¡ Bienvenidos a Mexico !

Si proches de la Silicone Valley, nous n’avons pu nous empêcher de faire un crochet par le campus de Google et d’Apple avant de rejoindre la Highway 1 longeant l’océan Pacifique jusqu’à Los Angeles. La côte californienne est préservée et la route surplombant l’océan nous a offert des panoramas superbes. À cette époque de l’année, les rives sont peuplées de lions de mer venus d’Alaska pour se reproduire et seuls quelques surfeurs s’aventurent dans les puissants rouleaux du Pacifique. Nous avons repris nos habitudes de campement et avons planté notre tente dans des endroits sauvages et parfois plus balisés. En effet, il est interdit de camper n’importe où aux États-Unis et nous avons dû nous résigner plusieurs fois à dormir dans des campings, occupés principalement par des camping-cars — ce qui nous enchantait que moyennement. Toutefois, cela nous a permis de faire de très belles rencontres avec d’autres voyageurs, notamment avec Judit, sage-femme suédoise à mi-temps, installée aux États-Unis depuis trente-cinq ans. Célibataire d’une cinquantaine d’années, elle vit dans une camionnette afin de passer le reste de son temps à contempler les étoiles, les merveilles de la nature et du monde en voyageant énormément sur tous les continents. C’était un plaisir d’échanger avec cette femme intéressée par notre projet, douce et bienveillante envers nous. Judit était véritablement une rencontre étonnante et marquante de notre périple. Hippie sans être à la marge, elle garde les pieds sur terre, reste en contact avec ses enfants à New York et connectée à la réalité du monde avec son iPhone, dont elle nous a confié ne plus pouvoir se passer. C’est après avoir partagé un petit déjeuner ensemble que nous nous sommes quittés et qu’à notre stupéfaction elle nous a laissé une contribution à notre voyage plus que généreuse! D’une manière générale, nous avons trouvé les américains sympathiques, enthousiastes et facilement abordables. Il nous est même arrivé d’avoir été invité à prendre un brunch avec un inconnu après avoir seulement échangé quelques mots à la caisse d’un supermarché! Dans cette région, pôle mondial de l’entrepreneuriat et des nouvelles technologies, nous avons senti que tout était possible et que de belles histoires s’écrivaient tous les jours. Malgré tout, les immigrés illégaux d’Amérique centrale qui passent leurs journées à attendre un hypothétique employeur sur le bord de la route pour effectuer des travaux manuels pendant quelques heures, montrent que cet eldorado n’est pas accessible à tout le monde.

Notre visite de Los Angeles fut expéditive. Immense, striées de voies rapides et d’échangeurs nous n’aurons des photos que de Beverly Hills, du fameux Hollywood boulevard et des Hollywood Hills connues pour leurs lettres géantes dominant la ville. Nous ne souhaitions pas nous perdre dans cette fourmilière et avons préféré entrer rapidement dans la vraie Amérique. Non pas celle de la Californie ou de la côte est mais celle des grands espaces, des ranchs et des villes ouvrières. Nous avons ainsi traversé l’Arizona où les paysages nous donnaient la vive impression d’être dans un western avec des cowboys et des indiens! Au Nouveau Mexique, nos interminables kilomètres ont été marqués par la neige et par une petite frayeur après avoir frôlé la panne d’essence au milieu de nulle part. Nous possédons tous les deux un trousseau de clé de la voiture et un troisième est caché dans un double fond à l’intérieur de la 4L. Un soir en montant le camp peu avant la tombée de la nuit, nous nous sommes aperçus qu’il nous manquait le bouchon d’essence! Lors de notre dernier plein, nous avions échangé de conducteur et le bouchon d’essence avec les clés de Nicolas a glissé du toit pour finir sa course dans un petit nid de poule, non loin de la station service. Par chance nous l’avons retrouvé intact dans la nuit noire, ce qui nous aura valu un détour d’une centaine de kilomètres mais bien nécessaire! Comme pour donner un peu de piment à l’aventure, le carburateur a commencé à faiblir et notre démarreur a cessé de fonctionner peu après notre départ d’Arizona. Nous devons désormais pousser la 4L et la démarrer en deuxième vitesse quasi systématiquement. Ce qui se révèle assez pénible en ville, attire en fait une poignée de curieux qui nous prête volontiers main forte. Capricieuse, cette dernière finit toujours par vrombir dans un mélange de rires, de cris et de gaz d’échappement.

