Franchir l’équateur

« Ce n’est pas sûr, ne vous arrêtez pas sur la route, soyez discrets, achetez des chapeaux…» Tels étaient les conseils des colombiens et des expatriés quand nous leur annoncions que nous projetions de rejoindre l’Équateur depuis Bogota. Le sud de la Colombie est classé par le ministère des Affaires étrangères comme une région « formellement déconseillée sauf raison impérative ». Le pays ne possédant qu’une seule route pour rejoindre le poste frontière avec l’Équateur et l’impossibilité géographique de nous dérouter par le Brésil, constituaient pour nous des arguments suffisants pour nous aventurer dans ces terres incertaines. Conscients des risques d’enlèvement, d’agression et de braquage nous avons pris les mesures nécessaires pendant ces trois jours de route. Nous avons caché notre liquide dans les doubles-fonds de la structure en bois à l’arrière de la voiture, à chaque checkpoints militaires nous nous informions de la qualité et de la sécurité des routes et bien entendu nous nous arrêtions avant la tombée de la nuit dans des endroits sécurisés — comme à Santa Rosa de Cabal où nous nous sommes offerts le luxe de nous baigner dans une source chaude au pied d’une cascade immense dans la jungle. Sûrs de nous tout en restant prudents, nous avons eu la chance de traverser cette zone sans la moindre inquiétude. La Colombie vit actuellement une situation particulière. Bien que le sud soit une région à éviter, le pays est en pleine transition et devient de plus en plus sécurisé depuis qu’il a été nettoyé de ses cartels et du grand banditisme. Le Lonely Planet prédit même la Colombie comme l’une des prochaines destinations en vogue! Tout Colombien connaît un proche qui s’est fait menacer une fois avec un pistolet sur la tempe. Ce type d’agression était monnaie courante il y a quelques années et reste aujourd’hui traumatisant pour les victimes, d’où les mises en garde systématiques à la vue de notre appareil photo ou de notre iPad si nous les sortions dans la rue. Ainsi, c’est rapidement que nous avons traversé le sud du pays en nous arrêtant  dans la belle ville coloniale de Popayán, avant de passer la frontière avec l’Équateur!

Sortir de Colombie et entrer en Équateur fut un jeu d’enfant. Pour une fois, nous n’avons pas eu besoin de fournir des paquets de photocopies aux autorités, de faire la queue pendant des heures pour obtenir un permis d’importation temporaire et de courir entre les différents bureaux. Bien organisée, calme, c’est avec facilité que nous avons franchi la frontière et que nous sommes entrés dans le trentième pays de l’aventure Microcrédit en 4L! Conduire dans le nord de l’Équateur est un spectacle étonnant. Nous y avons trouvé l’idée même que nous nous faisions de la forêt amazonienne: végétation luxuriante, rivières torrentielles et taux indécent d’humidité. À notre surprise, les routes équatoriennes sont d’excellente qualité et le litre d’essence est trois fois moins cher que la bouteille d’eau (0,30$ contre 1$), typique des pays producteurs de pétrole! Ainsi, nous avons couvert les 1 800 kilomètres du pays pour la modique somme de 30€, soit la moitié du prix d’un plein d’essence en France pour notre voiture! Nous avons d’abord mis le cap sur l’île de Muisne et rejoint Marie, une amie de Nicolas, en stage pour six mois dans une association qui distribue de l’eau potable. Presque aucune voiture ne circule sur l’île et cette dernière n’est accessible qu’en bateau. Le haut niveau d’insalubrité publique et le manque d’infrastructures donne à cet endroit un climat post-tsunami dont les alertes sont par ailleurs fréquentes. Les pluies diluviennes transforment les rues en marécages et la marée en se retirant, découvre un estran jonché de déchets et d’ordures dans lesquels oiseaux et cochons s’ébrouent. Les quelques 6 000 habitants vivent de la pêche et de petits commerces mais la situation économique est dramatique, la drogue chez les jeunes un vrai fléau et l’alcoolisme très important. Toutefois, les habitants de Muisne ont le sens de la fête et nous avons passé un très agréable moment sur cette île où nous nous sommes régalés de crevettes grillées, de poissons et où nous avons pu goûter l’eau de l’océan Pacifique. Muisne est loin d’être un incontournable de l’Équateur mais cette île vidée de tout trafic routier et regorgeant de restaurants et bars, en font un endroit à l’ambiance insulaire unique.

