De l’Europe à l’Asie

L’objectif de notre venue au Kosovo était de donner une conférence à l’Université Américaine du Kosovo sur notre projet et le microcrédit en partenariat avec l’Alliance Française de Pristina. Une cinquantaine d’étudiants et une poignée de professeurs nous ont fait le plaisir d’assister à notre présentation en anglais. La conférence s’est très bien déroulée et les questions étaient pertinentes, malgré tout nous réalisons qu’il est nécessaire que nous étoffions nos explications avec des chiffres et des graphiques pour mettre en contexte le microcrédit de manière plus précise. À l’issue de cette rencontre, nous nous sommes tous retrouvés près de la 4L ce qui fut l’occasion de nous rendre compte encore une fois de la chance que nous avons à la fois de faire ce projet mais aussi d’être français, lorsque une étudiante kosovienne nous a confié que jamais elle ne pourrait entreprendre un voyage similaire car il lui serait impossible d’obtenir tous les visas nécessaires. En effet le Kosovo, auto-proclamé indépendant en 2008, n’est pas encore reconnu par l’ensemble de la communauté internationale.

Marqués par nos échanges avec les kosoviens et exaspérés par les quelques déboires que nous avons eu avec notre banque nous quittions le Kosovo par la Macédoine, au Sud du pays. Notre rendez-vous à Istanbul pour rejoindre Hélène, Pauline, Benjamin, Adrian et Jeanne, des amis venus de France pour nous rendre visite nous a obligé à aller assez vite. Nous n’avons donc vu de la Macédoine que ses routes, mais nous nous rassurons en nous disant que sillonner le globe en voiture en une année est fait de choix et de compromis.

À la frontière Grecque, les douaniers contrôlent nos passeports, tapent sur les jerricans d’essence pour vérifier par résonance s’ils sont pleins ou vides et nous posent les questions d’usage.

– Cigarettes ? Alcohol ?

Sereinement, Matthieu répond « No Sir, nothing to declare » alors qu’un magnum de champagne offert par un ami pour fêter notre première étape à Istanbul repose juste derrière les deux sièges de la voiture.

– Open the car.

– Yes no problem !

 

À la vue des chaussures de marche, du paquet de chips éventré, des oreillers, du jerrican d’eau, des tapis de sols et des chaises pliantes, le douanier – comme d’habitude – pouffe et nous lance un « Okay » salvateur.

Les passages de frontières sont toujours des moments uniques en leur genre. Même si nous n’avons rien à nous reprocher, nous sommes constamment tiraillés entre impatience et appréhension, car nous ne sommes jamais à l’abri d’un douanier scrupuleux. Mais nous bénéficions depuis le début de notre périple d’une certaine bienveillance de la part des forces de l’ordre qui est majoritairement due à notre voiture. Il est plus facile pour un policier ou un douanier d’être indulgent envers deux jeunes dans une 4L avec des pneus sur le toit plutôt que dans un 4×4 aux vitres teintées !

Après quelques échanges de volant nous avons atteint Thessaloniki dans le nord de la Grèce. Lorsque nous sommes descendus de la voiture pour déjeuner, nous avons tous deux eu la même exclamation : « ça sent le Sud ! ». Et c’est vrai, nous avions véritablement franchi un cap, le climat était devenu méditerranéen et il y avait dans l’air une odeur de pin qui nous était familière. Sur la route, nous avons constaté de nos propres yeux ce que nous lisons dans les journaux sur l’état économique de la Grèce. Nous avons été très surpris et presque horrifiés par le nombre d’usines désaffectées où les mauvaises herbes poussent dans les cours et où les fenêtres des bureaux sont cassées, mais aussi par la multitude de magasins fermés aux vitrines vides. Nous en avons croisé des centaines.

L’arrivée dans Istanbul était une torture. Nous savions qu’entrer en voiture dans la plus grande ville d’Europe était long, nous n’avons pas été déçus ! Deux heures entières d’embouteillage à jongler entre la première vitesse et le point mort ont été nécessaires pour finalement pousser la porte du petit appartement que nous avions loué pour cinq jours. Pour passer le temps, nous avons même entamé des discussions avec notre voisin sur la file de droite ! L’appartement était localisé à l’intérieur des murs d’enceinte de la ville mais pas dans le cœur historique ce qui était une bonne nouvelle car nous étions vraiment dans un quartier turc, à l’abri des magasins de touristes et des restaurants hors de prix ! Nous avons profité de notre séjour à Istanbul pour démonter, poncer et repeindre la galerie de toit avec de l’antirouille gris, faire coudre nos écussons sur nos vêtements, nos sacs, acheter un peu de matériel, mais aussi pour visiter la ville en long, en large et en travers ! Comme notre ami Adrian a vécu six mois dans la ville, il nous a emmené dans tous les petits coins sympas : au marché aux poissons où l’on mange de délicieux sandwichs, dans un café avec une vue imprenable sur le Bosphore sur la rive asiatique… Nous n’avons bien entendu pas manqué les incontournables et magnifiques chapelle Sainte Sophie, Mosquée Bleue, citerne basilique, tour Galata, palais de Topkapi et le Harem. Nous nous sommes régalés de kebabs, de jus pressés et autres spécialités turques et avons même goûté à la vie nocturne istanbuliote en sortant dans le quartier près de la place Taksim où il y a un nombre incalculable de bars, clubs et roof-tops à l’ambiance très animée !

