Transatlantique

TOOOOOOOOOOOT ! L’Atlantique, enfin ! Après des démarches administratives très compliquées et coûteuses pour l’exportation de la voiture à Rio de Janeiro, c’est avec un immense soulagement que nous avons embarqué sur le Grande Brasile, cargo de 214 mètres de long le 21 juin. Le bateau ayant été maintes fois retardé, les derniers jours d’attente au Brésil ont été un peu longs. Toutefois, nous avons dissipé notre impatience dans l’effervescence de la coupe du monde et savouré ce moment unique sur la plage de Copacabana, aux côtés de supporters venus du monde entier voir jouer leur équipe. Cette fois, la voiture n’a pas été exportée dans un conteneur mais simplement conduite sur le bateau, c’est donc pour éviter tout vol sur les ports que nous l’avons vidée de notre équipement — sensation étrange que de vider totalement notre « maison roulante » avant l’heure… C’est alors coiffés de nos panamas et chargés comme des mulets que nous nous sommes rendus au port de Rio, sac sur le dos, sac sur le ventre, tente en bandoulière et caisse de matériel dans les bras.

Le capitaine croate de ce véritable immeuble flottant nous a chaleureusement accueillis à bord et annoncé à notre grande stupéfaction, que nous étions les premiers passagers de l’année ! Nous qui pensions être au moins dix touristes sur cette traversée, nous étions ravis à la perspective d’être seuls pour avoir un contact privilégié avec l’équipage. Dans un mélange d’excitation et de curiosité, nous avons découvert notre nouvel environnement. Dans la cabine 1232 qui ressemblait étrangement à la chambre d’un hôtel F1, nous avions un lit superposé, un bureau, une armoire, une minuscule salle de bain et la climatisation. Si cette chambre était tout confort par rapport à notre tente, la vue manquait cruellement puisque nous n’avions pas de hublot. Avant de mettre le cap sur Dakar et d’emmener deux intrépides à travers l’Atlantique, notre navire a fait escale dans les ports de São Paulo et de Curitiba, au sud du Brésil. Ces arrêts étaient prévus pour décharger et charger la marchandise. Nous étions alors aux premières loges de l’organisation logistique du transport maritime et ce fut extrêmement intéressant de toucher du doigt le monde étonnant de l’import/export. Céréalier, gazier, pétrolier, porte-conteneurs, paquebot… Chaque cargo est spécialisé et conçu pour transporter un certain type de marchandises. Le notre était un navire RO/RO (Rolling On / Rolling Off) destiné à recevoir principalement des voitures. Celles-ci sont directement conduites à l’intérieur et à l’extérieur du navire par les dockers et arrimées dans les cales par l’équipage. Notre bateau transportait essentiellement du matériel roulant, en l’occurrence, des voitures, des camions, des machines agricoles et de chantier. Mais on pouvait aussi trouver dans les cales d’autres sortes de marchandises comme des hélicoptères, des bateaux, des éoliennes, des pipelines et de nombreux conteneurs… Ainsi, nous avons assisté à deux reprises au manège incessant des matelots et des dockers qui déchargeaient dans un premier temps des voitures de luxe flambant neuves d’Europe (Porsche, Jaguar, Range Rover, Mercedes, BMW…) et au chargement ensuite de moissonneuses batteuses, pelleteuses et conteneurs de produits alimentaires. Le Grande Brasile effectue le voyage Europe – Afrique de l’Ouest – Brésil, toute l’année. Il quitte l’Europe chargé de voitures d’occasion pour le marché africain et de voitures haut de gamme neuves pour le marché sud américain. Sur la route du retour, le navire est chargé au Brésil avec toutes sortes de marchandises, comme des véhicules de chantier, des conteneurs de viande, de café et retourne sur le Vieux Continent 45 jours après l’avoir quitté en faisant escale par l’Afrique. Pour mener à bien ces opérations, le bateau est géré par un équipage de 26 personnes. Parmi elles, un capitaine, des officiers, un chef ingénieur, un chef mécanicien, un électricien, un cuisinier, un commis de cuisine et une vingtaine de matelots. L’équipe de matelots est composée presque exclusivement de philippins, comme 27% des équipages de la marine marchande aujourd’hui. Ces derniers ont l’avantage de parler anglais et leurs honoraires sont très compétitifs, ce qui explique cette étonnante statistique. Leur gentillesse et leurs sourires systématiques nous ont beaucoup touchés !

Nous avons perçu qu’avoir deux passagers sur le cargo était comme une petite respiration pour l’équipage, puisque tous les marins étaient désireux de passer un peu de temps avec nous et étaient ravis de nous montrer leur travail. Ainsi, nous avons visité avec le second officier l’intégralité du bateau. Des cales au poste de pilotage de la rampe d’embarquement des voitures, à la salle des machines en passant par le pont et l’avant du bateau où l’on peut mettre l’ancre. Nous avons même eu l’assurance du bon embarquement de la 4L, puisque nous l’avons vu solidement arrimée au bateau sur le pont n°7 ! Ce fut également l’occasion pour nous de poser nos nombreuses questions sur le fonctionnement d’un tel bateau. Nous avons retenu quelques chiffres qui nous ont marqués : le bateau consomme 55 000 litres de carburant par jour, peut contenir jusqu’à 3 500 voitures et naviguer à 20 nœuds, soit environ 37 km/h ! Bien entendu, le bateau une fois lancé pour traverser l’Atlantique navigue jour et nuit. Les matelots s’occupent donc dans la journée de nettoyer, de repeindre et d’entretenir le bateau tandis que les officiers contrôlent la navigation, le pilotage, gèrent les formalités administratives et les radio-communications. Lorsqu’ils ne travaillent pas, les marins peuvent faire du sport dans la salle de gym ou sur le pont, sur lequel un terrain de basket a été aménagé ! En effet, le navire est un lieu de travail mais aussi un lieu de vie. On y trouve donc une piste de danse et de karaoké (passion des philippins), un salon avec des télévisions, des ordinateurs (sans internet) et une bibliothèque. Quant à nous, nous n’avons pas chômé ! Nous commencions chaque journée par une partie de ping-pong et par un footing sur le tapis roulant de la salle de sport. Aussi incroyable que cela puisse paraître nous nous détendions ensuite dans une petite piscine ! Remplie à l’eau de mer, elle est installée tout à l’arrière du navire avec une vue imprenable sur l’océan. Ballotés par la houle, nous avions plus l’impression d’être dans une machine à laver ou dans la piscine à vagues d’un parc aquatique que dans la piscine d’un spa ! Après ces séances sportives, nous avons rythmé nos journées par de la lecture, de l’écriture et du montage vidéo. Au delà d’être une expérience unique de naviguer à travers un océan et de vivre sur un cargo, ce fut pour nous l’occasion inespérée de travailler sans aucune distraction et pendant plusieurs jours d’affilée, sur nos films, nos photos, nos carnets de route, nos rapports et nos présentations… Pendant deux semaines, nous avons travaillé à un rythme soutenu — parfois jusqu’à douze heures par jour — afin de rattraper notre retard dans les montages vidéos concernant nos rencontres avec les acteurs de la microfinance et sur nos aventures en 4L.

Néanmoins, nous ne manquions pas d’interrompre régulièrement nos sessions de travail par des tours sur le pont pour admirer l’horizon infini de la mer et les magnifiques couchers de soleil. En essayant de repérer d’autres navires, nous avons aperçu quelques baleines sautant hors de l’eau puis s’écraser de tout leur poids dans des éclaboussures immenses. La faune visible sur l’Atlantique est bien maigre par rapport à celle de l’Amérique du Sud, mais nous avons tout de même pu observer des dauphins, des poissons volants et des oiseaux qui suivaient le bateau. Les repas servis dans la salle à manger étaient aussi le moment de décrocher de nos écrans pour partager un temps convivial avec les membres de l’équipage. La compagnie du bateau est italienne et nous avons avec plaisir retrouvé l’influence de ce pays dans la cuisine ! La nourriture était délicieuse, variée et nous a grandement changés de nos soupes de nouilles lyophilisées ! En revanche, les heures régulières de service des repas qui rythment la journée, les tours sur le pont après ceux-ci et notre chambre impersonnelle nous ont donné comme une impression de vivre dans une maison de retraite. Notre démarche maladroite dans les couloirs du bateau en raison du mouvement de ce dernier, ne faisait qu’accentuer ce sentiment… Pour rompre la monotonie de nos journées à tous, un barbecue a été organisé le samedi soir au beau milieu de l’Atlantique ! Deux énormes feux ont cuit des kilos de viande pendant toute une soirée et l’intégralité du personnel (sauf le second officier qui était à la navigation) s’est retrouvé dans une ambiance festive en arrosant ses grillades de vin rouge et de bière. À côtoyer ces hommes, nous avons pris la mesure de la difficulté du métier de marin. Bien que les philippins trouvent un confort de vie certain dans ce métier — puisqu’ils ont une cabine personnelle, des horaires de travail réguliers, sont très bien nourris et libres de débarquer à terre quand le bateau est à quai — ils doivent tout de même faire avec l’éloignement, l’ambiance très masculine et la vie en communauté dans un espace clos.

