De 0 à 4891 mètres au Pérou !

D’une jungle luxuriante avec son taux d’humidité délirant au désert aride et sans fin, nous sommes passés avec étonnement d’un extrême à l’autre en franchissant le moderne poste frontière de Huaquillas, qui sépare l’Équateur du Pérou. Dès nos premiers kilomètres, de chaleureux péruviens nous ont invités à leur table pour partager des bières selon la coutume locale : boire le plus rapidement possible, à tour de rôle et dans le même petit verre! Avec difficulté nous avons pris congé de nos amis pour reprendre prudemment la route. Cette introduction au Pérou s’avéra être à l’image du caractère de son peuple : chaleureux, joyeux, sympathique et toujours partant pour partager un verre! Mettant le cap plein sud sur la panaméricaine avec à notre droite l’océan Pacifique et à notre gauche un désert prenant la forme de dunes dignes du Sahara ou de grandes étendues minérales nous rappelant l’Iran, nous avons avalé les kilomètres. Pour rompre la monotonie de l’asphalte et vivre l’aventure, nous avons par deux fois tenté de sortir de la route et c’est à deux reprises que nous nous sommes ensablés! Sur la plage tard dans la  nuit, l’aide providentielle d’un péruvien et de sa voiture nous a sortis de ce faux pas et dans les dunes il nous aura fallu près d’une heure et demie d’efforts pour sortir la 4L du sable brûlant dans une odeur d’embrayage brûlé à l’aide de pierres judicieusement positionnées sous les roues préalablement dégonflées… Nous nous posons de sérieuses questions quant aux capacités de la voiture à franchir les dunes marocaines!

Notre découverte du Pérou a été marquée par les visites des marchés. À chaque fois que nous déambulions dans un de ces lieux extraordinaires de vie, nous nous faisions la réflexion qu’il s’agissait sans doute du plus beau que l’on ait eu l’occasion de voir! Que ce soit dans l’ouest désertique du pays ou dans les montagnes de l’est, les paysans locaux viennent toujours vendre leur production en habits traditionnels, le chapeau est de rigueur! C’est à chaque fois un véritable kaléidoscope de couleurs sur lequel nous ne savons où poser notre regard : une dame transportant un mouton sur son dos, des sacs remplis de cochon d’Inde (met prisé du Pérou), ou encore l’agitation générale qui anime ces lieux d’échanges que nous affectionnons tant. À Chiclayo dans le nord du pays, nous avons garé la voiture un matin dans la rue pour aller explorer le marché en passant outre les mises en garde des locaux. À notre retour un attroupement était formé autour de la 4L, peu inquiétant car relativement fréquent. Mais nous nous sommes rapidement aperçus que la portière conducteur était ouverte, nous fermons bien évidemment toujours la voiture dans la rue. Après quelques échanges avec les gens présents, nous avons compris qu’un homme avait forcé notre serrure, mais qu’il avait pris la fuite avant même d’avoir pu dérober quoi que ce soit. Nos nouveaux amis avaient gardé la voiture en attendant notre retour. Sous le choc nous les avons chaleureusement remerciés et nous nous sommes empressés d’atteindre la prochaine ville pour faire réparer la serrure fracturée. C’est après être passés par un garage Toyota, puis Renault, puis un serrurier qui nous a renvoyés vers un petit garage de rue que nous avons pu effectuer notre réparation le jour d’après. Avec une bonne dose de patience et de persévérance, tout est faisable dans ces pays! Conscients de notre chance, nous nous sommes promis de porter plus de poids aux conseils des locaux. Un bel avertissement à la vigilance en somme.

Lassés du désert de la côte, nous avons décidé de prendre de l’altitude dans les Andes. Pendant deux jours, notre 4L a subi les rigueurs d’une route en piteux état, des cols à 3000 mètres et du Cañòn del Pato. À cet endroit, la piste se faufile sous plus de 35 tunnels creusés à même la solide roche, serpente le long d’une rivière au fond d’un gouffre aux falaises espacées de 15 mètres et hautes de plus de 1000 mètres! Sans doute la plus belle route de notre voyage! Percevant un bruit anormal à l’arrière de la voiture, nous nous sommes arrêtés dans un petit village et en mettant la voiture sur un pont nous n’avons pu que constater une nouvelle fissure sur le bras de suspension arrière droit, juste en dessous de la soudure indienne. Le mécanicien plein de bonne volonté, les yeux à quelques dizaines de centimètres de la fissure flagrante, s’exclama en secouant la voiture « si ‘ta bien, muy fuerte! ». Nous n’étions de toute évidence pas au bon endroit pour réparer notre pièce… Nous avons donc poussé jusqu’à la prochaine ville près de la Cordillera Blanca et confié notre bolide éclopé à un soudeur qui a renforcé les parties fissurées et fragiles des suspensions à l’aide de pièces de métal. Comme tous les soudeurs, il nous a assuré que sa soudure était indestructible, nous ne demandons qu’à le croire! Ce train arrière est décidément en mauvais état, nous croisons les doigts pour qu’il nous ramène malgré tout en France où il aura le droit à une retraite bien méritée chez un ferrailleur!

