Présentation de retour de notre voyage solidaire

Envie de découvrir le bilan de notre aventure et d’échanger avec nous ?

Nous vous convions à la présentation de retour de notre voyage solidaire organisée par notre partenaire le Département de la Seine-Maritime, le samedi 13 septembre à 14h à l’Hôtel du Département (Hall Bérégovoy, entrée Cours Clemenceau, 76100 Rouen).

Inscriptions auprès de Anne Piedagnel au 02.35.52.64.29 ou par mail : anne.piedagnel@cg76.fr

Invitation Microcrédit 4L 13 Septembre

On dirait le Sud.

Du sable, des dunes, un chameau, du sable, un troupeau de chameaux, une dune, du sable… Après de longues journées de route au Sahara Occidental nous sommes enfin arrivés dans le nord du Maroc, beaucoup plus dense et peuplé que le sud. Notre découverte du pays et de ses villes impériales a d’abord commencé par l’incontournable ville de Marrakech. Malheureusement le tourisme de masse a détruit l’authenticité de la ville, le coût de la vie est exorbitant et aucun marocain ne peut plus vivre dans la Medina. De la même façon, le flot permanent de vacanciers a pervertit tous les marchands et vendeurs et on ne peut y faire dix mètres sans être sollicité, sifflé, alpagué… Le visiteur dans ces lieux est réduit à un simple portefeuille qu’il faut à tout prix dégarnir. Le racolage parfois vicieux et agressif dans les souks et sur la place Jemaa el-Fnaa est désagréable et cette atmosphère mercantile nous a gâché le plaisir de déambuler dans les belles ruelles de Marrakech. Aspirant à plus de tranquillité nous nous sommes donc rapidement retirés dans le massif montagneux de l’Atlas. La fraîcheur des gorges du Dadès, creusées dans la montagne contraste avec l’aridité et les plaines lunaires qu’il faut traverser pour les atteindre. Une rivière coule au fond d’un canyon magnifique où se retrouvent de nombreux habitants aux alentours pour se baigner à l’ombre des figuiers et des palmiers. À Merzouga, près de la frontière algérienne, nous avons renoué avec le Sahara et dormi à l’écart de la civilisation, sous les étoiles. La nuit que nous avons passée fut mémorable : une violente tempête de sable nous a finalement obligés à déplier notre tente et a fini par complément l’aplatir, la collant à notre peau. Alors que nous n’avions nulle part où nous réfugier, le bruit assourdissant du souffle brûlant chargé de grains de sable nous a bien entendu empêchés de fermer l’œil pendant plusieurs heures. Pour nous réconcilier avec la nature, nous avons entrepris au petit matin l’ascension de la plus haute dune que nous avions dans notre champ de vision. Au sommet, les petits monticules de sable s’étendaient à perte de vue et ressemblaient à une mer déchaînée sur laquelle s’abattait un vent fort. Si la ville de Merzouga n’était pas à quelques kilomètres, nous aurions probablement eu le même sentiment de solitude et de petitesse qu’au milieu de l’océan Atlantique.

Le Maroc — notre dernier pays d’Afrique avant l’Europe — a marqué nos dernières interactions avec les micro-entrepreneurs que nous soutenons. Ainsi, nous avons rencontré l’institution de microfinance (IMF) INMAA située dans le nord du pays. Elle possède 23 agences au Maroc qui sont gérées par une soixantaine d’employés pour un encours de crédit de 2 700 000 € ! L’agence a un processus de sélection des bénéficiaires très précis qui ne laisse pas de place au surendettement et grâce à l’accompagnement personnalisé des micro-entrepreneurs, le portefeuille à risque de l’IMF n’est que de 3%. Les jeunes bénéficient de formations en gestion financière comprenant entre autre la comptabilité, l’épargne et l’analyse financière… Nous avons été conquis par le travail d’INMAA et de sa capacité à détecter les bons profils tout en se concentrant sur la proximité avec ses bénéficiaires. Comme à notre habitude nous avons donc rencontré et interrogé une petite dizaine de micro-entrepreneurs lesquels étaient tailleur, sellier, restaurateur, menuisier… Toutefois, il n’était pas simple de rendre visite à tout le monde puisque pendant le ramadan les musulmans travaillent moins et passent plus de temps en famille. En revanche ce fut pour nous l’occasion de participer à la fameuse coupure du ramadan le soir ! L’agent de crédit de l’IMF avec laquelle nous travaillions nous a très gentiment invités à sa table et celle de ses amis une fois le soleil couché. Les festivités durent tous les soirs jusqu’à 3h30 du matin, mais fatigués par des journées bien remplies, nous n’avons pas participé au festin toute la nuit. Cependant nous nous sommes couchés le ventre bien plein après nous être régalés d’une tajine, de fruits frais, de crudités, de pain et de viennoiseries avec le traditionnel thé servi bouillant. Cette expérience de gentillesse, d’ouverture et de générosité nous ont prouvé que l’hospitalité marocaine n’était pas un mythe !

C’est en prenant la direction de Tanger près du détroit de Gibraltar que nous avons vraiment réalisé que nous étions sur la route du retour et que l’écurie n’était pas loin pour la 4L. Le climat méditerranéen, les effluves de pin et de lavande ainsi qu’une familière végétation nous ont immédiatement rappelé le midi et le sud de la France. Par sécurité et pour être sûrs de revoir notre douce France dans les temps, nous avons fait la vidange du moteur et changé les deux pneus avant. Complètement foutus, ces derniers dataient de San Francisco il y a maintenant 30 000 kilomètres ! Les pistes et les cailloux ainsi qu’un léger défaut de parallélisme auront eu raison de la gomme et laissés place à des déchirures à travers lesquelles on pouvait apercevoir l’acier du pneu. Bien que nous ayons dans notre garage à Mont-Saint-Aignan quatre pneus neufs, leur état désastreux ne nous permettait pas de faire raisonnablement les 3 000 kilomètres nous séparant de la maison. En grande partie à cause du racket organisé par les douanes brésiliennes, nous comptons désormais toutes nos dépenses en cette fin de voyage. N’ayant pas les moyens de changer les pneus arrières, nous avons alors opté pour remplacer le plus mauvais des deux par la roue de secours pour continuer la route Inch’Allah ! Nous avons également décidé de restreindre le plus possible notre budget et de n’avoir plus que deux postes de dépenses jusqu’à la ligne d’arrivée : les nouilles lyophilisées et l’essence. Par conséquent nous n’avons ces quinze derniers jours pas mis les pieds ni dans un hôtel ni dans un restaurant (sauf lorsque nous étions invités par des amis) et roulé uniquement sur les routes nationales et départementales.

Nous avons rejoint l’Espagne par ferry depuis Ceuta. À un jet de pierre de l’Europe, Ceuta est une petite enclave espagnole dans le territoire marocain. Étant la seule frontière terrestre entre l’Afrique et l’Union Européenne elle a par le passé fait l’objet de beaucoup de tensions et de violence. Aujourd’hui les conditions de passage de la frontière se sont améliorées et nous l’avons franchie facilement. De retour sur le Vieux Continent, les routes européennes que nous avons quittées il y a onze moins nous sont apparues d’une qualité exceptionnelle en comparaison des routes africaines. Sans que nous ayons eu le temps de le réaliser, nous avons donc atteint Séville en Espagne. Le décalage horaire de deux heures nous a permis à la fois de visiter brièvement la ville et de profiter de l’ensoleillement en fin de journée pour monter le camp sur le bord de la nationale afin de continuer notre route vers le Portugal. En effet, nous nous sommes accordés une halte de quelques jours chez le grand oncle de Matthieu pour organiser la dernière semaine de notre aventure et profiter de leur compagnie. En faisant un détour par la capitale portugaise nous avons eu un véritable choc visuel. Pendant plusieurs heures nous avons erré dans les rues de Lisbonne, émerveillés. Les bâtiments nous semblaient tous magnifiques, les rues propres et surtout les gens nous paraissaient tous très habillés. Au bout de quelques instants, nous nous sommes simplement rendus compte que nous portions en fait le même short et les mêmes chaussures depuis presque un an et que nous comptions à nous deux, seulement dix T-shirts. À la vue de tant d’hommes en chemise et de femmes en jupe ou en robe, nous nous sentions comme sales et étrangers à ce nouveau monde. De toutes les villes que nous avons visitées, aussi dépaysantes et captivantes soient-elles, rien n’est aussi beau que les villes européennes. Chargées d’Histoire et de monuments, peut-être les avons-nous en partie quittées pour mieux les retrouver.