En route pour Quito, nous avons franchi l’équateur, un peu déçus de n’apercevoir aucun panneau indiquant cette ligne imaginaire mythique, mais heureux d’entrer dans l’hémisphère Sud! Lors de la saison des pluies qui s’étend du mois d’octobre à mai, la campagne est très verte et la culture des fruits et légumes intense! Le centre historique de la capitale du pays est magnifique: on s’est perdu dans ses petites ruelles pavées en tombant régulièrement sur de belles places boisées à l’architecture coloniale espagnole. Nous nous sommes agréablement promenés pendant quelques jours, l’esprit tranquille laissant le climat d’insécurité derrière nous, en Colombie. Hébergés dans une petite auberge en centre-ville, nous avons profité d’avoir internet pour faire une conférence Skype avec le conseil des collégiens de Seine-Maritime en partenariat avec Babyloan. Pendant une heure nous avons échangé avec les collégiens de plus de 30 établissements qui travaillent sur les thématiques de la microfinance et qui ont pour mission de promouvoir à leur tour le microcrédit dans leurs classes et collèges.

Ce fut également le moment de rencontrer l’institution de microfinance CEPESIU et ses micro-entrepreneurs. CEPESIU est une entité privée créée en 1983 et dédiée à la promotion de l’emploi, du développement économique local et de la microfinance en Équateur, elle possède quatre branches dans le pays dont le siège est à Quito. Si les activités de Patricio, menuisier, et Monica tenancière d’une petite épicerie ainsi que celles des autres micro-entrepreneurs étaient habituelles et le schéma de leurs prêts classique, leurs rencontres n’en furent pas moins cordiales et enjouées. Nous avons également eu l’occasion, avec l’agent de crédit, de creuser un peu plus en détails et de comprendre les difficultés que pouvaient rencontrer les institutions de microfinance (IMF). Parmi elles, résident des problèmes d’information, de délai dans l’attribution des prêts, de concurrence et de financement. Certes, les IMF sont nombreuses dans les pays en voie de développement, mais toutes ne pratiquent pas un microcrédit social, ne concentrent pas leurs efforts sur l’accompagnement, les formations et sur des taux d’intérêts faibles. Les bénéficiaires par manque d’information ne connaissent alors pas toujours les particularités et services des différentes IMF et se tournent souvent vers l’institut de crédit le plus proche de chez eux. De plus, ces derniers, à cours de liquidités sont souvent enclins à souscrire un prêt auprès d’une IMF pratiquant un taux d’intérêt élevé et aucune formation sociale, pour obtenir l’argent dans de moindres délais. À l’inverse, les IMF avec lesquelles nous travaillons doivent en premier lieu étudier les possibilités de remboursement du demandeur puis l’accompagner dans sa démarche, ce qui nécessite du temps avant l’attribution de l’argent. Par ailleurs, de plus en plus de banques se mettent elles-mêmes à faire du microcrédit avec des taux d’intérêt défiant toute concurrence. Ce qui semble à première vue être une bonne initiative, peut se révéler destructeur pour les bénéficiaires qui ne reçoivent aucun accompagnement et des sanctions financières plus lourdes en cas de défaut de remboursement. Enfin, à la différence des banques, les IMF n’ont en majorité pas de fonds propres et sont donc dépendantes des bailleurs de fonds et des donateurs comme les fondations privées ou d’entreprise, notre partenaire Babyloan ou d’autres institutions étrangères de microcrédit.

