Dubaï, le pouvoir de l’argent

Les quatorze derniers jours que nous avons passés au Moyen-Orient ont marqués une rupture dans notre folle route. Après avoir traversé le détroit d’Hormuz en bateau pour atteindre les Émirats arabes unis, nous avons occupé la majeure partie de notre temps à organiser l’envoi de la 4L en container pour l’Inde, à nous reposer à Dubaï et à visiter le Sultanat d’Oman sac au dos.

Avant de rejoindre la péninsule arabique, nous avons quitté les iraniens de la plus belle façon qu’il soit en faisant une énième fois l’expérience de leur unique sens de l’hospitalité, qui nous émerveille toujours. Alors que nous cherchions un emplacement pour planter notre tente un peu à l’écart de la route entre quelques champs de grenades, Nicolas s’est approché d’un vieil homme pour lui mimer notre intention avec de grands mouvements. Multiples sourires et regards malicieux se sont échangés sans que notre requête n’ait été à première vue comprise. C’est alors que ce paysan, le visage buriné par le soleil et les mains creusées par le travail de la terre nous a invité à le suivre. À trois à l’avant de la 4L sur une piste défoncée, notre hôte nous a guidés jusqu’à chez lui. Rapidement nous avons compris que nous étions tous deux invités à prendre le thé, à dîner et à rester pour la nuit. Il s’en est ensuivi, dans le salon de la maison familiale, le défilé de tous les membres de la famille, des amis et des voisins du quartier. Comme la plupart des maisons en Iran, celle de notre hôte était spacieuse, les pièces vides et couvertes de tapis épais pour que les convives puissent s’asseoir à même le sol et partager un thé, un narguilé ou un repas. Nous sommes parvenus tant bien que mal à avoir de nombreux échanges avec nos nouveaux amis s’exprimant dans un anglais incertain et avons été reçus comme des rois. L’un des cousins de la famille nous a même emmenés à une fête traditionnelle de mariage. Au son d’une flûte et au rythme des tambours, deux hommes s’affrontaient dans une danse avec des bâtons. L’un d’eux devait se défendre en parant ou en esquivant le seul et unique coup de son adversaire avant qu’ils n’échangent leurs rôles. Les spectateurs composés uniquement d’hommes encerclaient les deux combattants dans une euphorie bien palpable. Ainsi, nous concluions notre passage chez les Perses dans la joie, la quiétude et la générosité.

Nous avons atteint la ville de Bandar Abbas sur le golf Persique après deux jours de route dans le désert. Avec ses 44°C à l’ombre et des piques à 57°C l’été, l’atmosphère y est suffocante. Bouillants d’impatience de quitter cet enfer nous nous sommes précipités de bon matin sur le port pour prendre le ferry vers Sharjah aux Émirats arabes unis. Quinze heures auront été nécessaires entre le moment où nous avons commencé nos démarches et l’heure à laquelle le bateau a largué les amarres. Une journée infernale d’attente et d’incompréhension, à faire la navette entre les différents bureaux, les douanes, l’immigration, la police et la photocopieuse semble être le tarif normal pour quiconque envisagerait la traversée du détroit d’Hormuz avec son véhicule. La nuit sur le bateau fut bonne et – à notre grand bonheur – climatisée. Lors de notre débarquement, les formalités pour quitter la zone franche avec la voiture ont été fastidieuses mais en prenant chaque étapes du processus avec calme et patience, nous nous sommes finalement retrouvés, en quelques heures, avec un « Gate pass » entre les mains et à l’assaut d’un nouveau pays et d’une nouvelle ville : Dubaï !

Opulence, démence et extravagance sont autant d’adjectifs qui décrivent Dubaï. Construite sur du sable dans un désert aride il y a moins de quarante ans, des tours vertigineuses comme celle du Burj Khalifa (la plus haute du monde) ont poussé comme des champignons et cette ultra-modernité dans un environnement aussi hostile nous laisse perplexe. À Dubaï on ne se promène pas dans la ville puisqu’il fait trop chaud, la principale activité consiste à se réfugier dans un « shopping mall » – immenses centres commerciaux climatisés – véritables temples de la consommation où l’opulence se mêle à l’extravagance avec l’immense aquarium au cœur du Mall of Dubaï, et à l’anomalie dans le Mall of Emirates où une piste de ski artificielle a été construite. La culture par les musées ou les monuments historiques est inexistante, la ville créée de toute pièce n’a pas d’âme et donc à notre humble opinion, son attrait pour un touriste est assez limité. Malgré tout la ville est extrêmement visitée et les adeptes d’hôtels cinq étoiles, de 4×4 limousines et d’îles artificielles, très nombreux. Cette expression de la puissance de l’argent n’aurait pourtant jamais vu le jour sans l’appel à la main d’œuvre indienne, pakistanaise, africaine payée 150 euros par mois et parquée à six personnes dans des chambres non climatisées dans des cités dortoirs. Derrière ces commentaires peu élogieux de Dubaï, nous avons en réalité été ravis de découvrir un univers aussi différent de ceux dans lesquels nous avons évolué ces deux derniers mois et notre séjour n’aurait pas été si plaisant sans la gentillesse d’amis expatriés qui nous ont très gentiment hébergés. Nous avons facilement pu organiser l’envoi pour Bombay d’un container de vingts pieds contenant notre bolide ! Les formalités au port étaient tellement complexes qu’un employé de notre transporteur maritime s’en est chargé pour nous, réduisant ainsi le temps pour effectuer nos démarches de plusieurs jours à six heures !

Comme le cargo mettra une petite semaine à atteindre la côte est de l’Inde, nous en avons profité pour visiter brièvement le Sultanat d’Oman avant de prendre un avion pour Bombay. Après avoir pris un bus pour la capitale Mascate nous avons expérimenté pour la première fois depuis notre départ le couchsurfing – réseau communautaire de voyageurs et locaux qui proposent leur canapé pour héberger des visiteurs. Nous avons ainsi fait la connaissance de plusieurs omanais et découvert la capitale « de l’intérieur » comme lors de notre visite aux aurores du marché aux poissons, qui restera pour nous un souvenir mémorable de Mascate. Individuellement nous sommes partis visiter la ville de Nizwa dans les terres, qui abrite un superbe fort et un souk traditionnel. Petit état au sud de l’Arabie saoudite et à l’est du Yémen, Oman est un pays qui gagne véritablement à être connu. Les montagnes sont superbes et nous aurions aimé avoir plus de temps pour découvrir le pays plus en profondeur, randonner et pourquoi pas conduire sur ses petites routes ! La 4L nous manque déjà.

Nicolas & Matthieu

 

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