Notre séjour à Sintra à côté de Lisbonne fut royal. Nous étions hébergés pour la première fois dans deux chambres séparées avec salle de bain chacune — assurément la maison était la plus belle que nous n’ayons jamais vue. En sortant dans le magnifique jardin, nous pouvions nous baigner dans une piscine avec vue, lire sous les arbres fruitiers dont on pouvait décrocher une pêche, une prune, une orange ou encore jouer avec les chiens et chats, nourrir les poules et les poissons… Très touchés par l’accueil affectueux de Françoise et Roland, leur gentillesse nous a fait chaud au cœur. Revigorés, nous avons quitté la maison du bonheur en passant par le point le plus à l’ouest du continent européen sur la côte Atlantique et pris la route pour la France en faisant une courte escale à Burgos en Espagne, chez un ami. FRANCE ! Cette dernière semaine, nous avons quadrillé notre terre natale par les routes nationales et enchainé les visites avec certains partenaires de notre projet afin de les remercier de vive voix pour leur engagement à nos côtés. Ainsi, nous avons remercié Jean-Pierre Prévost près de Lyon pour son extrême générosité dans la préparation mécanique de la 4L. À Poitiers, nous avons rendu visite à notre partenaire microcrédit Entrepreneurs du Monde et donné nos impressions à l’équipe sur nos rencontres avec les micro-entrepreneurs en Inde, au Cambodge et au Vietnam. Nous ne pouvions passer si près du magasin d’usine de la marque de vêtements Aigle sans exprimer notre gratitude à Didier Combe pour sa donation matérielle de vêtements techniques. Puis nous sommes passés à Paris pour faire des photos et des plans avec la Tour Eiffel et sur les Champs Elysées avant de rencontrer Babyloan, notre deuxième partenaire microcrédit. Élus à l’unanimité « personnalités préférées de l’open space de Babyloan », nous étions très impatients de rencontrer toute la « Babyteam » et d’échanger sur nos expériences. Enfin, après une rapide entrevue avec Samuel de Séminaire.com, nous avons suivi les panneaux Rouen.

Depuis quelques jours l’habitacle de la 4L est devenu plus silencieux, nous serons de retour à la maison demain. Nous frissonnons à l’idée de franchir la ligne d’arrivée et de terminer ce périple à la rencontre de micro-entrepreneurs, après 50 000 km sur les routes du monde. Songeurs, un tourbillon de pensées nous envahit. « Qui y aura-t-il de ton côté pour nous accueillir ?», « Qu’est-ce qu’on va faire dès qu’on sort de la voiture ? », « Tu reprends quand les cours toi ? ». Une fois la joie passée de retrouver les nôtres, il nous faudra certainement un peu de temps pour réaliser ce que nous sommes sur le point d’achever…

Nicolas & Matthieu

 

Voir les photos du Maroc et de l’Europe sur notre galerie Flickr

Fascinante Afrique.

Le Grande Brasile fermement amarré au port, nous nous sommes réveillés un matin en Afrique, après quinze jours de mer. Suite à quelques mois en Amérique du Sud et deux semaines sur le cargo, le choc à notre arrivée lié à l’agitation, la chaleur, les odeurs et la saleté s’est fait ressentir. Les vieilles voitures de fabrication française, la langue, les panneaux, les boulangeries ou encore les marques, nous ont rappelé notre pays quitté il y a maintenant dix mois. Le Sénégal porte un héritage français fort. Bien que dépaysant par ses marchés, ses femmes aux habits colorés et son exotisme, nous n’avons pas pu nous empêcher de penser que nous nous rapprochions de la maison. Accueillis par un couple de toubab (personne à la peau blanche) nous avons, à peine arrivés, découvert la vie nocturne endiablée de Dakar. Ne pouvant commencer les démarches pour récupérer la voiture le week-end, nous avons de nouveau embarqué sur un bateau, pendant seulement quelques minutes cette fois-ci, pour rejoindre l’île de Gorée. Positionnée de manière stratégique, elle a pendant longtemps été la plaque tournante du commerce triangulaire et symbolise maintenant la sombre période de la traite négrière. Sur les traces de Jean-Paul II, Barack Obama ou encore François Hollande nous avons marché jusqu’au seuil de la porte du voyage sans retour chargée d’histoire, dans la Maison des Esclaves. Lorsqu’un africain la franchissait pour embarquer sur les bateaux, il était certain qu’il ne reviendrait jamais sur son continent. L’ambiance sur cette île est maintenant plus légère, les terrasses et galeries d’art sont légion, les petites plages bondées et l’absence de voiture lui confèrent une agréable atmosphère de tranquillité, aux antipodes de Dakar. Le lundi matin à la première heure, nous patientions dans les bureaux de la compagnie maritime pour récupérer des papiers nécessaires au dédouanement de la voiture. Quelques heures plus tard nous filions chez notre agent déniché du Brésil, qui est indispensable pour effectuer une telle procédure. Les formalités s’annonçaient pour la première fois efficaces. En effet, nous supposons les différents acteurs rodés par les milliers d’importations de voitures d’occasion d’Europe, destinées à toute l’Afrique de l’ouest et qui arrivent à Dakar chaque semaine par roulier (bateau qui transporte des voitures). Dès le mardi matin, après quelques allers et retours sur le port, nous attendions devant le parking la voiture conduite par un docker. Au moment où la barrière allait se lever et libérer notre bolide, des douaniers scrupuleux décidèrent de vérifier le numéro de châssis spécifique à chaque voiture. Celui inscrit dans les dizaines de papiers de douane ne correspondait pas à celui de la voiture. Coup dur pour nous qui pensions pouvoir repartir du port au volant de la 4L. La compagnie maritime a commis une erreur au Brésil lors de la saisie des informations. Après quelques coups de fils et des sueurs froides, nous avons pu achever le dédouanement le lendemain matin. Heureusement que les douaniers brésiliens sûrement trop absorbés par la coupe du monde ont fait preuve de négligence, et n’ont pas vérifié le fameux numéro à l’embarquement, autrement la voiture serait toujours de l’autre côté de l’Atlantique !

Les premiers tours de roue sur ce nouveau continent nous ont menés à Saint-Louis, charmante ville coloniale. Sa plage où se mêlent pirogues colorées, enfants qui jouent dans les vagues, pêcheurs qui réparent leurs filets et chèvres qui cherchent de la nourriture dans les ordures, restera pour nous l’image symbolique du Sénégal. Au détour d’une ruelle un jeune Saint-Louisien nous a abordés :

— Qu’est-ce que c’est que cette R4 ? J’en n’ai jamais vue une comme ça !

— On fait un tour du monde avec cette voiture mais on a presque fini, on rentre en France bientôt…

— Un tour du monde ? Vous avez 100 ans alors, un philosophe de mon pays dit que lorsque l’on a voyagé dans le monde entier, on a la sagesse d’un homme de 100 ans !

Sans prétendre à tant d’érudition, nous commençons doucement en regardant dans le rétroviseur à réaliser l’ampleur de ce voyage. Le conclure par la découverte de l’Afrique est extraordinaire. La débrouille est le maître-mot de la vie quotidienne dans chaque famille, la plupart des Sénégalais exercent plusieurs métiers et l’économie souterraine est énorme. Malgré des conditions de vie parfois difficiles, les personnes rencontrées sont toujours gaies et sympathiques, prêtes à discuter et à découvrir des aspects de la France — pays qui suscite tous les fantasmes.