Dans le sud du pays, nous avons continué de gagner de l’altitude et passé avec la 4L un col à 4023 mètres, un record! La montée pour le volcan de Quilotoa était un peu difficile mais aura valu la peine qu’a éprouvé notre petit carburateur en manque d’air dans ces longs lacets montagneux! Tout comme notre moteur qui manquait de reprise, nous nous essoufflions rapidement à cette altitude. Toutefois, l’incroyable vue sur le cratère du volcan rempli d’une eau bleue azur nous a fait oublier tous nos maux de tête. Nous nous sommes tenus jusqu’au coucher du soleil sur le bord de la caldeira à admirer les flancs verts du volcan, le lac en son centre 400 mètres en dessous ainsi que les montagnes aux pics enneigés alentours. Nous avons ensuite abandonné les vues du volcan Quilotoa pour la belle ville historique de Cuenca, très animée en raison du début de la Semana Santa, la Semaine sainte. En plus de l’architecture, les colons espagnols ont laissé derrière eux la religion catholique, très pratiquée en Amérique latine. La Semaine sainte est donc chômée et tous les latinos américains se retrouvent dans la rue ou en famille. Cuenca est aussi connue pour ses fabriques de chapeaux de paille encerclés d’un bandeau noir, communément appelés Panama. Ces fameux couvre-chefs étaient utilisés pour se protéger du soleil par les ouvriers équatoriens sur les chantiers du canal du Panama au début du XXème siècle et en tiennent de ce fait leur nom. Nos moustaches et nos chapeaux ne furent pas suffisants pour se fondre dans la masse et Matthieu s’est fait ouvrir la poche arrière de son sac dans la foule. Instantanément il a rattrapé la jeune femme qui dans un aveu timide lui a montré ses mains comme pour s’affranchir de tout vol. Heureusement, il n’y avait rien dans cette poche, mais ce petit incident nous rappelle qu’il faut que nous redoublions de vigilance tout au long de notre route au Pérou et vers le Sud!

Nicolas & Matthieu

 

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Les questions que vous vous posez…

Dans quel état d’esprit êtes-vous après 7 mois de voyage?

Nous sommes heureux! Ce voyage autour du monde est une expérience formidable, très riche en découvertes. Nous avons la chance de ne pas avoir de quotidien bien défini où chaque journée apporte son lot de surprises! Nous comptons bien profiter des 4 mois restants à travers l’Amérique du Sud et l’Afrique. Toutefois, nous sommes conscients que nous avons de la chance de ne pas avoir eu pour l’instant de gros problème. Aussi, c’est frustrant de traverser certains endroits sans avoir le temps de se poser un peu, mais nous nous promettons souvent que nous reviendrons!

 

Quel serait un premier bilan des rencontres avec les micro-entrepreneurs? 

Les rencontres effectuées nous ont confortés dans notre vision du microcrédit: il s’agit d’un extraordinaire moyen de développement s’il est pratiqué de manière sociale et non à des fins lucratives. Nous notons des différences significatives entre les différentes institutions de microfinance (IMF) et les différents pays quant au fonctionnement de la microfinance, de l’implication des employés et de l’accompagnement social plus ou moins poussé. Dans tous les cas, 100% des prêts arrivés à leur échéance nous ont été remboursés et nous avons prêté de nouveau l’argent à d’autres projets. En revanche, nous sommes parfois frustrés de ne pas avoir accès à toutes les données nécessaires pour analyser en profondeur les problèmes que les IMF peuvent rencontrer.

 

Est-ce que c’est l’aventure?

Moins que l’on ne pensait! Nous n’inventons rien en voyageant par la route, des dizaines d’autres overlanders sont déjà allés en Asie et ont parcouru la panaméricaine avec tous types de véhicules. De plus, les rencontres avec les micro-entrepreneurs, les partenaires et les traversées en cargo nous obligent à passer du temps à planifier notre voyage et à respecter des échéances. Le projet laisse donc peu de place à l’aventure.

 

Quel est votre pays préféré pour l’instant?