Neuf jours après avoir quitté les côtes brésiliennes et quatre fuseaux horaires plus tard, nous accosterons à Dakar demain. Cette traversée de l’Atlantique au rythme du temps fut une expérience inoubliable. Nous qui avons conduit toute l’année, qui nous sommes pressés par moment et qui avons traversés des pays parfois trop vite, nous avons pu faire un point sur notre incroyable aventure, nous mettre à jour dans notre travail de communication et penser au retour. Eh oui, nous débarquons en Afrique dans quelques heures. Nous poserons le pied sur un nouveau continent, laisserons la mer derrière nous pour rouler pour la première fois vers le Nord. Vers l’Europe, la France, la maison. En avant !

Nicolas & Matthieu

 

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À fond les ballons au Brésil !

Après quelques semaines intenses en Bolivie, nous avons avec plaisir posé nos valises quelques jours dans la ville de Salta au nord de l’Argentine. Dans cette région, les grands axes routiers traversent des plaines arides avec pour seul relief des monts rocheux et des profonds canyons — impossible dans de tels paysages de ne pas faire de parallèles avec le Far West américain ! Pour échapper au froid saisissant nous nous sommes réfugiés dans une auberge de jeunesse pour trier des photos, écrire un carnet de route et envoyer des dizaines de mails afin de préparer la suite du voyage. Ravis de retrouver un réseau wifi correct nous avons notamment participé via Skype à une conférence sur le crédit à la Citibank de Mexico ! La voiture a pris aussi quelques jours de repos bien mérités et profité de cette halte pour s’offrir une vidange essentielle tous les 10 000 kilomètres ainsi qu’une rapide révision. Dans ce pays où Renault et Citroën sont bien implantés, les 4L et 2CV sont légion ! Par cet aspect mais aussi par le faciès des argentins, les infrastructures et le niveau de vie, nous avons eu l’impression de retrouver l’Europe avant l’heure.

Au terme de nombreuses recherches et de mails nous sommes parvenus à trouver et réserver un cargo sur lequel nous pourrons embarquer avec notre 4L et rejoindre le continent africain. Pouvoir traverser l’Atlantique sur un porte-conteneurs est une chance et une expérience incroyable. À peine plus cher que l’avion, nous n’avons pas pu résister ! Mais comme à chaque traversée, nous devions arriver sur place quelques jours avant le départ du bateau pour régler les formalités douanières pour la voiture. Nous avions donc une échéance trois semaines plus tard, le 14 juin, date de départ du bateau depuis le port de Rio de Janeiro pour Dakar au Sénégal, mais nous étions dans le flou quant à la date précise de notre arrivée à Rio, n’arrivant pas à obtenir l’information auprès de nos différents contacts. Misant sur des formalités rapides, nous avons tout de même décidé de faire un petit détour pour aller parcourir une portion de la fameuse Ruta 40 qui chemine en Argentine de la frontière bolivienne à la Patagonie. Entre les villes de Cafayate et Cachi, elle serpente au fond d’un canyon ocre, un spectacle magnifique pour les deux conducteurs que nous sommes ! Après ces superbes paysages, nous avons mis le cap à l’Est vers le Brésil, en empruntant de grandes routes, perdues au beau milieu de champs s’étendant à perte de vue, la fameuse pampa argentine. Lorsque le soleil commençait à décliner, nous nous mettions à la recherche d’un lieu calme pour bivouaquer et allumer de grands feux sur lesquels nous faisions griller des pièces de viande aussi savoureuses que bon marché, parfois accompagnées de vin rouge. L’Argentine n’a pas failli à sa réputation !

À l’approche de la frontière brésilienne, nos haltes se faisaient de plus en plus fréquentes dans des stations-service dotées du wifi pour préparer l’envoi de la voiture en Afrique. La traversée était bien réservée, mais il nous fallait encore trouver un agent qui nous aiderait à accomplir toutes les formalités douanières spécifiques à chaque pays, qui prennent en moyenne quelques jours. Rodés après trois envois par cargo nous avons demandé des devis et les délais à plusieurs entreprises de logistique pour un tel service. Nous étions le vendredi 30 mai, nous relancions et appelions les différents agents mais avons rapidement compris que la tâche allait être plus difficile que prévu. Les différentes conversations arrivaient à la même conclusion : le Brésil est l’un des pays les plus bureaucratiques au monde et les jours de match pendant la coupe du monde seront chômés, paralysant ainsi les ports brésiliens. Soit les agents de douane nous proposaient de réaliser le service en 60 jours pour l’incroyable somme de 3 800 $, soit ils refusaient tout simplement de nous aider… Abasourdis, nous imaginions déjà des solutions de secours comme nous dérouter pour l’Argentine ou l’Uruguay pour organiser une nouvelle traversée mais voilà, nous avons cru bon d’anticiper et avons payé nos places passagers (non remboursables) sur le cargo du 14 juin quelques semaines auparavant, nous ne pouvions donc pas nous permettre de ne pas monter sur ce bateau. Il était par ailleurs hors de question d’abandonner la voiture au Brésil après 42 000 kilomètres, presque autant de souvenirs, et enfin aussi en raison des 3 500 € de caution laissés à l’administration française, pour l’obtention du carnet de passage, le passeport de la voiture. Un seul agent nous a fait comprendre qu’il pourrait essayer d’effectuer les formalités à temps, à condition que nous arrivions le plus tôt possible dans ses bureaux, c’est à dire le lundi matin. Nous étions à ce moment à Puerto Iguazù, à plus de 1 450 kilomètres de Rio de Janeiro, à deux pas d’un site naturel mondialement connu que nous ne pouvions pas manquer ! C’est donc durant le week-end que, préoccupés par ces questions logistiques, nous avons découvert les chutes d’Iguazù situées sur la frontière Argentine-Brésil, tout d’abord du côté argentin sous une pluie battante, ce qui a au moins eu l’avantage de laisser le site pour nous seuls. Les passerelles dans la jungle au plus près des chutes, à leurs pieds ou au dessus d’elles, permettent de les toucher et d’apprécier le débit démentiel de la rivière Iguaçu. De plus de 80 mètres de haut, les chutes d’eau entraînent des bouillonnements et un vacarme ahurissants. Le côté brésilien offre quant à lui une vue d’ensemble et permet de prendre la mesure de cette merveille naturelle impressionnante. Le dimanche midi nous démarrions la voiture, prêts à affronter la longue route qui nous attendait.

— « Tu es au courant qu’on éteint le moteur qu’à Rio là ? »

C’est donc sur des éclats de rire, fréquents dans l’habitacle de la voiture, que nous avons fait nos premiers kilomètres nous séparant de Rio de Janeiro. À notre grande surprise, les routes étaient excellentes et nous avons même gagné rapidement des autoroutes dignes de l’Europe. Les heures passaient, les kilomètres aussi et les pauses peu nombreuses se firent uniquement dans des stations-service. Pied au plancher, la 4L lancée à 120 km/h consommait plus que jamais. Il était minuit passé lorsque nous nous sommes écroulés de fatigue dans notre voiture dans une sordide station-service de la banlieue de São Paulo. Quelques heures plus tard, nous nous sommes réveillés avant le soleil pour reprendre la route et franchir la ligne d’arrivée de notre folle course dans la matinée. Nous n’en revenons toujours pas des performances de notre bolide, elle a parcouru les 1 450 kilomètres en 18 heures à une allure qui faisait pâlir plus d’un camionneur ! Fatigués, nous sommes arrivés dans cette ville sans bien nous rendre compte qu’elle marquait la fin de notre route en Amérique du Sud, conscients que le plus dur restait à faire. Après avoir tourné quelques heures dans un labyrinthe de bretelles d’autoroutes nous avons foncé chez le seul agent qui a accepté de nous aider. Caio, un jeune américano-brésilien nous a chaleureusement accueillis et a pris les choses en main. Impressionné par notre aventure, il nous a promis de faire son maximum pour régler l’ensemble des formalités douanières avant le départ du bateau. Alors qu’il travaillait sur notre dossier, nous devions rester disponibles. Hébergés dans des conditions idéales par un de nos anciens chefs scout expatrié à Rio, nous sommes restés plusieurs jours à l’appartement pour répondre dans la minute aux mails nous demandant des informations diverses sur la voiture. Attendre dans l’incertitude sans pouvoir agir et se rendre utile ne faisait qu’accentuer notre impatience. Le Brésil s’avère effectivement être un pays extrêmement bureaucratique : l’ensemble de nos documents ont dû être certifiés par un huissier, nous avons dû, entre autre, photocopier nos passeports en intégralité, même les pages vides et donner le nom complet des parents de Matthieu, propriétaire de la voiture… Finalement le processus s’est — par miracle — déroulé sans encombre et nous avons déposé avec soulagement la voiture au port une semaine plus tard. Nous avons compris que nous avons par chance trouvé le bon agent lorsqu’il nous a avoué à demi-mot avoir des « amis » aux douanes, à comprendre qu’il a distribué des billets aux bonnes personnes. Nous avons fermé les yeux sur ce mode de fonctionnement peu avouable tant nous étions heureux d’avoir réussi !