Comme toutes les bonnes choses ont une fin, nous avons après cette courte semaine repris notre routine qui – aussi loufoque qu’elle puisse paraître – est de conduire jusqu’au bout de la terre ! La traversée du pont au dessus du Bosphore qui relie l’Europe à l’Asie fut un grand moment !

Notre seconde étape en Turquie fut la Cappadoce. La région, très connue pour sa roche sculptée par l’érosion et pour ses maisons troglodytiques offre un spectacle superbe. Cependant, il aurait été d’autant plus appréciable si nous avions eu un peu plus de liberté pour la visiter et s’il y avait eu moins de touristes, dont nous faisons malheureusement partie dans ces lieux. Sous les conseils de cinq Turcs avachis dans un gros canapé à boire du çay (prononcer tchaï), le thé turc, nous avons admiré le coucher de soleil sur une grande colline et échangé sur la Turquie, l’Iran et le tourisme, car dans cette région ces derniers vivent presque tous de cette activité : hôtels, guides, montgolfière, restaurants, boutiques… Nous avons terminé l’exploration de la région par la visite de la cité souterraine de Kaymakli, où les communautés chrétiennes byzantines minoritaires se réfugiaient au VIème et VIIème siècles pour éviter les persécutions des armées perses et arabes. Nous sommes stupéfaits d’apprendre que ces populations de plus de 3000 personnes vivaient sous la terre avec leurs animaux !

Nos dernières nuit furent campées et nous avons allumé nos premiers feux qui nous réchauffent bien puisque les températures sont fraîches la nuit tombée ! Malheureusement notre réchaud est en panne et nous mangeons froid le soir, mais pas d’inquiétude nous avons de bonnes pistes pour le réparer. Après avoir traversé l’Anatolie centrale nous nous sommes dirigés vers Trabzon, petite ville de province sur les bords de la Mer Noire. Si le consulat d’Iran de la ville ne délivrait pas de visas pour l’Iran dans la journée, Trabzon ne vaudrait pas le détour. La ville est surtout connue pour son port de commerce, au delà il n’y a pas grand chose à visiter ou à faire. Nous avons obtenu nos visas six heures après avoir donné deux photos d’identité et laissé nos dix empreintes digitales sur le formulaire alors que notre demande n’aurait pu être traitée à Paris qu’en quinze jours.

Pour rejoindre l’Iran nous avons choisi d’emprunter les routes de l’Anatolie du nord-est près de la Géorgie et de l’Arménie. Les paysages arides et montagneux dénotent avec ceux que nous avons pu traverser auparavant et nous avons franchi une dizaine de cols dont l’un d’eux à 2470 mètres d’altitude ! Lorsque nous sommes redescendus dans les plaines, nous sommes passés devant de curieuses voitures de police. Nous nous sommes aperçus à la deuxième qu’il s’agissant en réalité de voitures factices destinées à faire ralentir les automobilistes. Dix minutes plus tard et nous nous faisions arrêter par des policiers, bien réels cette fois ci. Ce fut le contrôle de police le plus improbable de l’histoire du contrôle par les forces de l’ordre. On nous a demandé de faire une pause et de se passer de l’eau sur le visage ! Le policier a même partagé sa clémentine avec nous ! Dans cette atmosphère bon enfant nous nous sommes amusés à faire la circulation avec eux et à les conseiller sur les voitures et les camions à arrêter et sommes repartis en riant !

Depuis que nous avons quitté la Cappadoce notre voyage a pris une nouvelle tournure. En effet, nous sommes passés de régions touristiques et développées à d’autres beaucoup plus authentiques comme les steppes du nord-est du pays; c’est enthousiasmant d’entamer notre route dans des régions moins visitées ! Nous sommes conquis par la Turquie. Les Turcs sont adorables, nous n’avons fait que des bonnes rencontres et échangé qu’avec des gens ouverts et désireux de nous rendre service à tout instant ! Nous serons en Iran demain. Chaque jour nous éloigne un peu plus de la France, mais paradoxalement nous en rapproche. Nous sommes en route !

Nicolas & Matthieu

 

Voir les photos de la Turquie sur notre galerie Flickr