Difficile à dire! Chaque pays nous a marqué et a ses spécificités. Nous avons adoré le nord-est de la Turquie pour son ambiance, l’hospitalité iranienne nous a profondément touchés, l’Inde nous a déboussolés…  Mais puisqu’il faut répondre, nous avons eu tous les deux un coup de cœur pour le Mexique.

 

Vous avez l’air toujours content, y a-t-il des moments plus difficiles? 

Bien sûr! Lorsque la voiture ne fonctionne pas très bien, que nous devons patienter des heures aux douanes ou lorsque nous restons bloqués dans des embouteillages! Mais ce n’est jamais très grave et ces mauvais moments sont vite oubliés.

  

Est-ce que vous vous ennuyez sur la route?

Lorsque l’on conduit dans les pays que nous traversons il faut être attentif, donc le temps passe vite! Quant au passager, il a toujours de quoi s’occuper: écriture, préparation de l’itinéraire, des rencontres et du tourisme ou sieste!

 

Qui conduit?

Nous deux! On change régulièrement de conducteur en fonction du trafic, de la route ou de l’état d’esprit de chacun.

 

Comment vous repérez-vous?

Nous n’avons pas touché à une carte papier depuis le départ! Nous utilisons l’application Google Maps pour iPad. Lorsque nous avons le wifi nous chargeons notre itinéraire en zoomant sur les routes que nous allons emprunter et les villes traversées. Puis lorsque nous roulons, l’iPad nous localise sur la carte chargée, facile! Mais nous venons de découvrir une nouvelle application: Maps With Me. Grâce à celle-ci nous avons téléchargé toutes les cartes d’Amérique du Sud, plus besoin du wifi, c’est une vraie révolution pour nous!

 

Qui écrit?

Nous écrivons à tour de rôle et l’autre relit ensuite pour vérifier l’orthographe, changer le vocabulaire ou les formulations.

 

Est-ce qu’il y a des tensions dans l’équipe?

Nous nous connaissons depuis presque 15 ans, nous fonctionnons et pensons de la même manière, résultat pas de tension malgré la promiscuité!

  

Comment va la voiture?

La voiture va plutôt bien compte tenu de ce qu’on lui fait subir! Bien évidemment nous l’entretenons et avons des petits travaux à faire régulièrement. Nous avons aussi changé quelques pièces, mais nous sommes très contents et fiers de notre bolide! Elle a d’ailleurs passé 3 jours chez un garagiste colombien spécialisé en 4L pour pouvoir affronter les fameux cols d’Amérique du Sud dont certains dépassent les 4000 mètres d’altitude!

 

Où dormez-vous en général?

Dans la campagne nous campons soit dans des endroits sauvages, soit nous demandons à des locaux si nous pouvons nous installer dans leur jardin ou leur champ. En ville nous trouvons refuge dans des petits hôtels ou auberges de jeunesse. Nous nous faisons aussi parfois héberger par des amis, des couchsurfers et même chez l’habitant!

 

Que mangez-vous? 

Nous aimons goûter les plats locaux, rien de tel pour cela que de déjeuner dans des petites cantines remplies de locaux ou de prendre des plats dans la rue, souvent bon marché. Le soir nous faisons des salades de crudités ou nous cuisinons sur notre réchaud des soupes de nouilles chinoises lyophilisées ou des gros plats de pâtes!

 

Comment faites-vous vos lessives? 

Nous sommes assez forts pour garder longtemps nos vêtements… Mais n’importe quel hôtel propose un service de laverie, qui sont aussi très courants dans les petites villes.

 

Alors le monde c’est dangereux? 

Quel que soit le pays, il est évident qu’il y a certaines règles de bon sens à observer. En 7 mois nous avons fait 98% de bonnes rencontres y compris dans les pays ou les régions dîtes « dangereuses ». Nous avons surtout été surpris par la bonne humeur des gens en général, leurs sourires, leur générosité, leur gentillesse et leur bienveillance.

 

Avez-vous eu des accidents?

Nous avons pour l’instant évité tous les obstacles! Nous avons seulement « frotté » une moto dans un virage un peu large au Népal, qui a laissé une petite marque sur la carrosserie et sur le pot de la moto!