C’est donc avec l’esprit léger que nous avons pu enfin profiter de la superbe ville de Rio de Janeiro. Elle est pour nous mythique après 42 000 kilomètres sur les routes du monde, soit la circonférence de notre planète. Les différentes hauteurs qui entourent la ville dont le fameux Corcovado sur laquelle repose le Christ Rédempteur offrent des points de vue à couper le souffle. La ville sort de la jungle pour s’arrêter sur des plages de sable blanc superbes. En quelques minutes on peut s’échapper du tumulte propre aux métropoles, pour se retrouver en pleine jungle peuplée de singes, bien loin des tristes pigeons parisiens du Jardin du Luxembourg ! Dans le centre administratif et financier de la ville, des bâtiments coloniaux se mêlent à une architecture type années 70 en piteux état donnant une impression de déclin, mais l’ambiance bouillonnante qui y règne nous rappelle que l’activité bat son plein ! Les bains dans l’océan sont un luxe dont nous ne nous lassons pas, mais l’activité la plus divertissante à la plage consiste en fait à observer le défilé des gens et des autres baigneurs. Les joueurs de beach-volley se mêlent aux vendeurs ambulants de caïpirinhas (cocktail local), qui eux-même slaloment entre les Cariocas, habitants de Rio, qui s’efforcent de parfaire leur bronzage et qui sont surtout là pour être vus. La culture du corps est une obsession sur les plages d’Ipanema et de Copacabana, le sport est omniprésent : jogging, surf, tennis de plage, musculation, vélo… Les Cariocas ne perdent pas une occasion de se mettre torse nu pour rouler des mécaniques. Malgré tout, les inégalités sociales sont poussées à leur paroxysme. Dans les favelas qui dominent les beaux quartiers survit une population extrêmement pauvre, le niveau de vie dans ces endroits équivaut à celui du Ghana alors qu’il atteint celui de l’Allemagne ou de la Suisse dans les beaux quartiers voisins. Les problèmes de drogue sont en grande partie responsables des graves problèmes de sécurité dont a longtemps souffert la ville. La situation semble néanmoins s’améliorer avec des interventions sociales et militaires de l’état dans ces banlieues, en prévention du mondial et des jeux olympiques d’été de 2016.

Lorsque nous nous sommes plongés dans les cartes il y a presque deux ans nous étions bien loin d’imaginer que nous allions nous retrouver plongés au cœur de la folie de la Coupe du Monde de football ! Mais expliquer aux Cariocas que nous n’avons pas choisi de venir à Rio pendant cet événement et pousser la conversation jusqu’au fait que nous ne sommes pas des grands fans de foot s’avérait être compliqué… Alors que nous commencions à être à l’aise en espagnol, le portugais des brésiliens nous a laissé sans voix. Nous raccourcissions donc au fait que oui, nous sommes venus de France en voiture pour le mondial ! À quelques jours du début des festivités, l’ambiance n’était pas au rendez-vous, les rues décorées aux couleurs nationales lors des précédentes éditions restaient bien grises, reflet du moral de nombreux brésiliens, dubitatifs face au coûts exorbitants de cette fête planétaire dans un pays où 16% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Les promesses et travaux pharaoniques qui auraient pu permettre un développement du pays comme la mise en place d’un réseau de transport urbain moderne dans de nombreuses villes, n’a parfois même pas dépassé le stade du papier à cause notamment de la corruption et d’un manque d’organisation du pays. Les brésiliens nous ont prédit de grands changements lors des prochaines élections ! Malgré tout, lorsque le Brésil marquait les trois buts face à la Croatie lors du match d’ouverture, l’ambiance était électrique sur la plage de Copacabana où le match était diffusé sur un écran géant. Mêlés à près de 40 000 supporters, nous avions l’impression que les caméras du monde entier étaient braquées sur nous, bien conscients que c’était plus pour le foot que pour le microcrédit… La seule ombre au tableau de cette gigantesque fête fut sans doute les groupes d’enfants des favelas, parfois très jeunes, qui erraient entre les spectateurs à la recherche d’objets à subtiliser.

Après ces folles aventures et des découvertes passionnantes, nous avons conclu en beauté notre périple sur le continent américain en assistant à l’extraordinaire copa à Rio de Janeiro, ville que nous avons pour l’instant la plus appréciée. Le cargo ayant eu quelques jours de retard, nous levons l’ancre demain à bord du Grande Brasile et nous poserons le pied dans une dizaine de jours sur un nouveau continent ! Saudade América do Sul !

Nicolas & Matthieu

 

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Bolivie, pays de tous nos records !

Extincteur, trousse de premiers soins, croix, triangle de signalisation, roue de secours, cric, outils basiques… Rien à faire, les policiers boliviens ne trouvent rien à nous reprocher. Nos passeports fraîchement tamponnés, nous sommes sur le point de franchir le poste frontière séparant le Pérou de la Bolivie quand… STOP !

— « Messieurs, je regrette mais je ne peux pas vous laisser passer, ni faire ne serait-ce qu’un mètre en Bolivie ! Votre assurance n’est pas valable. »

Nous le savons pertinemment puisque ce garde frontière tient entre ses mains une police d’assurance que nous avons souscrit il y a plus d’un mois en Équateur et valable uniquement dans ce pays. Nous faisons mine de nous étonner et expliquons dans un espagnol délibérément très mauvais que nous en achèterons alors une nouvelle dans la prochaine ville. En réalité, c’est une arnaque classique entre deux pays, les policiers espérant ainsi arrondir leurs fins de mois. Lorsqu’un bureau d’assurance n’est pas établi directement sur la frontière, c’est qu’il est possible de la traverser sans une assurance nationale. Après quelques minutes de discussions absurdes, les policiers découragés ont ouvert la barrière menant à la Bolivie. Nous apprendrons plus tard, qu’elle n’est même pas obligatoire dans ce pays.

Nos premiers pas en Bolivie dans la ville de Copacabana ont été guidés par le son d’une musique très bruyante et c’est emportés par les décibels que nous nous sommes retrouvés dans un hangar dans lequel se tenait une fête immense. Ébahis, nous n’en croyions pas nos yeux de voir tous ces boliviens de trente à soixante-dix ans s’amuser avec autant d’entrain en habits traditionnels : robes bouffantes, costumes et chapeaux. Lorsqu’un homme nous a tendu sa caisse de 12 bières de 66 cl, nous avons réalisé que nous avions atterri dans une beuverie extraordinaire. Les femmes comme les hommes fumaient, buvaient plus que de raison et dansaient sur le rythme effréné d’un groupe de musique bolivien. En quelques heures, nous avons été invités à partager des dizaines de bières avec des boliviens et des boliviennes hilares, propositions que nous acceptions très volontiers lors des premières tournées et un peu à reculons au bout du quinzième verre ! Si tous les participants à la fête étaient manifestement saouls, certains l’étaient plus que d’autres. L’abus d’alcool a provoqué les situations les plus excessives et c’est avec stupéfaction que nous avons vu des femmes se battre, un homme vomir sur l’épaule de sa femme, d’autres ronflant avachis sur des chaises avec pour oreiller une enceinte de 500 watts, sans parler des hommes et des femmes qui urinaient en public ! La générosité et la joie de vivre de ces personnes ainsi que l’ambiance irréelle de cette soirée nous ont complètement stupéfaits.