Au pied de la Cordillera Blanca et de ses pics à plus de 6000 mètres nous avons passé quelques jours à flâner entre petits villages, marchés et bivouaqué au bord de lacs superbes. La Semaine sainte est l’une des fêtes les plus importantes en Amérique du Sud et les touristes péruviens ou étrangers sont nombreux comme Nadia et Chris qui nous ont très gentiment proposé de nous héberger chez eux lors de notre courte halte à Lima! Nous avons été surpris par la modernité de cette ville tentaculaire et le fait qu’elle semble relativement agréable à vivre, bien conscients toutefois d’être accueillis dans les conditions très confortables des expatriés. En route pour la vallée sacrée et le fameux Machu Picchu nous avons campé au bord de la touristique oasis de Huacachina, où les nombreux logos du Paris-Dakar sur les voitures et les vêtements des locaux ont piqué notre curiosité. Après quelques discussions avec ceux-ci nous avons réalisé que le rallye était passé par là cette année. Plutôt dubitatifs à propos du bon sens de cette course, nous nous sommes rendus compte que cet événement crée en réalité une véritable dynamique dans les régions traversées et représente une importante possibilité de revenus pour les populations locales.

Un des points d’orgue de nombreux voyageurs en Amérique du Sud s’avère être, à raison, la découverte de la vallée sacrée et du très connu Machu Picchu. Nous y avons retrouvé Jorge, un ami mexicain rencontré sur la route au Guatemala, qui nous a gracieusement invités dans des hôtels et restaurants que nous n’aurions décemment pas pu nous offrir… C’est ainsi à trois que nous avons voyagé pendant une petite semaine. Bien que nous connaissions par cœur les photos du Machu Picchu et malgré la sensation « d’usine à touristes » qu’il représente, le site mythique nous est apparu comme merveilleux et magique. Déambuler dans ces ruines qui apparaissent et disparaissent sous les nuages au fil des heures, entourés de sommets durant une journée, est une chance incroyable. Ce site Inca a la particularité d’avoir été découvert en 1911 après le départ des conquistadors espagnols par un professeur américain qui a eu la présence d’esprit de questionner les locaux sur la localisation de ces ruines mystérieuses. Le site, probablement lieu de culte et observatoire astronomique, regorge d’ingéniosité architecturale et de preuves d’avancées scientifiques de la civilisation Inca. Il est l’une des créations humaines les plus impressionnantes que nous avons pu apprécier depuis le début de notre voyage! Nos quelques jours à Cusco dans des conditions royales nous ont permis d’apprécier à sa juste valeur cette ville superbe, organisée autour d’une Plaza des Armas — place de centre ville propre à toutes les villes et villages du Pérou — qui figure parmi les plus belles du pays.

Après cette agréable parenthèse de confort, nous avons repris notre rythme de voyage entre kilomètres sur des pistes, contrôles de police quotidiens, bivouacs en altitude et repas dans des comedors : cantines de rue très économiques. Nous sommes allés à la rencontre de micro-entrepreneurs soutenus par FONDESURCO à Chivay, dans la région d’Arequipa. FONDESURCO est une institution de microfinance travaillant essentiellement en milieu rural et les contraintes que cela implique ont compliqué l’organisation de nos visites : distance entre les villages, mauvais état des routes et peu de disponibilité des bénéficiaires. Parmi d’autres, nous avons toutefois rencontré Cornelio qui nous a présenté avec passion son activité d’agriculteur. Il cultive des pommes de terre en s’efforçant de tester de nouvelles variétés mieux adaptées au climat rigoureux de la région et considère le travail de la terre comme un art! FONDESURCO lui vient en aide financièrement  depuis longtemps pour l’achat de ses intrants et de ses semences. Notre agriculteur encourage son fils à souscrire un prêt à son tour. En effet il est persuadé que l’engagement que représente un crédit, apprend à travailler et rend responsable! Par ailleurs, FONDESURCO s’implique dans le développement par les énergies renouvelables, en proposant des facilités financières pour acquérir des chauffe-eau solaires et des fours économiques à combustible organique. Ces produits sont souvent à usage familial et s’apparentent plus à des crédits à la consommation, nous n’en soutenons donc pas. Intéressés toutefois par la problématique, nous avons rencontré un bénéficiaire d’un microcrédit qui a servi à acheter un four. Celui-ci est effectivement très économique, efficace et améliore le quotidien en permettant de varier l’alimentation. Le fait que FONDESURCO explore de multiples pistes de développement nous a plu, il est logique qu’elle ait reçu le prix de l’IMF la plus innovante du Pérou en 2013!

C’est véritablement dans ce gigantesque pays d’Amérique du Sud que nous avons découvert les dénivelés et les routes escarpées de la Cordillère des Andes. Nous ne comptons plus les cols à 3000 ou même à 4000 mètres que la voiture passe à un rythme idéal pour admirer les paysages. Nous avons atteint notre record d’altitude avec un honorable 4891 mètres au dessus du niveau de la mer! Les paysages de ce pays nous ont laissé plus d’une fois sans voix : des profonds canyons aux couleurs étonnantes aux impressionnants pics enneigés, en passant par de grands plateaux sur lesquels pâturent des centaines de lamas, nous pouvons raisonnablement dire que nous en avons pris plein les yeux. Les nombreux bivouacs dans une nature splendide furent parfois éprouvants en raison des températures étouffantes du désert ou glaciales des hauts plateaux. Ainsi le Pérou restera un moment fort du voyage, nous avons passé — par rapport à notre périple — beaucoup de temps dans ce pays qui nous a rappelé l’Inde par deux aspects: la richesse de sa nourriture et ses automobilistes fous. Nous mettons à présent le cap sur un nouveau pays, niché au cœur des Andes et qui nous fait rêver depuis longtemps: la Bolivie!

Nicolas & Matthieu

 


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