Notre route en Afrique s’accompagne aussi de nos retrouvailles avec la microfinance au travers de nouvelles rencontres de micro-entrepreneurs soutenus avant le départ. Ainsi, notre partenaire  Babyloan nous a mis en contact avec l’Institution de Microfinance (IMF) MEC Delta, basée dans des villages le long du fleuve Sénégal dans le nord du pays. Cette organisation a été créée il y a près de vingt ans par des paysans locaux, pour répondre aux besoins de la région. À l’époque, dans l’optique de développer l’agriculture, l’état octroyait de gigantesques prêts à des personnes pauvres n’ayant pas l’habitude de gérer tant d’argent et les cas de faillite ont été nombreux. MEC Delta a donc commencé son activité de microfinance. Sa force est d’être implantée au sein des villages et administrée par des locaux, la proximité avec les clients est capitale dans leur stratégie. Après deux décennies de développement, elle compte aujourd’hui six agences pour environ 4 000 clients et 500 000 € d’encours de crédit. Nous avons apprécié dans cette IMF la réelle envie d’aider les populations locales dont le personnel fait partie, la proximité entre l’institution et les bénéficiaires, l’accent dernièrement mis sur les formations de gestion financière et leur accueil chaleureux ! Cette région irriguée par le fleuve Sénégal est le grenier du pays, la riziculture y est très importante. Nous avons d’ailleurs rencontré Bassirou qui produit et achète du riz brut grâce à un microcrédit, puis le transforme. À l’aide d’une vieille machine, il sépare l’enveloppe du grain et revend le riz blanc prêt à la consommation à Saint-Louis ainsi que le son de riz à des éleveurs locaux pour nourrir leur bétail ! L’activité bien rodée et lucrative est typique de la région. Nous garderons un bon souvenir de cette rencontre, notamment de la nuit passée sur le toit de l’agence et des discussions avec le gardien sur des sujets aussi variés que le football ou la polygamie, pratique courante au Sénégal, pays majoritairement musulman.

Nous avions opté en préparant le voyage pour un visa de transit pour traverser la Mauritanie, réputée dangereuse. Pour la première fois, le passage des frontières s’est accompagné d’insistantes demandes de taxes supplémentaires à régler bien entendu en liquide et sans reçu, du côté sénégalais comme mauritanien. Nous avons tenu bon et usé de différents stratagèmes pour astucieusement contourner cette corruption généralisée, poste de dépense qui ne fait pas partie de notre budget ! Les premiers kilomètres dans ce pays nous ont entraînés à travers le Sahara et nous avons découvert avec intérêt la singulière ambiance sahélienne. Les hommes portent de magnifiques turbans pour se protéger de la poussière et du soleil et les dromadaires sont nombreux à déambuler au bord de la route. La chaleur de la journée est étouffante (+45°C) mais le soir la température chute fortement et nous devions nous couvrir. C’est donc en moins de 24 heures que nous avons traversé la Mauritanie, du sud au nord sur le fameux axe Paris-Dakar, seule route goudronnée qui traverse le Sahara. Le pays a connu une crise en 2008 mais tous nos interlocuteurs locaux nous ont assuré que le calme était revenu depuis et que le pays est maintenant sûr. Toutefois l’économie du tourisme s’est effondrée et nous avons rencontré plusieurs guides au chômage technique qui désespèrent de revoir bientôt des vacanciers attirés par le désert. Le Sahara nous a marqués par sa rudesse, sans climatisation et sans lunettes de soleil — cassées ou perdues au cours des dernières semaines — ces quelques jours de route ont été éprouvants. À certains endroits les dunes grignotent la route, rappelant qu’ici le désert est roi et que la panne dans ces conditions serait problématique. Cependant, nous relativisions en constatant que des gens vivent dans cet environnement hostile depuis des millénaires, alors que nous ne faisions que traverser la partie la plus civilisée de cette immense région.

Après avoir quitté Nouakchott dans la matinée, nous avons atteint le poste frontière avec le Maroc dans l’après-midi. Le no man’s land séparant les deux pays s’est alors ouvert à nous, il s’agit sans doute des deux kilomètres les plus difficiles que l’on ait eu à faire ! Le voyageur est totalement livré à lui-même, il n’y a aucune piste et c’est au conducteur de trouver son chemin parmi pierres, roches, ornières et sable mou. C’est une zone étrange ou s’amoncellent carcasses de voitures, pneus et déchets. Pour ne rien arranger, nous avons trouvé à la frontière du Maroc une barrière fermée — le poste frontière ferme ses portes à 15 heures pendant le ramadan, il était 16 heures… Impossible de repartir en Mauritanie sans l’achat d’un nouveau visa hors de prix. La seule solution consistait donc à passer la nuit dans cette décharge où s’échangent pièces détachées, voitures d’occasion descendues d’Europe et marchandises en tout genre. Pas question d’aller faire quelques pas dans le désert tout proche pour changer d’air, la zone est minée… Après avoir monté la tente au pied du mirador sous l’œil bienveillant de militaires marocains, nous avons discuté avec nos voisins d’infortune. Certains étaient des touristes malchanceux qui, comme nous, devaient prendre leur mal en patience. D’autres attendaient pendant des jours des voitures pour les désosser ou les revendre, ce commerce de voitures dans cette partie de l’Afrique est omniprésent. Les propositions sérieuses d’achat de la 4L furent nombreuses. Les africains sont conquis par celle-ci et le bon état général de la notre les impressionne ! Enfin, nous avons échangé avec des sénégalais qui essayaient de fuir leur pays, persuadés qu’une vie meilleure les attendait au Maroc ou en Europe. À cet endroit certaines personnes arrivent à passer et prévoient de s’approvisionner en marchandises diverses au Maroc pour les revendre au Sénégal, d’autres prévoient d’aller vendre des objets de contrefaçon sur les plages espagnoles, mais pour beaucoup ce poste frontière marque le point d’arrêt de leur rêve. Ils attendent des jours entiers entre débrouille et espoir en se heurtant quotidiennement au refus des douaniers. À la porte de l’Afrique, les autorités marocaines se montrent particulièrement sévères avec les ressortissants africains. Impossible pour ces derniers d’entrer dans le pays pour la première fois par la route, ils doivent prendre l’avion, inabordable pour ces gens. Nous suspectons l’Europe, déjà débordée par les migrants qui s’échouent sur l’île de Lampedusa, d’encourager cette démarche. La bonne humeur permanente et la foi de ces hommes dont la vie est chamboulée et sans futur certain, nous a impressionnés. Une nouvelle fois nous nous rendons compte de la chance que nous avons d’être français. Cette frontière fût la plus procédurière depuis le début de notre voyage. Nous sommes passés par de nombreux guichets pour les douanes, la voiture a été fouillée, inspectée par des chiens de détection et passée au scanner avant que la barrière ne se lève sur le Maroc.

Cette frontière grouillante et marquante derrière nous, nous nous sommes élancés dans le Sahara Occidental, gigantesque territoire ayant encore un statut disputé par l’ONU. Les tribus locales réclament leur autonomie tandis que le royaume du Maroc a d’autres projets pour cette énorme étendue désertique. Depuis quelques années, des milliards de dirhams sont investis dans les infrastructures, les villes sont neuves, les routes excellentes et la zone est détaxée pour encourager les marocains à s’installer sur ces terres peu hospitalières. En parallèle, les exploitations de phosphate ainsi que les explorations pétrolières off-shore battent leur plein ! Dans les faits, le Maroc semble donc dominer la région. Pour nous, le Sahara Occidental a été synonyme d’interminables journées de route dans un paysage plat, minéral, terne et de bivouacs sur le bord de la route. Seuls quelques troupeaux de dromadaires, les nombreux checkpoints ou les points de vue sur les falaises et l’océan Atlantique à notre gauche, venaient interrompre la monotonie de ces centaines de kilomètres de route.

Après ce trop court aperçu de l’Afrique de l’Ouest, de ces peuples chaleureux et de ce désert immense nous nous sommes promis de revenir découvrir cette partie fascinante du monde. Une chose est sûre, nous ne manquons pas d’idées de destinations pour nos prochains voyages ! Maintenant le Sahara franchi, le nord du Maroc qui regorge de trésors s’ouvre à nous et nous comptons bien profiter d’un des derniers pays sur notre route, tant sur le plan touristique que solidaire puisque nous rencontrerons de nouveaux micro-entrepreneurs dans quelques jours !

Nicolas & Matthieu

 

Voir les photos du Sénégal et de la Mauritanie sur notre galerie Flickr

Les questions que vous vous posez… #2

Combien d’heures ou de kilomètres roulez-vous par jour ?

Ça dépend ! Nous pouvons nous arrêter pendant plusieurs jours lorsque nous rencontrons des micro-entrepreneurs ou organisons les traversées en cargo, mais nous pouvons aussi rouler beaucoup, du levé au coucher du soleil selon nos objectifs. Donc difficile de donner un chiffre précis… Nos extrêmes ont été d’environ 1 050 kilomètres en une journée au Brésil et 6 semaines sans conduire lorsque la voiture était dans un container de l’Inde aux États-Unis. Généralement nous évitons de conduire de nuit, la circulation est plus dangereuse et on ne peut pas profiter du paysage !

 

Est-ce que vous n’allez pas trop vite ?