C’est donc avec un léger mal de crâne que nous avons découvert après quelques heures de bateau, l’Isla del Sol sur le lac Titicaca, berceau de la civilisation inca. La randonnée à travers l’île offre un point de vue unique sur le lac mais l’île en elle-même était un peu touristique à notre goût et rapidement nous avons gagné La Paz. Nos passages quotidiens à la pompe à essence se sont révélés être un peu particuliers en Bolivie. En effet, l’essence est subventionnée par le gouvernement, ainsi les étrangers qu’ils soient des pays frontaliers ou d’Europe, doivent payer trois fois le prix affiché en station, soit 0,90€ le litre ! Une technique dont nous avons abusé, consistait à faire comprendre subtilement au pompiste que nous n’avions pas besoin de facture et comme par magie le prix baissait à 0,50€ ! Nous vous laissons imaginer où va la différence… La Paz, cœur économique et capitale gouvernementale de la Bolivie est une ville étonnante. Depuis son centre grouillant d’activité, nous pouvions observer les milliers de petites maisons de briques oranges, accrochées sur les flancs de l’immense canyon qui renferme la ville, avec en toile de fond des montagnes enneigées. Toutefois, le trafic et les embouteillages en font une ville à l’atmosphère irrespirable et c’est sans hésiter que nous avons trouvé refuge à l’extérieur de la ville dans un lieu de camp peuplé d’overlanders faisant la Panamericana, ou plus ! En arrivant nous avons été accueillis par un couple d’allemands en 4×4 canadien, une famille de français en camping-car chilien et un couple franco-hollandais en camion aménagé ! Nous n’avons pu nous empêcher de repenser à notre halte à Panama City et ce fut une nouvelle fois très plaisant de partager quelques jours avec ces voyageurs !

La raison pour laquelle nous nous sommes arrêtés à La Paz — qui représente finalement assez peu d’intérêt — est la proximité du Huyana Potosí, un pic à 6 088 mètres d’altitude dont la particularité est d’être facile d’accès pour les alpinistes novices que nous sommes ! L’ascension en trois jours avec un guide a commencé par une journée d’acclimatation et d’entraînement à l’usage des cordes, des piolets et des crampons au camp de base à 4 800 mètres, soit l’altitude du Mont-Blanc ! C’est ensuite au terme d’une marche de quelques heures à travers des chemins escarpés et des pierriers avec tout notre matériel, que nous avons trouvé refuge 400 mètres plus haut. Vivant depuis de nombreuses semaines sur l’altiplano, nos corps ont eu le temps de multiplier leurs globules rouges, de ce fait nous avons tous les deux bien réagi aux rigueurs de l’altitude — principale difficulté de l’ascension — et suivi notre guide avec une certaine aisance. Cependant, entreprendre une telle ascension demande de la patience et un peu de préparation. La veille de l’ascension finale nous avons donc dîné très tôt et nous nous sommes couchés à 18h pour attaquer la marche de nuit dans la neige, à 2h du matin. Casqués et encordés à notre guide, nous avons commencé à monter doucement en ne regardant que nos pieds pour ne surtout pas voir les lampes frontales des personnes au dessus de nous, qui paraissaient à des kilomètres. Pas à pas. Ne pas penser. Ne pas abandonner. Seulement avancer, une main tenant un piolet, l’autre la corde attachée à son baudrier pour ne pas la sectionner avec ses crampons. Malgré notre acclimatation, nous avons ressenti les premiers signes du mal des montagnes : essoufflement, nausées et maux de tête qui rendent l’effort plus difficile à accomplir. Après quelques passages où nous avons grimpé avec les pieds et les mains nous nous sommes retrouvés devant une crête de 80 mètres de long menant au sommet. D’une trentaine de centimètres de large seulement et bordée de précipices de plusieurs centaines de mètres, il a fallu que nous redoublions de concentration et que nous avancions très lentement, un pied devant l’autre. C’est finalement à 6h30 du matin que notre encordée a atteint le sommet à 6 088 mètres d’altitude et que nous avons assisté à un lever de soleil émouvant, du haut de notre montagne. Les centaines de cimes montagneuses crevant une mer de nuages, la lumière orangée sur la neige et l’ombre gigantesque du Huyana Potosí étaient un spectacle que nous ne sommes pas prêts d’oublier. La descente fut bien entendu beaucoup plus rapide mais pas moins éprouvante. De retour au refuge pour un peu de repos, nous nous voyons encore devant notre tasse de café fumante repenser à notre ascension nocturne. Comme dans un rêve, nous avons grimpé pendant plusieurs heures aveuglément et découvert avec éblouissement au lever du jour notre environnement, les paysages et la vue somptueuse. Pour nous récompenser de tant d’efforts, nous nous sommes régalés d’une raclette dans un restaurant suisse le soir même !

Comme si nous n’avions pas eu assez de sensations fortes, nous avons décidé juste après notre ascension d’emprunter — malgré la pluie et le brouillard — le fameux Camino de la Muerte, la Route de la Mort. Connue pour son extrême dangerosité, il existe aujourd’hui un nouveau tracé et cette route historique relève désormais un peu d’une attraction touristique, comme en témoignent les nombreux cyclistes qui la dévalent quotidiennement à toute vitesse. La vue depuis la piste est impressionnante, en revanche bien qu’elle soit coupée par d’énormes gués, ce n’est pas la plus mauvaise, ni la plus dangereuse que nous ayons eu l’occasion d’emprunter ! Notre halte suivante fut la ville de Potosí, connue pour ses mines d’argent très lucratives exploitées depuis 1535. Perchée à 4 060 mètres d’altitude cela en fait d’elle la ville la plus haute du monde ! Chaque visite des mines commence par un arrêt au marché pour acheter des « cadeaux pour les mineurs » : boissons, feuilles de coca, dynamite, cigarettes et alcool à 96% qu’ils coupent avec du coca-cola ou du jus. Cette pratique systématique d’offrir des présents aux mineurs sur leur lieu de travail est finalement sympathique puisque ces derniers sont reconnaissants et ouverts au dialogue, ainsi le touriste inquisiteur ne se sent pas si intrusif que cela. La visite de ces mines était une expérience incroyable. Les galeries sont étayées par des poutres de bois, parfois rompues. Les rails utilisés pour pousser les wagonnets remplis de minéraux sont souvent recouverts d’une boue épaisse, l’odeur de souffre, de silice et la chaleur qui y règne rendent l’atmosphère étouffante. Nous étions presque constamment courbés pour progresser dans les artères de la mine, parfois nous avancions même la tête au niveau de la taille ou les mains au sol. Bien qu’extrêmement pénible et dangereux, les mineurs semblent très fiers de leur travail qui est relativement bien payé. En effet, le salaire moyen en Bolivie est de 120€ par mois et un mineur gagne entre 10 et 15€ par jour. Pendant deux heures, nous avons littéralement évolué dans l’univers d’Étienne Lantier, héros du roman Germinal d’Émile Zola. Fourbus de notre passage dans les entrailles de la terre c’est avec soulagement que nous avons retrouvé la lumière du jour et l’air frais !

Un court passage par la très belle ville coloniale de Sucre, capitale juridique de la Bolivie, a été l’occasion de préparer notre petite expédition dans le Salar de Uyuni, le plus grand désert de sel du monde ! Nous avions prévu trois jours d’itinérance et devions en conséquence être autonomes en eau, carburant et nourriture. Méticuleusement nous avons donc fait nos achats au marché et c’est le coffre chargé de cacahuètes, olives, bières, thon, avocats, tomates, maïs, pommes, nouilles lyophilisées, gâteaux, œufs, pain, café que nous sommes entrés dans ce désert tant rêvé ! Entourés d’une étendue salée paraissant infinie, seules les montagnes au loin venaient interrompre l’horizon parfait entre ciel et terre. Les cristaux de sel prennent la forme de cellules lorsque l’eau de la saison des pluies s’évapore et cet « amas dense de cellules » rappelait curieusement les milliers d’étoiles qui scintillaient au dessus de notre tente la nuit tombée. Nos bivouacs dans cette nature immaculée étaient particulièrement frais, une nuit notre thermomètre indiquait -15°C ! C’est donc tout habillés dans nos sacs de couchage (dont la limite de confort spécifiée sur l’étiquette est de +11°C) que nous dormions, enroulés dans deux épaisses couvertures chacun et blottis sous une grande bâche que nous partagions. Se déplacer dans le Salar de Uyuni relève plus de la navigation maritime que de la circulation routière. En effet, nous ne suivions pas une route mais un cap. Munis d’une boussole, nous pouvions filer à plus de 100 km/h dans ce désert plat et blanc. En revanche, se rendre compte des distances et de la perspective est très difficile dans un tel environnement. Si une montagne paraît proche à l’œil nu, elle peut en réalité se trouver à plus de 60 kilomètres ! Sa beauté singulière, sa blancheur et son silence assourdissant nous ont beaucoup marqués et ce fut véritablement l’un des plus beaux endroits de notre voyage.

En un peu moins de trois semaines, nous avons traversé la Bolivie. Petit pays enclavé au centre du continent sud-américain, il se distingue selon nous par la formidable gentillesse de sa population. Les boliviens sont adorables, drôles et bienveillants. Toutefois, ce fut le pays le plus exigeant avec la 4L. Nous ne comptons plus les cols à plus de 4 000 mètres d’altitude que nous avons dû franchir, parfois à 20 km/h, les côtes quasi verticales dans les villes que nous n’avons pu monter sans être remorqués et les pistes défoncées qui ont meurtri encore un peu plus nos suspensions… La conduite dans ce pays a été difficile, plus d’une fois nous nous sommes fait tractés pour nous sortir d’un fossé ou du sable après une sortie de route. Depuis la ville de Tupiza, non loin de la frontière, nous nous réjouissons par avance des routes bitumées traversant les grandes plaines argentines !

