Europe

Le départ et l’Europe centrale

La rédaction de ce premier article signifie beaucoup pour nous. Cela veut dire que nous sommes partis et que l’aventure a bel et bien commencé après 18 mois de préparation.

Vendredi 30 août, la mairie de Mont-Saint-Aignan et le département de la Seine-Maritime, ont conjointement organisé une petite cérémonie pour notre départ. Cet évènement fut très intense pour nous, nous avons manqué de temps pour remercier et échanger avec tout le monde ! Nous ne nous en sommes pas bien rendus compte sur le moment mais ce fut extrêmement touchant de voir près de 150 personnes venues nous soutenir et nous exprimer leur sympathie : familles, partenaires, amis, connaissances… Nous les remercions toutes bien chaleureusement pour leur présence et leurs encouragements !

Les deux derniers jours entre la cérémonie et le vrai départ ont été très chargés. Nous qui voulions boucler toute notre préparation le jeudi soir pour profiter pleinement de nos proches et de nos amis, il nous restait encore des logos de partenaires à coller sur la 4L, des petits travaux mécaniques à effectuer et la voiture n’était pas complètement chargée avec nos affaires et notre matériel pour 1 an ! Le dimanche en fin d’après-midi nous avons quitté Rouen le cœur serré mais excités et impatients de découvrir ce que la route nous réserve. Nous avons profité de nos derniers instants en France en réalisant que tous ces paysages que nous connaissons, cette campagne, ces villages, ces clochers, ces routes, ces panneaux de signalisation vont assurément nous manquer. Épuisés par des semaines de préparatifs nous nous sommes littéralement écroulés dans nos lits à notre première étape à Reims, sans réaliser que notre folle expédition avait déjà commencé et que nous étions à un tournant : la fin d’une préparation acharnée et le commencement d’une route immense.

Nous comptions sur nos deux premières semaines en Europe pour nous roder, découvrir la voiture dans des situations encore inconnues et tester notre matériel de camp. L’organisation et la répartition des tâches s’est mise en place assez naturellement entre nous deux. Nicolas se charge plutôt de l’itinéraire, de l’intendance et de la préparation de la suite du voyage : tourisme et rencontres avec les micro-entrepreneurs qui débuteront en Inde, tandis que Matthieu s’occupe de la communication : gestion du site internet, des photos, des vidéos et des derniers échanges pratiques avec certains partenaires. Matthieu se plonge aussi dans la recherche de cargos pour traverser les océans, partie essentielle du projet pour ne pas perdre trop de temps avec les transporteurs maritimes. Quant à la 4L, notre moyen de transport, notre maison et notre outil de travail, elle remplit à merveille son rôle, elle démarre tous les matins et nous emmène à bon port à chaque fois !

Ces deux dernières semaines, nous avons campé une nuit sur deux. Les autres nuits, nous avons dormi chez des amis ou dans des auberges de jeunesse dans les grandes villes européennes. Nous avons bivouaqué en Allemagne, en Hongrie, en République tchèque, en Serbie, en Bosnie-Herzégovine et au Monténégro. Trouver un lieu idéal demande du temps ! Nous l’apprenons à nos dépends en nous installant de nuit dans la campagne hongroise en contre-bas d’une route, pas franchement agréable. Cela nous servira de leçon, à l’avenir nous commencerons à chercher un emplacement plus tôt ! Nous cuisinons des plats rudimentaires sur notre réchaud et ces nuits de bivouac nous reposent, nous nous couchons beaucoup plus tôt que dans les auberges où nous avons pris l’habitude de profiter au maximum des villes comme à Francfort, Prague, Bratislava, Budapest, Belgrade, Sarajevo et Pristina.

Nous aimons particulièrement rouler sur les axes secondaires afin de découvrir la campagne et traverser des villages. Nous avons pu réellement voir l’évolution des petites communes de l’Est de la France à celles de la Bosnie-Herzégovine où les anciens ont l’habitude de passer leur après-midi entière devant leur maison à discuter avec des voisins et à observer les gens qui passent. Plus nous avons roulé vers l’Est, plus les échoppes ont fleuri sur le bord des routes, plus nous avons croisé de chiens errants, de moutons et de chevaux harnachés à des carrioles, encore très utilisées dans ces pays… En Europe de l’Est notre voiture se fond dans le paysage. En effet, Renault a inondé la région de son modèle le plus populaire : la 4L. Néanmoins, avec les logos de nos partenaires, la galerie de toit avec ses 4 jerricans d’essence et ses deux pneus, nous rencontrons un franc succès et nombreux sont les automobilistes et les piétons à nous faire un signe de la main et à nous prendre en photo !