 

À voir tant de beaux paysages, villes, monuments, arrivez-vous à rester émerveillés? 

C’est vrai qu’il y a une routine non désagréable qui s’est installée et c’est surprenant à quel point l’œil semble s’habituer à découvrir plein de belles choses différentes tous les jours. Sans être blasés loin de là, nous avons comme la sensation d’être parfois moins éblouis par certaines choses que si nous débarquions de Paris via l’aéroport le plus proche… Mais nous savons apprécier chaque minutes, même celles passées aux douanes dans un bureau miteux sur le port de Cartagena!

 

Comment voyez-vous la vie après votre retour?

Toutes les bonnes choses ont une fin (sauf le saucisson qui en a deux)! Nous sommes tous les deux contents à l’idée de rentrer, de retrouver nos proches et la France même si nous avons conscience qu’il y aura peut-être des moments plus difficiles lorsque nous devrons reprendre une vie normale. Nous sommes convaincus que réaliser ce voyage solidaire au cours de nos études était idéal pour nous deux. Il sera le levier de multiples autres aventures personnelles ou professionnelles.

 

La 4L, l’amie fidèle des colombiens

« Terre en vue mon capitaine! » Après 48 longues heures de navigation en pleine mer, nous avons aperçu au beau milieu de la nuit les lumières de la côte colombienne et c’est à l’aube que, pour la première fois pour tous les deux, nous foulions le sol de l’Amérique du Sud dans la superbe ville coloniale de Carthagène des Indes. Nous avions organisé notre traversée de manière à ne pas perdre de temps à attendre la voiture. Nous sommes ainsi arrivés en même temps que le cargo et avons pu nous atteler aux démarches administratives rapidement. Partageant le container avec une autre voiture, un Land Cruiser de voyageurs rencontrés au Panama, nous avons dû faire l’ensemble des démarches en leur compagnie, ce qui n’était pas pour nous déplaire! Nous avons trouvé en Alexander et Mireia deux amis que nous nous sommes promis de revoir à Bruxelles! Alexander et Matthieu, propriétaires des voitures ont passé près de trois jours à courir sur le port de bureau en bureau, de salle d’attente ultra-climatisée à des parkings en plein soleil à côté du container. Rien dans les démarches ne fut rationnel: les factures en dollars qu’il fallait payer en pesos colombiens sans la présence d’un bureau de change à des kilomètres à la ronde, les multiples niveaux de sécurité et les dizaines de photocopies à fournir alors que les voitures n’ont même pas été fouillées ou encore le rendez-vous avec l’inspecteur à 6h30 du matin alors que l’entrée sur le port n’est autorisée qu’à 8h30 pour les civils… À l’arrivée de la prochaine traversée à Dakar au Sénégal nous nous ferons aider par un agent! Nicolas pendant ce temps s’occupait d’organiser la suite du voyage. Se plonger dans les cartes, les guides touristiques, les sites spécialisés et fixer les différents rendez-vous pour planifier les semaines à venir est toujours un moment particulier et excitant! Ce moment passé à Carthagène nous a permis de découvrir cette ville coloniale riche en histoire, en effet ce fut pendant près de trois siècles le bastion du Royaume d’Espagne en Amérique du Sud, elle occupait un rôle prépondérant dans le commerce de l’or des Incas et des esclaves. Nous nous étonnons souvent de l’étendue impressionnante — presque incroyable — de l’influence espagnole dans cette région avec notamment l’héritage de la langue, de la religion et de l’architecture.