Nicolas & Matthieu

 

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De 0 à 4891 mètres au Pérou !

D’une jungle luxuriante avec son taux d’humidité délirant au désert aride et sans fin, nous sommes passés avec étonnement d’un extrême à l’autre en franchissant le moderne poste frontière de Huaquillas, qui sépare l’Équateur du Pérou. Dès nos premiers kilomètres, de chaleureux péruviens nous ont invités à leur table pour partager des bières selon la coutume locale : boire le plus rapidement possible, à tour de rôle et dans le même petit verre! Avec difficulté nous avons pris congé de nos amis pour reprendre prudemment la route. Cette introduction au Pérou s’avéra être à l’image du caractère de son peuple : chaleureux, joyeux, sympathique et toujours partant pour partager un verre! Mettant le cap plein sud sur la panaméricaine avec à notre droite l’océan Pacifique et à notre gauche un désert prenant la forme de dunes dignes du Sahara ou de grandes étendues minérales nous rappelant l’Iran, nous avons avalé les kilomètres. Pour rompre la monotonie de l’asphalte et vivre l’aventure, nous avons par deux fois tenté de sortir de la route et c’est à deux reprises que nous nous sommes ensablés! Sur la plage tard dans la  nuit, l’aide providentielle d’un péruvien et de sa voiture nous a sortis de ce faux pas et dans les dunes il nous aura fallu près d’une heure et demie d’efforts pour sortir la 4L du sable brûlant dans une odeur d’embrayage brûlé à l’aide de pierres judicieusement positionnées sous les roues préalablement dégonflées… Nous nous posons de sérieuses questions quant aux capacités de la voiture à franchir les dunes marocaines!

Notre découverte du Pérou a été marquée par les visites des marchés. À chaque fois que nous déambulions dans un de ces lieux extraordinaires de vie, nous nous faisions la réflexion qu’il s’agissait sans doute du plus beau que l’on ait eu l’occasion de voir! Que ce soit dans l’ouest désertique du pays ou dans les montagnes de l’est, les paysans locaux viennent toujours vendre leur production en habits traditionnels, le chapeau est de rigueur! C’est à chaque fois un véritable kaléidoscope de couleurs sur lequel nous ne savons où poser notre regard : une dame transportant un mouton sur son dos, des sacs remplis de cochon d’Inde (met prisé du Pérou), ou encore l’agitation générale qui anime ces lieux d’échanges que nous affectionnons tant. À Chiclayo dans le nord du pays, nous avons garé la voiture un matin dans la rue pour aller explorer le marché en passant outre les mises en garde des locaux. À notre retour un attroupement était formé autour de la 4L, peu inquiétant car relativement fréquent. Mais nous nous sommes rapidement aperçus que la portière conducteur était ouverte, nous fermons bien évidemment toujours la voiture dans la rue. Après quelques échanges avec les gens présents, nous avons compris qu’un homme avait forcé notre serrure, mais qu’il avait pris la fuite avant même d’avoir pu dérober quoi que ce soit. Nos nouveaux amis avaient gardé la voiture en attendant notre retour. Sous le choc nous les avons chaleureusement remerciés et nous nous sommes empressés d’atteindre la prochaine ville pour faire réparer la serrure fracturée. C’est après être passés par un garage Toyota, puis Renault, puis un serrurier qui nous a renvoyés vers un petit garage de rue que nous avons pu effectuer notre réparation le jour d’après. Avec une bonne dose de patience et de persévérance, tout est faisable dans ces pays! Conscients de notre chance, nous nous sommes promis de porter plus de poids aux conseils des locaux. Un bel avertissement à la vigilance en somme.

Lassés du désert de la côte, nous avons décidé de prendre de l’altitude dans les Andes. Pendant deux jours, notre 4L a subi les rigueurs d’une route en piteux état, des cols à 3000 mètres et du Cañòn del Pato. À cet endroit, la piste se faufile sous plus de 35 tunnels creusés à même la solide roche, serpente le long d’une rivière au fond d’un gouffre aux falaises espacées de 15 mètres et hautes de plus de 1000 mètres! Sans doute la plus belle route de notre voyage! Percevant un bruit anormal à l’arrière de la voiture, nous nous sommes arrêtés dans un petit village et en mettant la voiture sur un pont nous n’avons pu que constater une nouvelle fissure sur le bras de suspension arrière droit, juste en dessous de la soudure indienne. Le mécanicien plein de bonne volonté, les yeux à quelques dizaines de centimètres de la fissure flagrante, s’exclama en secouant la voiture « si ‘ta bien, muy fuerte! ». Nous n’étions de toute évidence pas au bon endroit pour réparer notre pièce… Nous avons donc poussé jusqu’à la prochaine ville près de la Cordillera Blanca et confié notre bolide éclopé à un soudeur qui a renforcé les parties fissurées et fragiles des suspensions à l’aide de pièces de métal. Comme tous les soudeurs, il nous a assuré que sa soudure était indestructible, nous ne demandons qu’à le croire! Ce train arrière est décidément en mauvais état, nous croisons les doigts pour qu’il nous ramène malgré tout en France où il aura le droit à une retraite bien méritée chez un ferrailleur!

Au pied de la Cordillera Blanca et de ses pics à plus de 6000 mètres nous avons passé quelques jours à flâner entre petits villages, marchés et bivouaqué au bord de lacs superbes. La Semaine sainte est l’une des fêtes les plus importantes en Amérique du Sud et les touristes péruviens ou étrangers sont nombreux comme Nadia et Chris qui nous ont très gentiment proposé de nous héberger chez eux lors de notre courte halte à Lima! Nous avons été surpris par la modernité de cette ville tentaculaire et le fait qu’elle semble relativement agréable à vivre, bien conscients toutefois d’être accueillis dans les conditions très confortables des expatriés. En route pour la vallée sacrée et le fameux Machu Picchu nous avons campé au bord de la touristique oasis de Huacachina, où les nombreux logos du Paris-Dakar sur les voitures et les vêtements des locaux ont piqué notre curiosité. Après quelques discussions avec ceux-ci nous avons réalisé que le rallye était passé par là cette année. Plutôt dubitatifs à propos du bon sens de cette course, nous nous sommes rendus compte que cet événement crée en réalité une véritable dynamique dans les régions traversées et représente une importante possibilité de revenus pour les populations locales.

Un des points d’orgue de nombreux voyageurs en Amérique du Sud s’avère être, à raison, la découverte de la vallée sacrée et du très connu Machu Picchu. Nous y avons retrouvé Jorge, un ami mexicain rencontré sur la route au Guatemala, qui nous a gracieusement invités dans des hôtels et restaurants que nous n’aurions décemment pas pu nous offrir… C’est ainsi à trois que nous avons voyagé pendant une petite semaine. Bien que nous connaissions par cœur les photos du Machu Picchu et malgré la sensation « d’usine à touristes » qu’il représente, le site mythique nous est apparu comme merveilleux et magique. Déambuler dans ces ruines qui apparaissent et disparaissent sous les nuages au fil des heures, entourés de sommets durant une journée, est une chance incroyable. Ce site Inca a la particularité d’avoir été découvert en 1911 après le départ des conquistadors espagnols par un professeur américain qui a eu la présence d’esprit de questionner les locaux sur la localisation de ces ruines mystérieuses. Le site, probablement lieu de culte et observatoire astronomique, regorge d’ingéniosité architecturale et de preuves d’avancées scientifiques de la civilisation Inca. Il est l’une des créations humaines les plus impressionnantes que nous avons pu apprécier depuis le début de notre voyage! Nos quelques jours à Cusco dans des conditions royales nous ont permis d’apprécier à sa juste valeur cette ville superbe, organisée autour d’une Plaza des Armas — place de centre ville propre à toutes les villes et villages du Pérou — qui figure parmi les plus belles du pays.