Si nous devions établir un classement des villes que nous avons visitées, Sarajevo est notre coup de cœur. Dès notre arrivée, nous sommes émerveillés par la culture ottomane qui règne dans la capitale bosniaque. Des mosquées, des minarets, des cafés à la turque, des döner kebabs et des thés brûlants… Nous sommes charmés par l’atmosphère et comprenons ce que les guides touristiques disent de la ville. Sarajevo ne se visite pas, elle se vit. Cette ambiance est d’autant plus émouvante lorsque l’on réalise que la ville et le pays ont été déchirés il y a moins de vingt ans par une guerre sanglante et fratricide. Ce conflit a pour origine la multi-ethnicité des peuples, héritage des anciens empires austro-hongrois et ottoman et de la Seconde Guerre mondiale. Les marques de la guerre sont encore bien visibles : impacts de balles dans les murs, bâtiments entièrement détruits dans les villes et panneaux rouges «Danger Mines» dans la campagne…

Un soir, en rentrant dans notre petit hôtel après avoir dîné en ville, nous vérifions que la voiture est toujours intacte car notre hôte nous a mis en garde contre les vols, notamment dans les voitures de touristes. Tout est normal et nous nous disons que ce cher Monsieur voit le mal partout et que les bosniaques sont des gens charmants et que jamais ils ne s’en prendraient à une pauvre 4L quand brusquement…

– Si mec ! Regarde !

– Quoi ? Oh #~@°$\ !

Le cadenas de la galerie de toit pour les jerricans d’essence a été cassé et l’ouverture de la cage forcée. Mais nous ne sommes pas tombés sur les pires voleurs ! Ils ont uniquement pris l’essence qui se trouvait dans le seul jerrican plein et l’ont bien remis à sa place ! Cela nous servira encore une fois de leçon : ne jamais avoir d’essence sur le toit dans les villes. Nous nous couchons fenêtre ouverte sur la rue et lumière allumée prêts à bondir en pleine nuit au moindre bruit !

Au Kosovo, nous avons eu le plaisir de rencontrer pour la première fois l’un de nos partenaires : l’Alliance Française de Pristina, et nous remarquons à quel point il est enrichissant d’échanger avec des locaux pour approcher l’histoire, la culture et la politique des pays que nous traversons. À notre arrivée dans la capitale, nous avons été très surpris par la quantité de voitures immatriculées en Suisse, Grande Bretagne, Allemagne, Italie… Nous apprendrons un peu plus tard qu’il s’agit de la diaspora Kossovienne qui a fuit le pays lors de la guerre et qui revient l’été pour y passer ses vacances. La réalité de Pristina est loin de l’image que l’on pourrait s’en faire, en effet la ville regorge de cafés et restaurants où l’ambiance y est très festive ! Malgré tout, les nombreuses organisations internationales et les coupures d’eau quotidiennes entre 22h et 5h du matin nous rappellent que le pays connait de nombreuses difficultés et tourne au ralenti.

À l’heure où nous vous écrivons, nous sommes toujours au Kosovo et nous partons demain vers Istanbul, notre première grosse étape, en passant par la Macédoine et le Nord de la Grèce. 4000 km parcourus et la partie «facile» de notre voyage sera terminée. Nous sommes maintenant rodés, notre petite équipe à trois fonctionne bien. Lors de ces deux semaines en Europe, notre état d’esprit est partagé entre d’une part le plaisir de découvrir des villes, des paysages et des gens, et d’autre part l’excitation et l’impatience de voir ce que l’avenir nous réserve dans nos prochains pays : la Turquie, l’Iran et l’Inde, qui seront sans aucun doute beaucoup plus dépaysants que notre vieille Europe.

Nicolas & Matthieu

 

Voir les photos du départ et de l’Europe centrale sur notre galerie Flickr