Nous avons été abasourdis par la porosité de la frontière dans le sens États-Unis – Mexique puisque nous l’avons franchie rapidement sans même avoir été fouillés ou obtenu un tampon de sortie des États-Unis sur notre passeport! Si les douaniers étaient indulgents avec nous, dans l’autre sens la frontière est une vraie forteresse. En quelques heures nous nous sommes retrouvés au pays des tacos, des burritos, de la Corona, des santiags, des sombreros et des moustaches! Le niveau d’insécurité élevé au Mexique vient cependant ternir l’ambiance festive que l’on trouve dans le pays. Les américains comme les mexicains à qui nous évoquions notre voyage nous ont mis en garde plusieurs fois sur le banditisme, la corruption de la police et la dangerosité des cartels de la drogue sévissant notamment dans le nord du pays et nous ont recommandé d’être extrêmement prudents. Conscients de la situation nous avons traversé assez vite l’état de Chihuahua et de Durango où il n’est pas de bon ton de se retrouver seul au milieu de la nuit dans un désert de cactus! À cet égard, nous ne comptons plus les check points sur la route où certains militaires sont armés comme si le pays était en guerre et où la fréquence des rondes policières dans les villes nous rappelle à quel point la situation est tendue avec les narcotrafiquants. Nous avons donc au cours de ces dernières semaines de route bien progressé vers l’Amérique centrale grâce à un réseau routier excellent mais onéreux et une circulation fluide. C’est la première fois que nous dépensons autant en péages qu’en essence par jour!

Nous sommes conquis par le Mexique, on y mange bien, il est facile de voyager et les mexicains sont très sympathiques. Des pays que nous avons déjà traversé celui-ci est un mélange étonnant. Plus développé qu’on ne l’imaginait, on y retrouve un peu la même ambiance qu’en Turquie, pays que nous avons visité en septembre dernier. D’un point de vue urbanistique, les petites villes mexicaines sont agréables à vivre et conviviales. Les habitations aux toits plats ne dépassent pas les trois étages, les rues principales convergent vers une place centrale boisée et nombreux sont les restaurants et cafés à avoir une terrasse sur la rue ou une petite cour intérieure. Dans les villes historiques, les vestiges et bâtiments de l’époque coloniale espagnole datant du XVIème au XIXème siècle côtoient les magasins et chaînes de restaurants dont les enseignes sont discrètement peintes sur les façades, ce qui rend l’ensemble très harmonieux! Ainsi nous avons visité San Luis Potosi et été accueillis très chaleureusement par une famille mexicaine, que nous avons eu la chance de rencontrer grâce à des amis en France. Plus au sud, nous avons fait la découverte de Guanajuato qui est sans hésitation la plus belle ville de notre voyage! Très vivante, chaque rue est plus éblouissante l’une que l’autre et nous nous sommes promenés émerveillés, ne sachant où poser notre regard tant la ville était superbe. Mêlé à l’architecture coloniale espagnole, c’est un patchwork de maisons éclatant de couleurs magnifiques — son authenticité, son activité et ses couleurs nous ont laissé sans voix.

À l’heure où nous écrivons ces lignes nous avons en terme de durée effectué la moitié de notre périple et fait plus de 20 000 kilomètres dans 19 pays! Cette étape majeure dans l’aventure Microcrédit en 4L est l’occasion pour nous de remercier l’engagement de l’Agence Française de Développement et du département de la Seine-Maritime à nos côtés, tous nos partenaires ainsi que l’ensemble des donateurs particuliers si nombreux et sans qui nous ne pourrions soutenir autant de micro-entrepreneurs et vivre une si extraordinaire aventure. Nous ressentons un drôle de sentiment à l’idée que l’Asie soit derrière nous et que nos prochaines rencontres avec les institutions de microfinance se feront en espagnol! Toutefois, nous nous réjouissons des belles routes et rencontres à venir. Mais avant toute chose, poussons la 4L!

Nicolas & Matthieu

 

Voir les photos du Mexique sur notre galerie Flickr