C’est donc dix jours après avoir scellé le container que nous avons eu le plaisir de repartir sur la route par une chaleur accablante et en convoi puisque nous étions accompagnés de nos amis en 4×4. Après avoir enragé de longues heures dans les embouteillages pour trouver une assurance — obligatoire pour rouler en Colombie — nous sommes arrivés au volcan Totumo. Nous y avons retrouvé la famille de français voyageant en camping-car rencontrée au Panama pour une nouvelle fois passer un moment convivial tous ensemble. À l’aube nous nous sommes plongés dans le cratère du volcan rempli d’une boue à la consistance de crème fraîche tellement dense que malgré les cinq mètres de fond il est impossible de couler! Sensation très étrange mais hilarante! Nous avons ensuite mis le cap sur Bogota et les montagnes après avoir quitté nos amis. Durant trois jours nous avons traversé des petits villages coloniaux, franchis des cols à 3000 mètres d’altitude à travers la campagne verdoyante de la Colombie, et planté notre tente dans la cour d’une école et devant un hôtel. Les colombiens sont sympathiques et il est facile de les faire parler sur leur pays, ils sont souvent persuadés qu’il est le plus beau du monde! Mais tout comme les iraniens, ils souffrent de l’image réductrice de producteurs de coca et de pays dirigé par les cartels, trop souvent relayée par les médias internationaux.

Renault a installé une usine d’assemblage en Colombie dès 1970, c’est ainsi que quotidiennement nous croisons des Renault 9, 12, 19 que nous sommes trop jeunes pour avoir connues en France, mais surtout un nombre incalculable de 4L! Certaines font peine à voir, totalement désossées et envahies de végétation sur le bord des routes mais d’autres sont impeccablement entretenues par des collectionneurs méticuleux. Enfin, nous sommes toujours étonnés de croiser des 4L arrangées façon tuning avec la panoplie « aileron, bas de caisse, caisson de basse ». L’assemblage anachronique et peu cohérent de ces étranges créatures qui font la fierté de leurs propriétaires nous fait, à coup sûr, sourire! Les raisons pour lesquelles la Renault 4 est si populaire dans ce pays sont les mêmes qui nous ont poussés à la choisir pour le voyage: simplicité, coût et robustesse. Le lien entre les Colombiens et cette voiture est si fort qu’ils la surnomment el amigo fiel ou l’amie fidèle, jamais elle ne vous laissera tomber, et ce n’est pas nous qui allons vous prétendre le contraire!

Certains passionnés de l’amigo fiel se sont regroupés dans un club de 4L, le Club R4 Colombia que nous avons facilement contacté grâce à leur groupe Facebook. Nous évoquions depuis longtemps une pause en Colombie pour confier notre voiture à un garagiste compétent, après près de 30 000 kilomètres sur les routes du monde, une grosse révision s’imposait! Ce fut chose facile grâce à ce club qui nous a reçus d’une façon extraordinaire. La 4L a donc passé quatre jours chez Jorge, mécanicien passionné par la petite voiture française. Les Indiens avaient bricolé les suspensions arrières de manière instinctive, il était grand temps qu’un spécialiste remette le nez dedans. En effet un défaut de parallélisme nous a fait perdre un pneu en un temps record! Par ailleurs, toutes les parties sensibles du moteur ont été révisées et nettoyées: bougies, carburateur, soupapes, courroies, connexions électriques… Avec une nouvelle barre de torsion, deux pneus arrières neufs et un moteur propre notre voiture est désormais prête pour affronter les impressionnants dénivelés et les cols à plus de 4000 mètres de la Cordillère des Andes!

Le dernier jour de notre séjour à Bogota, un dimanche, le Club R4 Colombia nous a proposé de participer à la Feria Antiguomotriz, un rassemblement de voitures de collection. Nous avons accepté sans hésiter, curieux de voir à quoi pouvait ressembler un tel événement en Colombie! C’est ainsi à plus de quinze 4L que nous avons conduit sur les hauteurs de Bogota en faisant des pauses fréquentes sur le bord de la route, moments conviviaux où la discussion était principalement centrée sur les différents modèles des Renault 4, les pièces originales de France et l’état de tel ou tel moteur! Notre bolide a ensuite pris place au beau milieu de dizaines de voitures de collection et leur a instantanément volé la vedette. Toute l’après-midi nous avons expliqué  en espagnol notre voyage et notre projet à des colombiens enjoués et sympathiques, entourés de nos amis du club. Nous quittons maintenant Bogota et nous nous dirigeons vers le sud et l’Equateur! Passer quelques jours à Bogota chez un couchsurfer fut une expérience intéressante. Ville à éviter absolument il y a quelques années, la capitale est en pleine transition et regorge de vie dans son centre ville. Il nous tarde de repartir sur la route vers de nouveaux horizons, Amérique du Sud, nous voilà!