Après cette agréable parenthèse de confort, nous avons repris notre rythme de voyage entre kilomètres sur des pistes, contrôles de police quotidiens, bivouacs en altitude et repas dans des comedors : cantines de rue très économiques. Nous sommes allés à la rencontre de micro-entrepreneurs soutenus par FONDESURCO à Chivay, dans la région d’Arequipa. FONDESURCO est une institution de microfinance travaillant essentiellement en milieu rural et les contraintes que cela implique ont compliqué l’organisation de nos visites : distance entre les villages, mauvais état des routes et peu de disponibilité des bénéficiaires. Parmi d’autres, nous avons toutefois rencontré Cornelio qui nous a présenté avec passion son activité d’agriculteur. Il cultive des pommes de terre en s’efforçant de tester de nouvelles variétés mieux adaptées au climat rigoureux de la région et considère le travail de la terre comme un art! FONDESURCO lui vient en aide financièrement  depuis longtemps pour l’achat de ses intrants et de ses semences. Notre agriculteur encourage son fils à souscrire un prêt à son tour. En effet il est persuadé que l’engagement que représente un crédit, apprend à travailler et rend responsable! Par ailleurs, FONDESURCO s’implique dans le développement par les énergies renouvelables, en proposant des facilités financières pour acquérir des chauffe-eau solaires et des fours économiques à combustible organique. Ces produits sont souvent à usage familial et s’apparentent plus à des crédits à la consommation, nous n’en soutenons donc pas. Intéressés toutefois par la problématique, nous avons rencontré un bénéficiaire d’un microcrédit qui a servi à acheter un four. Celui-ci est effectivement très économique, efficace et améliore le quotidien en permettant de varier l’alimentation. Le fait que FONDESURCO explore de multiples pistes de développement nous a plu, il est logique qu’elle ait reçu le prix de l’IMF la plus innovante du Pérou en 2013!

C’est véritablement dans ce gigantesque pays d’Amérique du Sud que nous avons découvert les dénivelés et les routes escarpées de la Cordillère des Andes. Nous ne comptons plus les cols à 3000 ou même à 4000 mètres que la voiture passe à un rythme idéal pour admirer les paysages. Nous avons atteint notre record d’altitude avec un honorable 4891 mètres au dessus du niveau de la mer! Les paysages de ce pays nous ont laissé plus d’une fois sans voix : des profonds canyons aux couleurs étonnantes aux impressionnants pics enneigés, en passant par de grands plateaux sur lesquels pâturent des centaines de lamas, nous pouvons raisonnablement dire que nous en avons pris plein les yeux. Les nombreux bivouacs dans une nature splendide furent parfois éprouvants en raison des températures étouffantes du désert ou glaciales des hauts plateaux. Ainsi le Pérou restera un moment fort du voyage, nous avons passé — par rapport à notre périple — beaucoup de temps dans ce pays qui nous a rappelé l’Inde par deux aspects: la richesse de sa nourriture et ses automobilistes fous. Nous mettons à présent le cap sur un nouveau pays, niché au cœur des Andes et qui nous fait rêver depuis longtemps: la Bolivie!

Nicolas & Matthieu

 

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Franchir l’équateur

« Ce n’est pas sûr, ne vous arrêtez pas sur la route, soyez discrets, achetez des chapeaux…» Tels étaient les conseils des colombiens et des expatriés quand nous leur annoncions que nous projetions de rejoindre l’Équateur depuis Bogota. Le sud de la Colombie est classé par le ministère des Affaires étrangères comme une région « formellement déconseillée sauf raison impérative ». Le pays ne possédant qu’une seule route pour rejoindre le poste frontière avec l’Équateur et l’impossibilité géographique de nous dérouter par le Brésil, constituaient pour nous des arguments suffisants pour nous aventurer dans ces terres incertaines. Conscients des risques d’enlèvement, d’agression et de braquage nous avons pris les mesures nécessaires pendant ces trois jours de route. Nous avons caché notre liquide dans les doubles-fonds de la structure en bois à l’arrière de la voiture, à chaque checkpoints militaires nous nous informions de la qualité et de la sécurité des routes et bien entendu nous nous arrêtions avant la tombée de la nuit dans des endroits sécurisés — comme à Santa Rosa de Cabal où nous nous sommes offerts le luxe de nous baigner dans une source chaude au pied d’une cascade immense dans la jungle. Sûrs de nous tout en restant prudents, nous avons eu la chance de traverser cette zone sans la moindre inquiétude. La Colombie vit actuellement une situation particulière. Bien que le sud soit une région à éviter, le pays est en pleine transition et devient de plus en plus sécurisé depuis qu’il a été nettoyé de ses cartels et du grand banditisme. Le Lonely Planet prédit même la Colombie comme l’une des prochaines destinations en vogue! Tout Colombien connaît un proche qui s’est fait menacer une fois avec un pistolet sur la tempe. Ce type d’agression était monnaie courante il y a quelques années et reste aujourd’hui traumatisant pour les victimes, d’où les mises en garde systématiques à la vue de notre appareil photo ou de notre iPad si nous les sortions dans la rue. Ainsi, c’est rapidement que nous avons traversé le sud du pays en nous arrêtant  dans la belle ville coloniale de Popayán, avant de passer la frontière avec l’Équateur!

Sortir de Colombie et entrer en Équateur fut un jeu d’enfant. Pour une fois, nous n’avons pas eu besoin de fournir des paquets de photocopies aux autorités, de faire la queue pendant des heures pour obtenir un permis d’importation temporaire et de courir entre les différents bureaux. Bien organisée, calme, c’est avec facilité que nous avons franchi la frontière et que nous sommes entrés dans le trentième pays de l’aventure Microcrédit en 4L! Conduire dans le nord de l’Équateur est un spectacle étonnant. Nous y avons trouvé l’idée même que nous nous faisions de la forêt amazonienne: végétation luxuriante, rivières torrentielles et taux indécent d’humidité. À notre surprise, les routes équatoriennes sont d’excellente qualité et le litre d’essence est trois fois moins cher que la bouteille d’eau (0,30$ contre 1$), typique des pays producteurs de pétrole! Ainsi, nous avons couvert les 1 800 kilomètres du pays pour la modique somme de 30€, soit la moitié du prix d’un plein d’essence en France pour notre voiture! Nous avons d’abord mis le cap sur l’île de Muisne et rejoint Marie, une amie de Nicolas, en stage pour six mois dans une association qui distribue de l’eau potable. Presque aucune voiture ne circule sur l’île et cette dernière n’est accessible qu’en bateau. Le haut niveau d’insalubrité publique et le manque d’infrastructures donne à cet endroit un climat post-tsunami dont les alertes sont par ailleurs fréquentes. Les pluies diluviennes transforment les rues en marécages et la marée en se retirant, découvre un estran jonché de déchets et d’ordures dans lesquels oiseaux et cochons s’ébrouent. Les quelques 6 000 habitants vivent de la pêche et de petits commerces mais la situation économique est dramatique, la drogue chez les jeunes un vrai fléau et l’alcoolisme très important. Toutefois, les habitants de Muisne ont le sens de la fête et nous avons passé un très agréable moment sur cette île où nous nous sommes régalés de crevettes grillées, de poissons et où nous avons pu goûter l’eau de l’océan Pacifique. Muisne est loin d’être un incontournable de l’Équateur mais cette île vidée de tout trafic routier et regorgeant de restaurants et bars, en font un endroit à l’ambiance insulaire unique.

En route pour Quito, nous avons franchi l’équateur, un peu déçus de n’apercevoir aucun panneau indiquant cette ligne imaginaire mythique, mais heureux d’entrer dans l’hémisphère Sud! Lors de la saison des pluies qui s’étend du mois d’octobre à mai, la campagne est très verte et la culture des fruits et légumes intense! Le centre historique de la capitale du pays est magnifique: on s’est perdu dans ses petites ruelles pavées en tombant régulièrement sur de belles places boisées à l’architecture coloniale espagnole. Nous nous sommes agréablement promenés pendant quelques jours, l’esprit tranquille laissant le climat d’insécurité derrière nous, en Colombie. Hébergés dans une petite auberge en centre-ville, nous avons profité d’avoir internet pour faire une conférence Skype avec le conseil des collégiens de Seine-Maritime en partenariat avec Babyloan. Pendant une heure nous avons échangé avec les collégiens de plus de 30 établissements qui travaillent sur les thématiques de la microfinance et qui ont pour mission de promouvoir à leur tour le microcrédit dans leurs classes et collèges.