Nous avons rencontré des overlanders beaucoup plus rapides que nous, mais effectivement la majorité d’entre eux voyagent plus lentement… Nous pensons que l’important est de voyager à son rythme, d’être bien dans son voyage. Notre cadence un peu rapide tient de notre volonté à faire un tour du monde en un an et nous ne regrettons absolument pas cette décision ! Toutefois nous avons parfois le regret de ne pas pouvoir profiter plus de certains endroits, mais nous nous rassurons en nous rappelant que nous avons la vie devant nous pour revenir !

 

Comment c’est de traverser l’Atlantique en cargo ?

Une sacrée expérience ! Observer le fonctionnement des ports est captivant. Une fois en mer, les jours se ressemblent : ping-pong et footing le matin, lecture et travail l’après-midi et film le soir. Nous avons profité d’être tous les deux, sans distraction (comme internet…) pour travailler sur le retour du projet : montage de vidéos, préparation de la conférence de retour, tri des photos, rédaction de 150 mails de remerciement… Nous ne nous sommes pas ennuyés ! Pour plus de détails, n’hésitez pas à lire ou à relire notre carnet de route « Transatlantique ».

 

Pourquoi est-ce si difficile d’envoyer la voiture sur un autre continent par cargo ?

C’est un monde assez obscur pour les novices que nous sommes, une vraie usine à gaz même ! Nous commençons seulement à prendre nos repères après 4 envois… En fait, il y a énormément d’intermédiaires pour une traversée, tout d’abord il y a la compagnie maritime qui vous loue un container, celle qui possède le bateau sur laquelle va voyager le container (pas forcément la même) et une agence maritime qui s’occupe des papiers importants de plusieurs compagnies maritimes dans un port ! Mais surtout il y a les formalités en douane… Un passage de frontière terrestre peut prendre quelques minutes mais lorsque la voiture quitte un pays par la mer, c’est une toute autre histoire ! Il faut employer la plupart du temps un agent très coûteux qui s’occupe des formalités, spécifiques à chaque pays et qui prennent du temps. Nous avons passé des heures sur Skype à appeler ces différentes personnes à chaque fois. Bien évidemment il faut payer toutes ces personnes, d’où le coût élevé des traversées.

 

Ça va au niveau budget ?

Nous allons a priori rentrer avec une bulle sur le compte bancaire ! Nous avons finalement récolté tout juste assez de fonds pour rentrer à Rouen. Un tel voyage coûte cher, surtout les envois en cargo qui occupent près de la moitié du poste de dépense de la partie voyage. Un compte rendu détaillé du budget sera publié en septembre.

 

Vous avez préféré voyager en Amérique du Sud ou en Asie ?

C’est très différent ! L’Amérique du Sud est plus facile car on a des repères européens comme la langue, la religion et le niveau de vie est souvent plus élevé qu’en Asie. Mais ça n’empêche pas ce continent de regorger de merveilles ! Le voyage en Asie est peut-être plus compliqué car il est parfois difficile d’échanger avec les locaux. En revanche, la diversité de culture et d’histoire entre les différents pays en font un continent absolument fascinant et attachant. On adore les deux !

 

Est-ce que Microcrédit en 4L s’arrête le 1er août, au retour ?

Absolument pas ! Nous allons commencer par organiser une cérémonie de retour avec le département de la Seine-Maritime en septembre, pour raconter à tous de vive voix notre année ! Puis nous avons le projet de publier un livre photo et de réaliser un film, ces projets vont prendre du temps vous allez donc entendre parler de Microcrédit en 4L encore un petit moment… Mais avant tout ça, on va profiter à fond de des derniers jours qui nous restent !

 

Avez-vous fait beaucoup la fête cette année ?

Moins qu’au cours de notre vie étudiante, nous devons bien l’avouer ! Mais nous avons célébré les moments où nous avons retrouvé des amis et de la famille sur la route. En revanche l’alcool, mise à part dans les pays musulmans, est très répandu et nous avons été bluffé par les quantités ingurgitées par les locaux ! Des vietnamiens avec l’alcool de riz, aux péruviens avec la bière, nous avons été souvent invité à partager leur table ! Ce sont d’ailleurs la plupart du temps des moments forts du voyage.

 

Vous bossez un peu, ou c’est des vacances ?

Mine de rien, tout ça c’est du boulot ! On a à cœur de publier des articles bien écrits, de faire de belles photos et vidéos afin de transmettre le mieux possible ce que nous vivons via Facebook et notre site internet. Tout ce travail de communication prend du temps et nous ne pouvons l’accomplir que lorsque nous sommes à l’arrêt. En effet, nous avons besoin pour travailler d’une prise électrique et d’une connexion à internet ! Pour vous donner une idée de la somme de travail que notre communication représente, nous l’estimons à 6 jours par mois en moyenne. Planifier le voyage, les cargos, les rencontres, établir des plannings prend aussi un peu de temps.

 

Qu’est-ce que vous avez comme matériel de communication ?

On a un ordinateur portable, essentiel pour travailler les photos et monter les vidéos, un iPad qui nous sert de GPS, mails, livres, repose-verre, Frisbee, couteau suisse… Nous avons aussi 4 disques durs externes sur lesquels nous stockons et faisons des sauvegardes. En matériel photo, nous avons un reflex numérique, avec un objectif 24 – 105 mm f/4.0 et un 50 mm f/1.8. Un trépied et un microphone externe, plusieurs cartes mémoires SD ainsi que plusieurs batteries et enfin une caméra GoPro. Cela fait beaucoup de matériel surtout que nous le portons toujours sur nous, mais pour ramener des images de qualité nous étions prêts à tout !

 

Avez-vous été malade ?

Eh non, pas encore ! En Asie nous étions très prudents avec ce qu’on mangeait, rien qui ne soit pas cuit ou bouilli. On ne s’est pas privé en Amérique centrale et en Amérique du Sud et on a recommencé à faire très attention en Afrique. On a peut-être eu un peu de chance ! Nous avons pris des anti-paludéens en fonction des régions du monde et bien entendu on a fait tous les vaccins nécessaires ou conseillés avant de partir (rage, encéphalite japonaise…).

 

Vous êtes-vous fait volés ?

Négatif pour le moment. Nous faisons toujours très attention à nos affaires, en ne laissant jamais rien de valeur dans la voiture. Toutefois, nous avons eu quelques frayeurs en Bosnie et au Pérou, lorsqu’un voleur a forcé la galerie de toit pour récupérer l’essence d’un jerrican et un autre la serrure de la porte, sans avoir le temps de prendre quoi que ce soit.

 

Nicolas & Matthieu

 

Transatlantique

TOOOOOOOOOOOT ! L’Atlantique, enfin ! Après des démarches administratives très compliquées et coûteuses pour l’exportation de la voiture à Rio de Janeiro, c’est avec un immense soulagement que nous avons embarqué sur le Grande Brasile, cargo de 214 mètres de long le 21 juin. Le bateau ayant été maintes fois retardé, les derniers jours d’attente au Brésil ont été un peu longs. Toutefois, nous avons dissipé notre impatience dans l’effervescence de la coupe du monde et savouré ce moment unique sur la plage de Copacabana, aux côtés de supporters venus du monde entier voir jouer leur équipe. Cette fois, la voiture n’a pas été exportée dans un conteneur mais simplement conduite sur le bateau, c’est donc pour éviter tout vol sur les ports que nous l’avons vidée de notre équipement — sensation étrange que de vider totalement notre « maison roulante » avant l’heure… C’est alors coiffés de nos panamas et chargés comme des mulets que nous nous sommes rendus au port de Rio, sac sur le dos, sac sur le ventre, tente en bandoulière et caisse de matériel dans les bras.

