps n’est pas la même et patienter une partie de la journée dans un bureau ou bien arriver une heure en retard à un rendez-vous semble normal. Nous nous sommes donc laissés porter et avons mis de côté notre manière de fonctionner « à l’européenne ». En Inde, il y a une solution pour tout, ce n’est qu’une question de temps! Nous avons tout de même dû faire appel à un agent qui s’est occupé des formalités à la douane. Le cargo est arrivé au port de Nhava Sheva le dimanche 10 avec six jours de retard et nous avons grâce à lui pu récupérer la 4L en 48 heures ! Sans son service, nous aurions mis au minimum dix jours et dû verser des sommes astronomiques en bakchich aux douaniers. Nous avons déjà été contraints d’ajuster notre planning à cause du retard du cargo, nous ne pouvions pas nous permettre de passer plus d’une semaine à courir sur le port de bureau en bureau en distribuant notre argent aux différents officiers.

Nous avons profité de ces quelques jours de battement pour nous acclimater à l’Inde et visiter Bombay. Avec ses 18 millions d’habitants il s’agit de la ville indienne la plus peuplée, elle est aussi la puissance commerciale et la ville la plus moderne du pays. Nous nous sommes promenés dans des marchés superbes ainsi que dans des parcs où le cricket, sport national, est pratiqué par de nombreux jeunes. Les anglais ont laissé derrière eux un héritage important, les bus rouges à étage, les cabines téléphoniques, les bâtiments de style victorien et gothique envahis par la végétation sont magnifiques et créent une ambiance singulière fascinante. Une bonne partie de la population parle anglais, ce qui est très pratique pour les voyageurs que nous sommes! Malgré notre attrait pour cette ville, nous avons commencé à trouver le temps long dans notre guesthouse au confort spartiate et avons décidé de partir trois jours à New Delhi car nous n’y passerons finalement pas en voiture. Nous avons donc pris un train de nuit direction la capitale de l’Inde! New Delhi est encore plus bondée, embouteillée et grouillante que Bombay. Pour échapper à l’ambiance oppressante du centre ville nous avons découvert avec plaisir des sites paisibles et magnifiques tels que la mosquée Jamah Masjid, le Red Fort ou encore Humayun’s Tumb, le brouillon du célèbre Taj Mahal à Agra. Ces sites bien entretenus et arpentés par des touristes indiens sont une véritable parenthèse de calme dans cette ville en agitation perpétuelle.

De retour à Bombay le lundi 11 novembre, c’est avec un immense plaisir que nous avons repris la route mercredi. La circulation étant bien meilleure le matin, nous avons dorénavant décidé de nous lever avec le soleil pour rouler le plus possible en début de journée. En effet, la conduite est très particulière et consiste, sur les grands axes, à slalomer la main sur le klaxon entre les camions qui roulent à faible allure sur n’importe quelle file. Les piétons, les motos et les animaux en contre sens sont monnaie courante sur le bas côté. En ville, il faut s’imposer et là encore user du klaxon pour se frayer un chemin. La priorité semble être attribuée à celui qui force le passage en s’excitant le plus sur son klaxon. Nous nous adaptons et adoptons la même attitude avec parfois un certain plaisir! Pour ne rien arranger, les anglais ont laissé en plus de la langue, des bus et du cricket la fameuse conduite à gauche. Conduire dans ces conditions nécessite donc une vigilance permanente, le passager garde aussi un œil dans les rétroviseurs et angles morts, mais les grands axes sont de bonne qualité et nous pouvons parcourir de longues distances en une journée dans ce pays grand comme près de cinq fois la France.

Notre arrivée en Inde annonce le début de la partie solidaire de notre projet avec la rencontre des premiers micro-entrepreneurs dans un peu moins d’un mois, à Calcutta dans la région du Bengale-Occidental. Avant nos interventions auprès des micro-entrepreneurs que nous soutenons, nous tenions dans ce carnet de route à rappeler le concept du microcrédit. Développé par Muhammad Yunus, professeur d’économie au Bangladesh quotidiennement confronté à la misère dans son pays, ce dernier s’est rendu compte que les personnes vivant dans une pauvreté extrême n’avaient besoin que d’un petit capital de départ pour créer une activité. Mais les raisons pour lesquelles les banques classiques refusent de prêter de l’argent à ces personnes sont nombreuses : elles n’ont parfois pas de papiers d’identité et sont pour la plupart illettrées ce qui rend impossible la signature d’un contrat. De plus elles n’ont pas de caution et les sommes demandées sont trop maigres. Enfin, les banques sont frileuses à l’idée de prêter aux plus démunis par crainte de ne pas voir leur capital remboursé. Ainsi les pauvres ne pouvaient emprunter qu’à des gens pratiquant un taux d’intérêt si élevé qu’après remboursement du prêt et des intérêts, ils ne leur restaient à peine assez d’argent pour se nourrir et aucune chance de sortir de la spirale de la misère.

Après réflexion, Muhammad Yunus et son équipe ont décidé de créer la Grameen Bank en 1976 – la banque des pauvres. Elle est, par tous ces aspects, opposée aux banques classiques. Le personnel se déplace chez les habitants, tout se fait par oral, il n’y a pas de caution, le remboursement des prêts est hebdomadaire et enfin chaque projet est réfléchi puis accompagné régulièrement par les employés de la Grameen Bank. Les emprunteurs sont majoritairement des femmes, l’expérience a montré qu’elles sont en effet plus responsables et plus à même de faire fructifier le prêt de départ. Ces dernières sont les pauvres parmi les pauvres et les activités peuvent être d’ordre commerciales, artisanales ou encore agricoles. La réussite du microcrédit s’appuie aussi sur la solidarité de groupe, les femmes sont quatre ou cinq à emprunter en même temps et sont responsables les unes des autres. Au delà d’être un formidable levier de développement, le microcrédit a permis l’émancipation de nombreuses communautés de femmes. C’est donc toute la vie sociale qui s’en trouve améliorée, les enfants peuvent aller à l’école, la famille peut s’acheter une maison, se soigner, construire des sanitaires et toute une collectivité s’épanouit.

La Grameen Bank est une banque sociale, cela signifie que les intérêts servent uniquement à couvrir les frais de fonctionnement et à aider les 3% d’emprunteurs qui ne parviennent pas à rembourser (le taux de recouvrement est estimé à 97%). Dans cette optique nous nous sommes associés à deux institutions de microfinance (IMF) qui travaillent de la même façon : Entrepreneurs du Monde et Babyloan. Aujourd’hui le microcrédit représente 154 millions d’emprunteurs, plus de 10000 organismes de microfinance pour un encours de crédit d’environ 65 milliards de dollars. Des institutions de microfinance sont présentes dans de nombreux pays, au Sud mais aussi au Nord comme aux États-Unis, au Canada ou en France par exemple. Tout au long de notre tour du monde en 4L, nous rencontrerons les micro-entrepreneurs que nous soutenons en Inde, au Cambodge, au Vietnam, au Nicaragua, au Costa Rica, au Pérou, en Équateur, au Sénégal et au Maroc et publierons nos études et observations. Restez connectés !

Nicolas & Matthieu

Sources : Notre partenaire la Fondation Grameen Microfinance du Crédit Agricole et Banker to the Poor, The Story of Grameen Bank, Muhammad Yunus (Aurum Press Ltd; 2003).
 

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