Ce fut également le moment de rencontrer l’institution de microfinance CEPESIU et ses micro-entrepreneurs. CEPESIU est une entité privée créée en 1983 et dédiée à la promotion de l’emploi, du développement économique local et de la microfinance en Équateur, elle possède quatre branches dans le pays dont le siège est à Quito. Si les activités de Patricio, menuisier, et Monica tenancière d’une petite épicerie ainsi que celles des autres micro-entrepreneurs étaient habituelles et le schéma de leurs prêts classique, leurs rencontres n’en furent pas moins cordiales et enjouées. Nous avons également eu l’occasion, avec l’agent de crédit, de creuser un peu plus en détails et de comprendre les difficultés que pouvaient rencontrer les institutions de microfinance (IMF). Parmi elles, résident des problèmes d’information, de délai dans l’attribution des prêts, de concurrence et de financement. Certes, les IMF sont nombreuses dans les pays en voie de développement, mais toutes ne pratiquent pas un microcrédit social, ne concentrent pas leurs efforts sur l’accompagnement, les formations et sur des taux d’intérêts faibles. Les bénéficiaires par manque d’information ne connaissent alors pas toujours les particularités et services des différentes IMF et se tournent souvent vers l’institut de crédit le plus proche de chez eux. De plus, ces derniers, à cours de liquidités sont souvent enclins à souscrire un prêt auprès d’une IMF pratiquant un taux d’intérêt élevé et aucune formation sociale, pour obtenir l’argent dans de moindres délais. À l’inverse, les IMF avec lesquelles nous travaillons doivent en premier lieu étudier les possibilités de remboursement du demandeur puis l’accompagner dans sa démarche, ce qui nécessite du temps avant l’attribution de l’argent. Par ailleurs, de plus en plus de banques se mettent elles-mêmes à faire du microcrédit avec des taux d’intérêt défiant toute concurrence. Ce qui semble à première vue être une bonne initiative, peut se révéler destructeur pour les bénéficiaires qui ne reçoivent aucun accompagnement et des sanctions financières plus lourdes en cas de défaut de remboursement. Enfin, à la différence des banques, les IMF n’ont en majorité pas de fonds propres et sont donc dépendantes des bailleurs de fonds et des donateurs comme les fondations privées ou d’entreprise, notre partenaire Babyloan ou d’autres institutions étrangères de microcrédit.

Dans le sud du pays, nous avons continué de gagner de l’altitude et passé avec la 4L un col à 4023 mètres, un record! La montée pour le volcan de Quilotoa était un peu difficile mais aura valu la peine qu’a éprouvé notre petit carburateur en manque d’air dans ces longs lacets montagneux! Tout comme notre moteur qui manquait de reprise, nous nous essoufflions rapidement à cette altitude. Toutefois, l’incroyable vue sur le cratère du volcan rempli d’une eau bleue azur nous a fait oublier tous nos maux de tête. Nous nous sommes tenus jusqu’au coucher du soleil sur le bord de la caldeira à admirer les flancs verts du volcan, le lac en son centre 400 mètres en dessous ainsi que les montagnes aux pics enneigés alentours. Nous avons ensuite abandonné les vues du volcan Quilotoa pour la belle ville historique de Cuenca, très animée en raison du début de la Semana Santa, la Semaine sainte. En plus de l’architecture, les colons espagnols ont laissé derrière eux la religion catholique, très pratiquée en Amérique latine. La Semaine sainte est donc chômée et tous les latinos américains se retrouvent dans la rue ou en famille. Cuenca est aussi connue pour ses fabriques de chapeaux de paille encerclés d’un bandeau noir, communément appelés Panama. Ces fameux couvre-chefs étaient utilisés pour se protéger du soleil par les ouvriers équatoriens sur les chantiers du canal du Panama au début du XXème siècle et en tiennent de ce fait leur nom. Nos moustaches et nos chapeaux ne furent pas suffisants pour se fondre dans la masse et Matthieu s’est fait ouvrir la poche arrière de son sac dans la foule. Instantanément il a rattrapé la jeune femme qui dans un aveu timide lui a montré ses mains comme pour s’affranchir de tout vol. Heureusement, il n’y avait rien dans cette poche, mais ce petit incident nous rappelle qu’il faut que nous redoublions de vigilance tout au long de notre route au Pérou et vers le Sud!

Nicolas & Matthieu

 

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Les questions que vous vous posez…

Dans quel état d’esprit êtes-vous après 7 mois de voyage?

Nous sommes heureux! Ce voyage autour du monde est une expérience formidable, très riche en découvertes. Nous avons la chance de ne pas avoir de quotidien bien défini où chaque journée apporte son lot de surprises! Nous comptons bien profiter des 4 mois restants à travers l’Amérique du Sud et l’Afrique. Toutefois, nous sommes conscients que nous avons de la chance de ne pas avoir eu pour l’instant de gros problème. Aussi, c’est frustrant de traverser certains endroits sans avoir le temps de se poser un peu, mais nous nous promettons souvent que nous reviendrons!

 

Quel serait un premier bilan des rencontres avec les micro-entrepreneurs? 

Les rencontres effectuées nous ont confortés dans notre vision du microcrédit: il s’agit d’un extraordinaire moyen de développement s’il est pratiqué de manière sociale et non à des fins lucratives. Nous notons des différences significatives entre les différentes institutions de microfinance (IMF) et les différents pays quant au fonctionnement de la microfinance, de l’implication des employés et de l’accompagnement social plus ou moins poussé. Dans tous les cas, 100% des prêts arrivés à leur échéance nous ont été remboursés et nous avons prêté de nouveau l’argent à d’autres projets. En revanche, nous sommes parfois frustrés de ne pas avoir accès à toutes les données nécessaires pour analyser en profondeur les problèmes que les IMF peuvent rencontrer.

 

Est-ce que c’est l’aventure?

Moins que l’on ne pensait! Nous n’inventons rien en voyageant par la route, des dizaines d’autres overlanders sont déjà allés en Asie et ont parcouru la panaméricaine avec tous types de véhicules. De plus, les rencontres avec les micro-entrepreneurs, les partenaires et les traversées en cargo nous obligent à passer du temps à planifier notre voyage et à respecter des échéances. Le projet laisse donc peu de place à l’aventure.

 

Quel est votre pays préféré pour l’instant?

Difficile à dire! Chaque pays nous a marqué et a ses spécificités. Nous avons adoré le nord-est de la Turquie pour son ambiance, l’hospitalité iranienne nous a profondément touchés, l’Inde nous a déboussolés…  Mais puisqu’il faut répondre, nous avons eu tous les deux un coup de cœur pour le Mexique.

 

Vous avez l’air toujours content, y a-t-il des moments plus difficiles? 

Bien sûr! Lorsque la voiture ne fonctionne pas très bien, que nous devons patienter des heures aux douanes ou lorsque nous restons bloqués dans des embouteillages! Mais ce n’est jamais très grave et ces mauvais moments sont vite oubliés.

  

Est-ce que vous vous ennuyez sur la route?

Lorsque l’on conduit dans les pays que nous traversons il faut être attentif, donc le temps passe vite! Quant au passager, il a toujours de quoi s’occuper: écriture, préparation de l’itinéraire, des rencontres et du tourisme ou sieste!

 

Qui conduit?

Nous deux! On change régulièrement de conducteur en fonction du trafic, de la route ou de l’état d’esprit de chacun.

 

Comment vous repérez-vous?

Nous n’avons pas touché à une carte papier depuis le départ! Nous utilisons l’application Google Maps pour iPad. Lorsque nous avons le wifi nous chargeons notre itinéraire en zoomant sur les routes que nous allons emprunter et les villes traversées. Puis lorsque nous roulons, l’iPad nous localise sur la carte chargée, facile! Mais nous venons de découvrir une nouvelle application: Maps With Me. Grâce à celle-ci nous avons téléchargé toutes les cartes d’Amérique du Sud, plus besoin du wifi, c’est une vraie révolution pour nous!

 

Qui écrit?

Nous écrivons à tour de rôle et l’autre relit ensuite pour vérifier l’orthographe, changer le vocabulaire ou les formulations.

 

Est-ce qu’il y a des tensions dans l’équipe?

Nous nous connaissons depuis presque 15 ans, nous fonctionnons et pensons de la même manière, résultat pas de tension malgré la promiscuité!

  

Comment va la voiture?

La voiture va plutôt bien compte tenu de ce qu’on lui fait subir! Bien évidemment nous l’entretenons et avons des petits travaux à faire régulièrement. Nous avons aussi changé quelques pièces, mais nous sommes très contents et fiers de notre bolide! Elle a d’ailleurs passé 3 jours chez un garagiste colombien spécialisé en 4L pour pouvoir affronter les fameux cols d’Amérique du Sud dont certains dépassent les 4000 mètres d’altitude!

 

Où dormez-vous en général?

Dans la campagne nous campons soit dans des endroits sauvages, soit nous demandons à des locaux si nous pouvons nous installer dans leur jardin ou leur champ. En ville nous trouvons refuge dans des petits hôtels ou auberges de jeunesse. Nous nous faisons aussi parfois héberger par des amis, des couchsurfers et même chez l’habitant!

 

Que mangez-vous? 

Nous aimons goûter les plats locaux, rien de tel pour cela que de déjeuner dans des petites cantines remplies de locaux ou de prendre des plats dans la rue, souvent bon marché. Le soir nous faisons des salades de crudités ou nous cuisinons sur notre réchaud des soupes de nouilles chinoises lyophilisées ou des gros plats de pâtes!

 

Comment faites-vous vos lessives? 

Nous sommes assez forts pour garder longtemps nos vêtements… Mais n’importe quel hôtel propose un service de laverie, qui sont aussi très courants dans les petites villes.

 

Alors le monde c’est dangereux? 