Le capitaine croate de ce véritable immeuble flottant nous a chaleureusement accueillis à bord et annoncé à notre grande stupéfaction, que nous étions les premiers passagers de l’année ! Nous qui pensions être au moins dix touristes sur cette traversée, nous étions ravis à la perspective d’être seuls pour avoir un contact privilégié avec l’équipage. Dans un mélange d’excitation et de curiosité, nous avons découvert notre nouvel environnement. Dans la cabine 1232 qui ressemblait étrangement à la chambre d’un hôtel F1, nous avions un lit superposé, un bureau, une armoire, une minuscule salle de bain et la climatisation. Si cette chambre était tout confort par rapport à notre tente, la vue manquait cruellement puisque nous n’avions pas de hublot. Avant de mettre le cap sur Dakar et d’emmener deux intrépides à travers l’Atlantique, notre navire a fait escale dans les ports de São Paulo et de Curitiba, au sud du Brésil. Ces arrêts étaient prévus pour décharger et charger la marchandise. Nous étions alors aux premières loges de l’organisation logistique du transport maritime et ce fut extrêmement intéressant de toucher du doigt le monde étonnant de l’import/export. Céréalier, gazier, pétrolier, porte-conteneurs, paquebot… Chaque cargo est spécialisé et conçu pour transporter un certain type de marchandises. Le notre était un navire RO/RO (Rolling On / Rolling Off) destiné à recevoir principalement des voitures. Celles-ci sont directement conduites à l’intérieur et à l’extérieur du navire par les dockers et arrimées dans les cales par l’équipage. Notre bateau transportait essentiellement du matériel roulant, en l’occurrence, des voitures, des camions, des machines agricoles et de chantier. Mais on pouvait aussi trouver dans les cales d’autres sortes de marchandises comme des hélicoptères, des bateaux, des éoliennes, des pipelines et de nombreux conteneurs… Ainsi, nous avons assisté à deux reprises au manège incessant des matelots et des dockers qui déchargeaient dans un premier temps des voitures de luxe flambant neuves d’Europe (Porsche, Jaguar, Range Rover, Mercedes, BMW…) et au chargement ensuite de moissonneuses batteuses, pelleteuses et conteneurs de produits alimentaires. Le Grande Brasile effectue le voyage Europe – Afrique de l’Ouest – Brésil, toute l’année. Il quitte l’Europe chargé de voitures d’occasion pour le marché africain et de voitures haut de gamme neuves pour le marché sud américain. Sur la route du retour, le navire est chargé au Brésil avec toutes sortes de marchandises, comme des véhicules de chantier, des conteneurs de viande, de café et retourne sur le Vieux Continent 45 jours après l’avoir quitté en faisant escale par l’Afrique. Pour mener à bien ces opérations, le bateau est géré par un équipage de 26 personnes. Parmi elles, un capitaine, des officiers, un chef ingénieur, un chef mécanicien, un électricien, un cuisinier, un commis de cuisine et une vingtaine de matelots. L’équipe de matelots est composée presque exclusivement de philippins, comme 27% des équipages de la marine marchande aujourd’hui. Ces derniers ont l’avantage de parler anglais et leurs honoraires sont très compétitifs, ce qui explique cette étonnante statistique. Leur gentillesse et leurs sourires systématiques nous ont beaucoup touchés !

Nous avons perçu qu’avoir deux passagers sur le cargo était comme une petite respiration pour l’équipage, puisque tous les marins étaient désireux de passer un peu de temps avec nous et étaient ravis de nous montrer leur travail. Ainsi, nous avons visité avec le second officier l’intégralité du bateau. Des cales au poste de pilotage de la rampe d’embarquement des voitures, à la salle des machines en passant par le pont et l’avant du bateau où l’on peut mettre l’ancre. Nous avons même eu l’assurance du bon embarquement de la 4L, puisque nous l’avons vu solidement arrimée au bateau sur le pont n°7 ! Ce fut également l’occasion pour nous de poser nos nombreuses questions sur le fonctionnement d’un tel bateau. Nous avons retenu quelques chiffres qui nous ont marqués : le bateau consomme 55 000 litres de carburant par jour, peut contenir jusqu’à 3 500 voitures et naviguer à 20 nœuds, soit environ 37 km/h ! Bien entendu, le bateau une fois lancé pour traverser l’Atlantique navigue jour et nuit. Les matelots s’occupent donc dans la journée de nettoyer, de repeindre et d’entretenir le bateau tandis que les officiers contrôlent la navigation, le pilotage, gèrent les formalités administratives et les radio-communications. Lorsqu’ils ne travaillent pas, les marins peuvent faire du sport dans la salle de gym ou sur le pont, sur lequel un terrain de basket a été aménagé ! En effet, le navire est un lieu de travail mais aussi un lieu de vie. On y trouve donc une piste de danse et de karaoké (passion des philippins), un salon avec des télévisions, des ordinateurs (sans internet) et une bibliothèque. Quant à nous, nous n’avons pas chômé ! Nous commencions chaque journée par une partie de ping-pong et par un footing sur le tapis roulant de la salle de sport. Aussi incroyable que cela puisse paraître nous nous détendions ensuite dans une petite piscine ! Remplie à l’eau de mer, elle est installée tout à l’arrière du navire avec une vue imprenable sur l’océan. Ballotés par la houle, nous avions plus l’impression d’être dans une machine à laver ou dans la piscine à vagues d’un parc aquatique que dans la piscine d’un spa ! Après ces séances sportives, nous avons rythmé nos journées par de la lecture, de l’écriture et du montage vidéo. Au delà d’être une expérience unique de naviguer à travers un océan et de vivre sur un cargo, ce fut pour nous l’occasion inespérée de travailler sans aucune distraction et pendant plusieurs jours d’affilée, sur nos films, nos photos, nos carnets de route, nos rapports et nos présentations… Pendant deux semaines, nous avons travaillé à un rythme soutenu — parfois jusqu’à douze heures par jour — afin de rattraper notre retard dans les montages vidéos concernant nos rencontres avec les acteurs de la microfinance et sur nos aventures en 4L.

Néanmoins, nous ne manquions pas d’interrompre régulièrement nos sessions de travail par des tours sur le pont pour admirer l’horizon infini de la mer et les magnifiques couchers de soleil. En essayant de repérer d’autres navires, nous avons aperçu quelques baleines sautant hors de l’eau puis s’écraser de tout leur poids dans des éclaboussures immenses. La faune visible sur l’Atlantique est bien maigre par rapport à celle de l’Amérique du Sud, mais nous avons tout de même pu observer des dauphins, des poissons volants et des oiseaux qui suivaient le bateau. Les repas servis dans la salle à manger étaient aussi le moment de décrocher de nos écrans pour partager un temps convivial avec les membres de l’équipage. La compagnie du bateau est italienne et nous avons avec plaisir retrouvé l’influence de ce pays dans la cuisine ! La nourriture était délicieuse, variée et nous a grandement changés de nos soupes de nouilles lyophilisées ! En revanche, les heures régulières de service des repas qui rythment la journée, les tours sur le pont après ceux-ci et notre chambre impersonnelle nous ont donné comme une impression de vivre dans une maison de retraite. Notre démarche maladroite dans les couloirs du bateau en raison du mouvement de ce dernier, ne faisait qu’accentuer ce sentiment… Pour rompre la monotonie de nos journées à tous, un barbecue a été organisé le samedi soir au beau milieu de l’Atlantique ! Deux énormes feux ont cuit des kilos de viande pendant toute une soirée et l’intégralité du personnel (sauf le second officier qui était à la navigation) s’est retrouvé dans une ambiance festive en arrosant ses grillades de vin rouge et de bière. À côtoyer ces hommes, nous avons pris la mesure de la difficulté du métier de marin. Bien que les philippins trouvent un confort de vie certain dans ce métier — puisqu’ils ont une cabine personnelle, des horaires de travail réguliers, sont très bien nourris et libres de débarquer à terre quand le bateau est à quai — ils doivent tout de même faire avec l’éloignement, l’ambiance très masculine et la vie en communauté dans un espace clos.

Neuf jours après avoir quitté les côtes brésiliennes et quatre fuseaux horaires plus tard, nous accosterons à Dakar demain. Cette traversée de l’Atlantique au rythme du temps fut une expérience inoubliable. Nous qui avons conduit toute l’année, qui nous sommes pressés par moment et qui avons traversés des pays parfois trop vite, nous avons pu faire un point sur notre incroyable aventure, nous mettre à jour dans notre travail de communication et penser au retour. Eh oui, nous débarquons en Afrique dans quelques heures. Nous poserons le pied sur un nouveau continent, laisserons la mer derrière nous pour rouler pour la première fois vers le Nord. Vers l’Europe, la France, la maison. En avant !

Nicolas & Matthieu

 

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À fond les ballons au Brésil !

