De Calcutta à Phnom Penh, Microcrédit sans 4L !

Notre séjour à Calcutta restera un excellent souvenir de notre voyage. Poser nos valises quelques jours dans un endroit agréable et plein de commodités nous a fait le plus grand bien après notre folle route en Inde. Nous avons pris nos repères dans le quartier de Sudder Street et y avons fait des rencontres très sympathiques parmi les nombreux volontaires occidentaux de Mother House ou d’autres ONG. Nos palais ont fini par s’habituer au piment et aux épices pour nous révéler toutes les richesses et subtilités de la cuisine indienne. Nous nous sommes régalés de chicken tikka, masala, lok-lak, thali et tout particulièrement de chai, thé au lait et aux épices, servi à Calcutta dans de petites tasses en terre cuite. À nouveau nous avons dû affronter l’administration indienne et passer des après-midi entières d’attente stérile dans des bureaux pour envoyer la 4L par container à San Francisco. Mais nous avions appris à fonctionner comme cela à Bombay et à l’heure ou l’on écrit ces lignes, la voiture est sur un cargo dans un container, quelque part au milieu de l’océan Indien! La veinarde!

Pour la première fois, nous avons rencontré une association de microfinance que nous soutenons via Entrepreneurs du Monde : Navnirman Community Resource Center (NCRC). Le siège de NCRC est basé à Calcutta mais elle possède six branches dans les différentes banlieues défavorisées de la ville. Chacune des branches gère ses activités de microfinance localement, auprès de ses bénéficiaires appelés « partenaires ». Pendant une courte semaine, les équipes sur place nous ont accueilli très chaleureusement et c’est avec attention que nous avons découvert leur travail quotidien. Loin de l’idée que nous nous en faisions, les locaux des branches sont réduits à une seule pièce sans table ni chaise puisque les employés passent la plupart de leur temps sur le terrain auprès des micro-entrepreneurs. Le microcrédit bénéficiant très majoritairement aux femmes, fonctionne souvent selon un schéma de co-responsabilité où les femmes se rassemblent en groupes. Lorsqu’une femme souhaite emprunter de l’argent à NCRC, elle doit soit monter un groupe de femmes, soit en rejoindre un. Après avoir exposé son projet et effectué sa demande auprès de la branche, un employé se rend chez elle et évalue sa faisabilité au regard de la situation dans laquelle vit la famille et de ses besoins. Si le prêt est accepté, elle se rend ensuite à la branche de NCRC près de chez elle, à des créneaux horaires bien précis pour récupérer son crédit. Ensuite, elle devra avec son groupe rembourser hebdomadairement le capital et les intérêts. Pour se faire, les employés de NCRC visitent les groupes toutes les semaines afin de collecter les remboursements des prêts. Ces rencontres à domicile et très fréquentes entre les partenaires et les employés de NCRC resserrent nécessairement le lien entre emprunteurs et prêteurs et ces derniers sont à même de déceler la moindre difficulté. S’il y a par exemple un problème familial et que les personnes concernées souhaitent se faire aider, les assistantes sociales de NCRC viendront instaurer un dialogue et tenter de résoudre ces situations souvent délicates.

De plus, lorsque les femmes souscrivent à un prêt, elles s’engagent à suivre des formations dispensées par NCRC. Celles-ci peuvent concerner l’activité commerciale où l’on explique entre autres aux partenaires la différence entre le capital et le profit, les risques de l’endettement et de la souscription simultanée de plusieurs prêts, ou encore les raisons pour lesquelles l’argent prêté doit être utilisé pour développer son activité et non pour accroître sa consommation. Elles concernent aussi l’éducation et la vie sociale : nutrition, vaccination, hygiène. Ces formations se déroulent par groupe dans les maisons des micro-entrepreneurs. Il s’agit plus d’un échange que d’un cours magistral puisque la plupart des femmes ne savent ni lire ni écrire. NCRC a donc créé des outils ludiques composés d’images, d’histoires concrètes et de jeux de rôles pour transmettre les notions élémentaires du business et de la santé. Ces formations font partie intégrante de l’activité de NCRC et de l’accompagnement social des micro-entrepreneurs — c’est grâce à un suivi personnalisé que le microcrédit peut devenir un levier de développement. Sans cet accompagnement des plus défavorisés le risque de défaut de remboursement est important, en effet prêter à des personnes qui n’ont pas l’habitude d’avoir des liquidités sans les former à l’utilisation efficace de l’argent est parfois pire que de ne rien faire. NCRC peut ainsi se vanter d’un taux de remboursement situé entre 98 et 99%! Les prêts s’échelonnent de 50 à 80€ sur 9 mois, avec un taux d’intérêt de 1,5% par mois. NCRC étant un social business, les intérêts servent uniquement à couvrir les frais de fonctionnement de l’association. Ils peuvent à première vue paraître importants mais il faut garder à l’esprit que c’est le seul moyen pour les personnes exclues du système bancaire d’accéder à l’aide financière et à un suivi régulier. Lors de nos journées sur le terrain, nous avons rencontré des femmes dynamiques qui avaient envie de créer une activité pour améliorer la vie de leur famille. Les prêts peuvent être utilisés par exemple pour acheter un rickshaw, une machine à coudre, des stocks pour alimenter un petit commerce… Cette première expérience concrète du microcrédit fut pour nous passionnante, enrichissante et très engageante pour la suite!