Quel que soit le pays, il est évident qu’il y a certaines règles de bon sens à observer. En 7 mois nous avons fait 98% de bonnes rencontres y compris dans les pays ou les régions dîtes « dangereuses ». Nous avons surtout été surpris par la bonne humeur des gens en général, leurs sourires, leur générosité, leur gentillesse et leur bienveillance.

 

Avez-vous eu des accidents?

Nous avons pour l’instant évité tous les obstacles! Nous avons seulement « frotté » une moto dans un virage un peu large au Népal, qui a laissé une petite marque sur la carrosserie et sur le pot de la moto!

 

À voir tant de beaux paysages, villes, monuments, arrivez-vous à rester émerveillés? 

C’est vrai qu’il y a une routine non désagréable qui s’est installée et c’est surprenant à quel point l’œil semble s’habituer à découvrir plein de belles choses différentes tous les jours. Sans être blasés loin de là, nous avons comme la sensation d’être parfois moins éblouis par certaines choses que si nous débarquions de Paris via l’aéroport le plus proche… Mais nous savons apprécier chaque minutes, même celles passées aux douanes dans un bureau miteux sur le port de Cartagena!

 

Comment voyez-vous la vie après votre retour?

Toutes les bonnes choses ont une fin (sauf le saucisson qui en a deux)! Nous sommes tous les deux contents à l’idée de rentrer, de retrouver nos proches et la France même si nous avons conscience qu’il y aura peut-être des moments plus difficiles lorsque nous devrons reprendre une vie normale. Nous sommes convaincus que réaliser ce voyage solidaire au cours de nos études était idéal pour nous deux. Il sera le levier de multiples autres aventures personnelles ou professionnelles.

 

La 4L, l’amie fidèle des colombiens

« Terre en vue mon capitaine! » Après 48 longues heures de navigation en pleine mer, nous avons aperçu au beau milieu de la nuit les lumières de la côte colombienne et c’est à l’aube que, pour la première fois pour tous les deux, nous foulions le sol de l’Amérique du Sud dans la superbe ville coloniale de Carthagène des Indes. Nous avions organisé notre traversée de manière à ne pas perdre de temps à attendre la voiture. Nous sommes ainsi arrivés en même temps que le cargo et avons pu nous atteler aux démarches administratives rapidement. Partageant le container avec une autre voiture, un Land Cruiser de voyageurs rencontrés au Panama, nous avons dû faire l’ensemble des démarches en leur compagnie, ce qui n’était pas pour nous déplaire! Nous avons trouvé en Alexander et Mireia deux amis que nous nous sommes promis de revoir à Bruxelles! Alexander et Matthieu, propriétaires des voitures ont passé près de trois jours à courir sur le port de bureau en bureau, de salle d’attente ultra-climatisée à des parkings en plein soleil à côté du container. Rien dans les démarches ne fut rationnel: les factures en dollars qu’il fallait payer en pesos colombiens sans la présence d’un bureau de change à des kilomètres à la ronde, les multiples niveaux de sécurité et les dizaines de photocopies à fournir alors que les voitures n’ont même pas été fouillées ou encore le rendez-vous avec l’inspecteur à 6h30 du matin alors que l’entrée sur le port n’est autorisée qu’à 8h30 pour les civils… À l’arrivée de la prochaine traversée à Dakar au Sénégal nous nous ferons aider par un agent! Nicolas pendant ce temps s’occupait d’organiser la suite du voyage. Se plonger dans les cartes, les guides touristiques, les sites spécialisés et fixer les différents rendez-vous pour planifier les semaines à venir est toujours un moment particulier et excitant! Ce moment passé à Carthagène nous a permis de découvrir cette ville coloniale riche en histoire, en effet ce fut pendant près de trois siècles le bastion du Royaume d’Espagne en Amérique du Sud, elle occupait un rôle prépondérant dans le commerce de l’or des Incas et des esclaves. Nous nous étonnons souvent de l’étendue impressionnante — presque incroyable — de l’influence espagnole dans cette région avec notamment l’héritage de la langue, de la religion et de l’architecture.

C’est donc dix jours après avoir scellé le container que nous avons eu le plaisir de repartir sur la route par une chaleur accablante et en convoi puisque nous étions accompagnés de nos amis en 4×4. Après avoir enragé de longues heures dans les embouteillages pour trouver une assurance — obligatoire pour rouler en Colombie — nous sommes arrivés au volcan Totumo. Nous y avons retrouvé la famille de français voyageant en camping-car rencontrée au Panama pour une nouvelle fois passer un moment convivial tous ensemble. À l’aube nous nous sommes plongés dans le cratère du volcan rempli d’une boue à la consistance de crème fraîche tellement dense que malgré les cinq mètres de fond il est impossible de couler! Sensation très étrange mais hilarante! Nous avons ensuite mis le cap sur Bogota et les montagnes après avoir quitté nos amis. Durant trois jours nous avons traversé des petits villages coloniaux, franchis des cols à 3000 mètres d’altitude à travers la campagne verdoyante de la Colombie, et planté notre tente dans la cour d’une école et devant un hôtel. Les colombiens sont sympathiques et il est facile de les faire parler sur leur pays, ils sont souvent persuadés qu’il est le plus beau du monde! Mais tout comme les iraniens, ils souffrent de l’image réductrice de producteurs de coca et de pays dirigé par les cartels, trop souvent relayée par les médias internationaux.

Renault a installé une usine d’assemblage en Colombie dès 1970, c’est ainsi que quotidiennement nous croisons des Renault 9, 12, 19 que nous sommes trop jeunes pour avoir connues en France, mais surtout un nombre incalculable de 4L! Certaines font peine à voir, totalement désossées et envahies de végétation sur le bord des routes mais d’autres sont impeccablement entretenues par des collectionneurs méticuleux. Enfin, nous sommes toujours étonnés de croiser des 4L arrangées façon tuning avec la panoplie « aileron, bas de caisse, caisson de basse ». L’assemblage anachronique et peu cohérent de ces étranges créatures qui font la fierté de leurs propriétaires nous fait, à coup sûr, sourire! Les raisons pour lesquelles la Renault 4 est si populaire dans ce pays sont les mêmes qui nous ont poussés à la choisir pour le voyage: simplicité, coût et robustesse. Le lien entre les Colombiens et cette voiture est si fort qu’ils la surnomment el amigo fiel ou l’amie fidèle, jamais elle ne vous laissera tomber, et ce n’est pas nous qui allons vous prétendre le contraire!

Certains passionnés de l’amigo fiel se sont regroupés dans un club de 4L, le Club R4 Colombia que nous avons facilement contacté grâce à leur groupe Facebook. Nous évoquions depuis longtemps une pause en Colombie pour confier notre voiture à un garagiste compétent, après près de 30 000 kilomètres sur les routes du monde, une grosse révision s’imposait! Ce fut chose facile grâce à ce club qui nous a reçus d’une façon extraordinaire. La 4L a donc passé quatre jours chez Jorge, mécanicien passionné par la petite voiture française. Les Indiens avaient bricolé les suspensions arrières de manière instinctive, il était grand temps qu’un spécialiste remette le nez dedans. En effet un défaut de parallélisme nous a fait perdre un pneu en un temps record! Par ailleurs, toutes les parties sensibles du moteur ont été révisées et nettoyées: bougies, carburateur, soupapes, courroies, connexions électriques… Avec une nouvelle barre de torsion, deux pneus arrières neufs et un moteur propre notre voiture est désormais prête pour affronter les impressionnants dénivelés et les cols à plus de 4000 mètres de la Cordillère des Andes!

Le dernier jour de notre séjour à Bogota, un dimanche, le Club R4 Colombia nous a proposé de participer à la Feria Antiguomotriz, un rassemblement de voitures de collection. Nous avons accepté sans hésiter, curieux de voir à quoi pouvait ressembler un tel événement en Colombie! C’est ainsi à plus de quinze 4L que nous avons conduit sur les hauteurs de Bogota en faisant des pauses fréquentes sur le bord de la route, moments conviviaux où la discussion était principalement centrée sur les différents modèles des Renault 4, les pièces originales de France et l’état de tel ou tel moteur! Notre bolide a ensuite pris place au beau milieu de dizaines de voitures de collection et leur a instantanément volé la vedette. Toute l’après-midi nous avons expliqué  en espagnol notre voyage et notre projet à des colombiens enjoués et sympathiques, entourés de nos amis du club. Nous quittons maintenant Bogota et nous nous dirigeons vers le sud et l’Equateur! Passer quelques jours à Bogota chez un couchsurfer fut une expérience intéressante. Ville à éviter absolument il y a quelques années, la capitale est en pleine transition et regorge de vie dans son centre ville. Il nous tarde de repartir sur la route vers de nouveaux horizons, Amérique du Sud, nous voilà!

Nicolas & Matthieu

 

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