Après quelques semaines intenses en Bolivie, nous avons avec plaisir posé nos valises quelques jours dans la ville de Salta au nord de l’Argentine. Dans cette région, les grands axes routiers traversent des plaines arides avec pour seul relief des monts rocheux et des profonds canyons — impossible dans de tels paysages de ne pas faire de parallèles avec le Far West américain ! Pour échapper au froid saisissant nous nous sommes réfugiés dans une auberge de jeunesse pour trier des photos, écrire un carnet de route et envoyer des dizaines de mails afin de préparer la suite du voyage. Ravis de retrouver un réseau wifi correct nous avons notamment participé via Skype à une conférence sur le crédit à la Citibank de Mexico ! La voiture a pris aussi quelques jours de repos bien mérités et profité de cette halte pour s’offrir une vidange essentielle tous les 10 000 kilomètres ainsi qu’une rapide révision. Dans ce pays où Renault et Citroën sont bien implantés, les 4L et 2CV sont légion ! Par cet aspect mais aussi par le faciès des argentins, les infrastructures et le niveau de vie, nous avons eu l’impression de retrouver l’Europe avant l’heure.

Au terme de nombreuses recherches et de mails nous sommes parvenus à trouver et réserver un cargo sur lequel nous pourrons embarquer avec notre 4L et rejoindre le continent africain. Pouvoir traverser l’Atlantique sur un porte-conteneurs est une chance et une expérience incroyable. À peine plus cher que l’avion, nous n’avons pas pu résister ! Mais comme à chaque traversée, nous devions arriver sur place quelques jours avant le départ du bateau pour régler les formalités douanières pour la voiture. Nous avions donc une échéance trois semaines plus tard, le 14 juin, date de départ du bateau depuis le port de Rio de Janeiro pour Dakar au Sénégal, mais nous étions dans le flou quant à la date précise de notre arrivée à Rio, n’arrivant pas à obtenir l’information auprès de nos différents contacts. Misant sur des formalités rapides, nous avons tout de même décidé de faire un petit détour pour aller parcourir une portion de la fameuse Ruta 40 qui chemine en Argentine de la frontière bolivienne à la Patagonie. Entre les villes de Cafayate et Cachi, elle serpente au fond d’un canyon ocre, un spectacle magnifique pour les deux conducteurs que nous sommes ! Après ces superbes paysages, nous avons mis le cap à l’Est vers le Brésil, en empruntant de grandes routes, perdues au beau milieu de champs s’étendant à perte de vue, la fameuse pampa argentine. Lorsque le soleil commençait à décliner, nous nous mettions à la recherche d’un lieu calme pour bivouaquer et allumer de grands feux sur lesquels nous faisions griller des pièces de viande aussi savoureuses que bon marché, parfois accompagnées de vin rouge. L’Argentine n’a pas failli à sa réputation !

À l’approche de la frontière brésilienne, nos haltes se faisaient de plus en plus fréquentes dans des stations-service dotées du wifi pour préparer l’envoi de la voiture en Afrique. La traversée était bien réservée, mais il nous fallait encore trouver un agent qui nous aiderait à accomplir toutes les formalités douanières spécifiques à chaque pays, qui prennent en moyenne quelques jours. Rodés après trois envois par cargo nous avons demandé des devis et les délais à plusieurs entreprises de logistique pour un tel service. Nous étions le vendredi 30 mai, nous relancions et appelions les différents agents mais avons rapidement compris que la tâche allait être plus difficile que prévu. Les différentes conversations arrivaient à la même conclusion : le Brésil est l’un des pays les plus bureaucratiques au monde et les jours de match pendant la coupe du monde seront chômés, paralysant ainsi les ports brésiliens. Soit les agents de douane nous proposaient de réaliser le service en 60 jours pour l’incroyable somme de 3 800 $, soit ils refusaient tout simplement de nous aider… Abasourdis, nous imaginions déjà des solutions de secours comme nous dérouter pour l’Argentine ou l’Uruguay pour organiser une nouvelle traversée mais voilà, nous avons cru bon d’anticiper et avons payé nos places passagers (non remboursables) sur le cargo du 14 juin quelques semaines auparavant, nous ne pouvions donc pas nous permettre de ne pas monter sur ce bateau. Il était par ailleurs hors de question d’abandonner la voiture au Brésil après 42 000 kilomètres, presque autant de souvenirs, et enfin aussi en raison des 3 500 € de caution laissés à l’administration française, pour l’obtention du carnet de passage, le passeport de la voiture. Un seul agent nous a fait comprendre qu’il pourrait essayer d’effectuer les formalités à temps, à condition que nous arrivions le plus tôt possible dans ses bureaux, c’est à dire le lundi matin. Nous étions à ce moment à Puerto Iguazù, à plus de 1 450 kilomètres de Rio de Janeiro, à deux pas d’un site naturel mondialement connu que nous ne pouvions pas manquer ! C’est donc durant le week-end que, préoccupés par ces questions logistiques, nous avons découvert les chutes d’Iguazù situées sur la frontière Argentine-Brésil, tout d’abord du côté argentin sous une pluie battante, ce qui a au moins eu l’avantage de laisser le site pour nous seuls. Les passerelles dans la jungle au plus près des chutes, à leurs pieds ou au dessus d’elles, permettent de les toucher et d’apprécier le débit démentiel de la rivière Iguaçu. De plus de 80 mètres de haut, les chutes d’eau entraînent des bouillonnements et un vacarme ahurissants. Le côté brésilien offre quant à lui une vue d’ensemble et permet de prendre la mesure de cette merveille naturelle impressionnante. Le dimanche midi nous démarrions la voiture, prêts à affronter la longue route qui nous attendait.

— « Tu es au courant qu’on éteint le moteur qu’à Rio là ? »

C’est donc sur des éclats de rire, fréquents dans l’habitacle de la voiture, que nous avons fait nos premiers kilomètres nous séparant de Rio de Janeiro. À notre grande surprise, les routes étaient excellentes et nous avons même gagné rapidement des autoroutes dignes de l’Europe. Les heures passaient, les kilomètres aussi et les pauses peu nombreuses se firent uniquement dans des stations-service. Pied au plancher, la 4L lancée à 120 km/h consommait plus que jamais. Il était minuit passé lorsque nous nous sommes écroulés de fatigue dans notre voiture dans une sordide station-service de la banlieue de São Paulo. Quelques heures plus tard, nous nous sommes réveillés avant le soleil pour reprendre la route et franchir la ligne d’arrivée de notre folle course dans la matinée. Nous n’en revenons toujours pas des performances de notre bolide, elle a parcouru les 1 450 kilomètres en 18 heures à une allure qui faisait pâlir plus d’un camionneur ! Fatigués, nous sommes arrivés dans cette ville sans bien nous rendre compte qu’elle marquait la fin de notre route en Amérique du Sud, conscients que le plus dur restait à faire. Après avoir tourné quelques heures dans un labyrinthe de bretelles d’autoroutes nous avons foncé chez le seul agent qui a accepté de nous aider. Caio, un jeune américano-brésilien nous a chaleureusement accueillis et a pris les choses en main. Impressionné par notre aventure, il nous a promis de faire son maximum pour régler l’ensemble des formalités douanières avant le départ du bateau. Alors qu’il travaillait sur notre dossier, nous devions rester disponibles. Hébergés dans des conditions idéales par un de nos anciens chefs scout expatrié à Rio, nous sommes restés plusieurs jours à l’appartement pour répondre dans la minute aux mails nous demandant des informations diverses sur la voiture. Attendre dans l’incertitude sans pouvoir agir et se rendre utile ne faisait qu’accentuer notre impatience. Le Brésil s’avère effectivement être un pays extrêmement bureaucratique : l’ensemble de nos documents ont dû être certifiés par un huissier, nous avons dû, entre autre, photocopier nos passeports en intégralité, même les pages vides et donner le nom complet des parents de Matthieu, propriétaire de la voiture… Finalement le processus s’est — par miracle — déroulé sans encombre et nous avons déposé avec soulagement la voiture au port une semaine plus tard. Nous avons compris que nous avons par chance trouvé le bon agent lorsqu’il nous a avoué à demi-mot avoir des « amis » aux douanes, à comprendre qu’il a distribué des billets aux bonnes personnes. Nous avons fermé les yeux sur ce mode de fonctionnement peu avouable tant nous étions heureux d’avoir réussi !