Grâce à NCRC nous avons expérimenté la vie à l’indienne. Pour aller à la rencontre des micro-entrepreneurs, nous nous sommes déplacés avec tous les moyens de transport possible : métro, bus, bateau, rickshaw, tuk-tuk. Nous avons arpenté pendant des heures les ruelles colorées et animées des bidonvilles et partagé des repas avec le personnel de l’association où l’on mange avec sa main droite assis par terre en cercle en partageant son plat avec les autres! Enfin nous avons été invité au mariage d’une des employées de NCRC, ce fut une expérience étonnante! Les mariés étaient installés à même le sol dans deux pièces différentes pour recevoir félicitations et cadeaux de leurs amis proches et de leurs familles avant de déguster un copieux et délicieux repas. À la suite de quelques échanges, rires et photos, la plupart des invités sont rentrés chez eux, seulement deux heures après leur arrivée!

Après cinq semaines passées en Inde nous avons quitté ce pays saisissant à destination de Bangkok en Thaïlande pour nous attaquer à l’Asie du Sud-Est! Notre guesthouse se situait sur la fameuse Khaosan Road, on y trouve une faune très particulière de fêtards tatoués côtoyant des hippies qui semblent un peu perdus et des routards dont nous faisons partie. L’atmosphère, sans aucune authenticité, y est pesante et c’est donc sans regret que nous avons pris un bus pour le Cambodge après avoir rapidement découvert les beautés de Bangkok que sont les temples de Wat Pho et son fameux bouddha couché, Wat Arun, et fait un tour de bateau sur les klongs, canaux qui sillonnent la ville. Maintenant que nous sommes sans voiture, nous sommes passés du statut d’overlander, voyageur en voiture, à moto ou à vélo — à backpacker, voyageur à pied sac au dos. Nous nous déplaçons désormais en bus et devons anticiper et réserver nos transports, notre 4L nous offrait une liberté sans pareil!

Notre séjour au Cambodge est rythmé par nos actions de microcrédit, nous avons passé une journée avec l’institution de microfinance CBIRD, soutenue par notre partenaire Babyloan. L’organisation de CBIRD diffère de NCRC, en effet le personnel se déplace pour faire la promotion de ses services mais les clients eux ne se présentent au guichet qu’après la sélection de leurs dossiers pour emprunter à un taux de 2,8% par mois, et recevoir une formation pour faire fructifier leurs prêts. Les hommes peuvent aussi emprunter et le système de groupe existe mais il cohabite avec des prêts individuels pour les plus gros montants (1000€ sur 9 mois en moyenne) pour lesquels une garantie est nécessaire. Le remboursement est mensuel et le système fonctionne bien, comme en témoigne le taux de remboursement qui frôle les 99%! Nous avons tout de même eu l’impression que les clients, bien que pauvres, n’étaient pas autant dans le besoin que les micro-entrepreneurs indiens — nous avons rencontré un garagiste qui a acheté une voiture pour effectuer des livraisons et s’approvisionner en marchandises ainsi qu’une femme qui a utilisé son prêt pour acheter des porcelets afin de les engraisser et de les revendre sur le marché. Nous avons aussi pour la première fois, rencontré notre partenaire l’Agence Française de Développement (AFD) pour une conférence de presse. L’AFD y avait convié les acteurs principaux de la microfinance au Cambodge dont Chamroeun une IMF que nous soutenons, et avons présenté notre projet devant une poignée de journalistes locaux et français! Il existe quelques journaux en ligne français destinés aux expatriés et cambodgiens francophones. Nous diffuserons bien entendu les futurs articles qui paraîtront sur notre site internet. L’AFD est le principal acteur français du développement à l’étranger, les projets soutenus se chiffrent en millions d’euros au travers de subventions, de prêts, d’apports techniques… Leur association à notre projet de tour du monde en 4L pour promouvoir la microfinance nous apporte un soutien et une crédibilité considérable et nous permet de bénéficier de leur réseau mondial ainsi que de leur champ d’action très large. Les discussions que nous avons eu avec les collaborateurs présents sur place furent passionnantes.

Le Cambodge est un pays en pleine transition. La guerre s’est terminée il y a environ vingt ans, la croissance économique est de 7% par an, les voitures de luxe se multiplient à Phnom Penh, mais la croissance est inégalement répartie et une bénévole d’une association française nous expliquait que la campagne vit sous perfusion des ONG. Celles-ci apportent massivement des aides matérielles et financières, ce phénomène n’encourage malheureusement pas une partie de la population à se prendre en main. En tant que touriste, le Cambodge est un pays facile et agréable.  Nous avons sillonné le pays en bus et pris beaucoup de plaisir à nous promener en vélo sur le site magique d’Angkor avec des amis français. Il s’agit du plus grand site religieux au monde, les temples marqués par les années et envahis par la végétation sont sublimes. Notre séjour en Asie du Sud-Est est court mais nous essayons d’optimiser au maximum notre temps en prenant par exemple des bus de nuit et c’est un plaisir d’associer nos activités de microcrédit avec la découverte des merveilles des différents pays!

Il y a quelques jours à 10000 kilomètres de nous à vol d’oiseau, notre partenaire la ville de Mont-Saint-Aignan et le groupe Scout et Guides de France de la ville ont organisé une soirée « Découverte culturelle Népal » autour de notre projet dans l’école primaire dans laquelle nous nous sommes liés d’amitié. Au programme un discours de Monsieur Didier Bénard consul du Népal, des activités ludiques pour les jeunes, dégustation d’un repas typique népalais, projection de films retraçant notre projet de solidarité scout au Népal en août 2011 avec Arthur et Clément, et notre aventure Microcrédit en 4L. Nous avons été ravis et honorés d’assister à distance à l’organisation d’une soirée sur notre projet et nous sommes enchantés que plus de 300 personnes se soit déplacées pour découvrir le Népal – pays que nous affectionnons particulièrement – ainsi que le microcrédit! Notre seul regret étant de ne pas avoir pu être présents avec tout le public samedi soir mais nous ne nous plaignons pas, nous faisons le tour du monde!

Nicolas & Matthieu

 

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