C’est donc avec l’esprit léger que nous avons pu enfin profiter de la superbe ville de Rio de Janeiro. Elle est pour nous mythique après 42 000 kilomètres sur les routes du monde, soit la circonférence de notre planète. Les différentes hauteurs qui entourent la ville dont le fameux Corcovado sur laquelle repose le Christ Rédempteur offrent des points de vue à couper le souffle. La ville sort de la jungle pour s’arrêter sur des plages de sable blanc superbes. En quelques minutes on peut s’échapper du tumulte propre aux métropoles, pour se retrouver en pleine jungle peuplée de singes, bien loin des tristes pigeons parisiens du Jardin du Luxembourg ! Dans le centre administratif et financier de la ville, des bâtiments coloniaux se mêlent à une architecture type années 70 en piteux état donnant une impression de déclin, mais l’ambiance bouillonnante qui y règne nous rappelle que l’activité bat son plein ! Les bains dans l’océan sont un luxe dont nous ne nous lassons pas, mais l’activité la plus divertissante à la plage consiste en fait à observer le défilé des gens et des autres baigneurs. Les joueurs de beach-volley se mêlent aux vendeurs ambulants de caïpirinhas (cocktail local), qui eux-même slaloment entre les Cariocas, habitants de Rio, qui s’efforcent de parfaire leur bronzage et qui sont surtout là pour être vus. La culture du corps est une obsession sur les plages d’Ipanema et de Copacabana, le sport est omniprésent : jogging, surf, tennis de plage, musculation, vélo… Les Cariocas ne perdent pas une occasion de se mettre torse nu pour rouler des mécaniques. Malgré tout, les inégalités sociales sont poussées à leur paroxysme. Dans les favelas qui dominent les beaux quartiers survit une population extrêmement pauvre, le niveau de vie dans ces endroits équivaut à celui du Ghana alors qu’il atteint celui de l’Allemagne ou de la Suisse dans les beaux quartiers voisins. Les problèmes de drogue sont en grande partie responsables des graves problèmes de sécurité dont a longtemps souffert la ville. La situation semble néanmoins s’améliorer avec des interventions sociales et militaires de l’état dans ces banlieues, en prévention du mondial et des jeux olympiques d’été de 2016.

Lorsque nous nous sommes plongés dans les cartes il y a presque deux ans nous étions bien loin d’imaginer que nous allions nous retrouver plongés au cœur de la folie de la Coupe du Monde de football ! Mais expliquer aux Cariocas que nous n’avons pas choisi de venir à Rio pendant cet événement et pousser la conversation jusqu’au fait que nous ne sommes pas des grands fans de foot s’avérait être compliqué… Alors que nous commencions à être à l’aise en espagnol, le portugais des brésiliens nous a laissé sans voix. Nous raccourcissions donc au fait que oui, nous sommes venus de France en voiture pour le mondial ! À quelques jours du début des festivités, l’ambiance n’était pas au rendez-vous, les rues décorées aux couleurs nationales lors des précédentes éditions restaient bien grises, reflet du moral de nombreux brésiliens, dubitatifs face au coûts exorbitants de cette fête planétaire dans un pays où 16% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Les promesses et travaux pharaoniques qui auraient pu permettre un développement du pays comme la mise en place d’un réseau de transport urbain moderne dans de nombreuses villes, n’a parfois même pas dépassé le stade du papier à cause notamment de la corruption et d’un manque d’organisation du pays. Les brésiliens nous ont prédit de grands changements lors des prochaines élections ! Malgré tout, lorsque le Brésil marquait les trois buts face à la Croatie lors du match d’ouverture, l’ambiance était électrique sur la plage de Copacabana où le match était diffusé sur un écran géant. Mêlés à près de 40 000 supporters, nous avions l’impression que les caméras du monde entier étaient braquées sur nous, bien conscients que c’était plus pour le foot que pour le microcrédit… La seule ombre au tableau de cette gigantesque fête fut sans doute les groupes d’enfants des favelas, parfois très jeunes, qui erraient entre les spectateurs à la recherche d’objets à subtiliser.

Après ces folles aventures et des découvertes passionnantes, nous avons conclu en beauté notre périple sur le continent américain en assistant à l’extraordinaire copa à Rio de Janeiro, ville que nous avons pour l’instant la plus appréciée. Le cargo ayant eu quelques jours de retard, nous levons l’ancre demain à bord du Grande Brasile et nous poserons le pied dans une dizaine de jours sur un nouveau continent ! Saudade América do Sul !

Nicolas & Matthieu

 

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Bolivie, pays de tous nos records !

Extincteur, trousse de premiers soins, croix, triangle de signalisation, roue de secours, cric, outils basiques… Rien à faire, les policiers boliviens ne trouvent rien à nous reprocher. Nos passeports fraîchement tamponnés, nous sommes sur le point de franchir le poste frontière séparant le Pérou de la Bolivie quand… STOP !

— « Messieurs, je regrette mais je ne peux pas vous laisser passer, ni faire ne serait-ce qu’un mètre en Bolivie ! Votre assurance n’est pas valable. »

Nous le savons pertinemment puisque ce garde frontière tient entre ses mains une police d’assurance que nous avons souscrit il y a plus d’un mois en Équateur et valable uniquement dans ce pays. Nous faisons mine de nous étonner et expliquons dans un espagnol délibérément très mauvais que nous en achèterons alors une nouvelle dans la prochaine ville. En réalité, c’est une arnaque classique entre deux pays, les policiers espérant ainsi arrondir leurs fins de mois. Lorsqu’un bureau d’assurance n’est pas établi directement sur la frontière, c’est qu’il est possible de la traverser sans une assurance nationale. Après quelques minutes de discussions absurdes, les policiers découragés ont ouvert la barrière menant à la Bolivie. Nous apprendrons plus tard, qu’elle n’est même pas obligatoire dans ce pays.

Nos premiers pas en Bolivie dans la ville de Copacabana ont été guidés par le son d’une musique très bruyante et c’est emportés par les décibels que nous nous sommes retrouvés dans un hangar dans lequel se tenait une fête immense. Ébahis, nous n’en croyions pas nos yeux de voir tous ces boliviens de trente à soixante-dix ans s’amuser avec autant d’entrain en habits traditionnels : robes bouffantes, costumes et chapeaux. Lorsqu’un homme nous a tendu sa caisse de 12 bières de 66 cl, nous avons réalisé que nous avions atterri dans une beuverie extraordinaire. Les femmes comme les hommes fumaient, buvaient plus que de raison et dansaient sur le rythme effréné d’un groupe de musique bolivien. En quelques heures, nous avons été invités à partager des dizaines de bières avec des boliviens et des boliviennes hilares, propositions que nous acceptions très volontiers lors des premières tournées et un peu à reculons au bout du quinzième verre ! Si tous les participants à la fête étaient manifestement saouls, certains l’étaient plus que d’autres. L’abus d’alcool a provoqué les situations les plus excessives et c’est avec stupéfaction que nous avons vu des femmes se battre, un homme vomir sur l’épaule de sa femme, d’autres ronflant avachis sur des chaises avec pour oreiller une enceinte de 500 watts, sans parler des hommes et des femmes qui urinaient en public ! La générosité et la joie de vivre de ces personnes ainsi que l’ambiance irréelle de cette soirée nous ont complètement stupéfaits.

C’est donc avec un léger mal de crâne que nous avons découvert après quelques heures de bateau, l’Isla del Sol sur le lac Titicaca, berceau de la civilisation inca. La randonnée à travers l’île offre un point de vue unique sur le lac mais l’île en elle-même était un peu touristique à notre goût et rapidement nous avons gagné La Paz. Nos passages quotidiens à la pompe à essence se sont révélés être un peu particuliers en Bolivie. En effet, l’essence est subventionnée par le gouvernement, ainsi les étrangers qu’ils soient des pays frontaliers ou d’Europe, doivent payer trois fois le prix affiché en station, soit 0,90€ le litre ! Une technique dont nous avons abusé, consistait à faire comprendre subtilement au pompiste que nous n’avions pas besoin de facture et comme par magie le prix baissait à 0,50€ ! Nous vous laissons imaginer où va la différence… La Paz, cœur économique et capitale gouvernementale de la Bolivie est une ville étonnante. Depuis son centre grouillant d’activité, nous pouvions observer les milliers de petites maisons de briques oranges, accrochées sur les flancs de l’immense canyon qui renferme la ville, avec en toile de fond des montagnes enneigées. Toutefois, le trafic et les embouteillages en font une ville à l’atmosphère irrespirable et c’est sans hésiter que nous avons trouvé refuge à l’extérieur de la ville dans un lieu de camp peuplé d’overlanders faisant la Panamericana, ou plus ! En arrivant nous avons été accueillis par un couple d’allemands en 4×4 canadien, une famille de français en camping-car chilien et un couple franco-hollandais en camion aménagé ! Nous n’avons pu nous empêcher de repenser à notre halte à Panama City et ce fut une nouvelle fois très plaisant de partager quelques jours avec ces voyageurs !

La raison pour laquelle nous nous sommes arrêtés à La Paz — qui représente finalement assez peu d’intérêt — est la proximité du Huyana Potosí, un pic à 6 088 mètres d’altitude dont la particularité est d’être facile d’accès pour les alpinistes novices que nous sommes ! L’ascension en trois jours avec un guide a commencé par une journée d’acclimatation et d’entraînement à l’usage des cordes, des piolets et des crampons au camp de base à 4 800 mètres, soit l’altitude du Mont-Blanc ! C’est ensuite au terme d’une marche de quelques heures à travers des chemins escarpés et des pierriers avec tout notre matériel, que nous avons trouvé refuge 400 mètres plus haut. Vivant depuis de nombreuses semaines sur l’altiplano, nos corps ont eu le temps de multiplier leurs globules rouges, de ce fait nous avons tous les deux bien réagi aux rigueurs de l’altitude — principale difficulté de l’ascension — et suivi notre guide avec une certaine aisance. Cependant, entreprendre une telle ascension demande de la patience et un peu de préparation. La veille de l’ascension finale nous avons donc dîné très tôt et nous nous sommes couchés à 18h pour attaquer la marche de nuit dans la neige, à 2h du matin. Casqués et encordés à notre guide, nous avons commencé à monter doucement en ne regardant que nos pieds pour ne surtout pas voir les lampes frontales des personnes au dessus de nous, qui paraissaient à des kilomètres. Pas à pas. Ne pas penser. Ne pas abandonner. Seulement avancer, une main tenant un piolet, l’autre la corde attachée à son baudrier pour ne pas la sectionner avec ses crampons. Malgré notre acclimatation, nous avons ressenti les premiers signes du mal des montagnes : essoufflement, nausées et maux de tête qui rendent l’effort plus difficile à accomplir. Après quelques passages où nous avons grimpé avec les pieds et les mains nous nous sommes retrouvés devant une crête de 80 mètres de long menant au sommet. D’une trentaine de centimètres de large seulement et bordée de précipices de plusieurs centaines de mètres, il a fallu que nous redoublions de concentration et que nous avancions très lentement, un pied devant l’autre. C’est finalement à 6h30 du matin que notre encordée a atteint le sommet à 6 088 mètres d’altitude et que nous avons assisté à un lever de soleil émouvant, du haut de notre montagne. Les centaines de cimes montagneuses crevant une mer de nuages, la lumière orangée sur la neige et l’ombre gigantesque du Huyana Potosí étaient un spectacle que nous ne sommes pas prêts d’oublier. La descente fut bien entendu beaucoup plus rapide mais pas moins éprouvante. De retour au refuge pour un peu de repos, nous nous voyons encore devant notre tasse de café fumante repenser à notre ascension nocturne. Comme dans un rêve, nous avons grimpé pendant plusieurs heures aveuglément et découvert avec éblouissement au lever du jour notre environnement, les paysages et la vue somptueuse. Pour nous récompenser de tant d’efforts, nous nous sommes régalés d’une raclette dans un restaurant suisse le soir même !

Comme si nous n’avions pas eu assez de sensations fortes, nous avons décidé juste après notre ascension d’emprunter — malgré la pluie et le brouillard — le fameux Camino de la Muerte, la Route de la Mort. Connue pour son extrême dangerosité, il existe aujourd’hui un nouveau tracé et cette route historique relève désormais un peu d’une attraction touristique, comme en témoignent les nombreux cyclistes qui la dévalent quotidiennement à toute vitesse. La vue depuis la piste est impressionnante, en revanche bien qu’elle soit coupée par d’énormes gués, ce n’est pas la plus mauvaise, ni la plus dangereuse que nous ayons eu l’occasion d’emprunter ! Notre halte suivante fut la ville de Potosí, connue pour ses mines d’argent très lucratives exploitées depuis 1535. Perchée à 4 060 mètres d’altitude cela en fait d’elle la ville la plus haute du monde ! Chaque visite des mines commence par un arrêt au marché pour acheter des « cadeaux pour les mineurs » : boissons, feuilles de coca, dynamite, cigarettes et alcool à 96% qu’ils coupent avec du coca-cola ou du jus. Cette pratique systématique d’offrir des présents aux mineurs sur leur lieu de travail est finalement sympathique puisque ces derniers sont reconnaissants et ouverts au dialogue, ainsi le touriste inquisiteur ne se sent pas si intrusif que cela. La visite de ces mines était une expérience incroyable. Les galeries sont étayées par des poutres de bois, parfois rompues. Les rails utilisés pour pousser les wagonnets remplis de minéraux sont souvent recouverts d’une boue épaisse, l’odeur de souffre, de silice et la chaleur qui y règne rendent l’atmosphère étouffante. Nous étions presque constamment courbés pour progresser dans les artères de la mine, parfois nous avancions même la tête au niveau de la taille ou les mains au sol. Bien qu’extrêmement pénible et dangereux, les mineurs semblent très fiers de leur travail qui est relativement bien payé. En effet, le salaire moyen en Bolivie est de 120€ par mois et un mineur gagne entre 10 et 15€ par jour. Pendant deux heures, nous avons littéralement évolué dans l’univers d’Étienne Lantier, héros du roman Germinal d’Émile Zola. Fourbus de notre passage dans les entrailles de la terre c’est avec soulagement que nous avons retrouvé la lumière du jour et l’air frais !

Un court passage par la très belle ville coloniale de Sucre, capitale juridique de la Bolivie, a été l’occasion de préparer notre petite expédition dans le Salar de Uyuni, le plus grand désert de sel du monde ! Nous avions prévu trois jours d’itinérance et devions en conséquence être autonomes en eau, carburant et nourriture. Méticuleusement nous avons donc fait nos achats au marché et c’est le coffre chargé de cacahuètes, olives, bières, thon, avocats, tomates, maïs, pommes, nouilles lyophilisées, gâteaux, œufs, pain, café que nous sommes entrés dans ce désert tant rêvé ! Entourés d’une étendue salée paraissant infinie, seules les montagnes au loin venaient interrompre l’horizon parfait entre ciel et terre. Les cristaux de sel prennent la forme de cellules lorsque l’eau de la saison des pluies s’évapore et cet « amas dense de cellules » rappelait curieusement les milliers d’étoiles qui scintillaient au dessus de notre tente la nuit tombée. Nos bivouacs dans cette nature immaculée étaient particulièrement frais, une nuit notre thermomètre indiquait -15°C ! C’est donc tout habillés dans nos sacs de couchage (dont la limite de confort spécifiée sur l’étiquette est de +11°C) que nous dormions, enroulés dans deux épaisses couvertures chacun et blottis sous une grande bâche que nous partagions. Se déplacer dans le Salar de Uyuni relève plus de la navigation maritime que de la circulation routière. En effet, nous ne suivions pas une route mais un cap. Munis d’une boussole, nous pouvions filer à plus de 100 km/h dans ce désert plat et blanc. En revanche, se rendre compte des distances et de la perspective est très difficile dans un tel environnement. Si une montagne paraît proche à l’œil nu, elle peut en réalité se trouver à plus de 60 kilomètres ! Sa beauté singulière, sa blancheur et son silence assourdissant nous ont beaucoup marqués et ce fut véritablement l’un des plus beaux endroits de notre voyage.

En un peu moins de trois semaines, nous avons traversé la Bolivie. Petit pays enclavé au centre du continent sud-américain, il se distingue selon nous par la formidable gentillesse de sa population. Les boliviens sont adorables, drôles et bienveillants. Toutefois, ce fut le pays le plus exigeant avec la 4L. Nous ne comptons plus les cols à plus de 4 000 mètres d’altitude que nous avons dû franchir, parfois à 20 km/h, les côtes quasi verticales dans les villes que nous n’avons pu monter sans être remorqués et les pistes défoncées qui ont meurtri encore un peu plus nos suspensions… La conduite dans ce pays a été difficile, plus d’une fois nous nous sommes fait tractés pour nous sortir d’un fossé ou du sable après une sortie de route. Depuis la ville de Tupiza, non loin de la frontière, nous nous réjouissons par avance des routes bitumées traversant les grandes plaines argentines !

Nicolas & Matthieu

 

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