Nicolas & Matthieu

 

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Un tour dans la mer des Caraïbes

C’est à Managua au Nicaragua que nous avons rendu visite à l’institution de microfinance AFODENIC, soutenue par notre partenaire Babyloan. Pendant deux jours nous sommes allés à la rencontre d’une dizaine de micro-entrepreneurs que nous soutenons, échanger avec le personnel et même interviewer le directeur. À chaque rencontre, nous avons été reçus très chaleureusement et les micro-entrepreneurs nous montraient non sans fierté leurs échoppes, restaurants, ateliers, cuisines ambulantes… Ainsi, nous avons découvert l’activité d’un cordonnier, d’une fabricante de tortilla ou encore d’une tenancière d’une petite épicerie. Si le processus des prêts et remboursements est similaire entre les différentes institutions de microfinance que nous avons visitées au cours de notre voyage, c’est la première fois que nous avons pu nous adresser directement aux micro-entrepreneurs sans passer par l’intermédiaire d’un traducteur. Cette étape en moins, nous sommes plus proches de nos interlocuteurs et notre accent ainsi que nos erreurs de langue les font sourire! En aucun cas ne sommes nous présents pour contrôler le remboursement des prêts, en effet l’objectif de notre aventure, à mesure que nous rencontrons des porteurs de micro-projets, est de promouvoir la microfinance comme un formidable levier de développement d’autant plus lorsqu’elle est associée à des formations sociales et éducatives. Toutefois, nous sommes quelque peu frustrés de ne pas avoir accès à des données plus précises sur le fonctionnement des institutions et de ne pas pouvoir entrer plus en profondeur dans l’analyse des difficultés auxquelles elles peuvent être confrontées.

La veille de notre départ pour le Costa Rica, nous avons tenté de démarrer la 4L en la poussant comme à notre habitude. Transpirants et le souffle coupé au bout du sixième essai c’est avec soulagement que nous avons aperçu deux hommes tout droit sortis d’une maison pour nous venir en aide. Amusés par nos visages perlants de sueur et la simplicité avec laquelle nous leur avons annoncé que nous poussions de la sorte depuis les États-Unis et que cela fonctionnait très bien, nous n’avons pas eu le temps de reprendre nos esprits que la 4L s’est retrouvée arrimée à une voiture de tuning par une sangle miteuse. Après quelques secousses et dix minutes d’une conduite attentive au cours de laquelle la sangle a lâché plusieurs fois, nous avons arrêté notre encordée devant une cour invraisemblable — inondée d’huile de moteur et jonchée de culasses, pistons, pneus et outils en tout genre. En quelques instants, le garagiste, un petit homme à l’œil rieur est sorti tout entier du moteur d’une énorme Dodge. Sidérés par ses contorsions et le bric-à-brac de la cour dans laquelle il s’attachait à redonner vie aux moteurs les plus encrassés et aux mécaniques les plus usées, nous nous sommes regardés en sachant que nous avions affaire à l’homme de la situation.

« Et vous êtes bons en mécanique? » Telle est la question systématique de quiconque à qui nous expliquions notre tour du monde en 4L. Justifiée, raisonnable, il ne nous a pourtant jamais semblé nécessaire de savoir démonter entièrement une boîte de vitesses et c’est amusé que l’un ou l’autre nous répondions à tous les curieux que personnellement nous n’étions pas très connaisseurs, mais que notre coéquipier se débrouillait bien — ce qui avait l’avantage de couper court à toutes autres interrogations sur le sujet! C’est donc ignorants qu’aux États-Unis nous avions diagnostiqué un démarreur défectueux, que par manque de temps nous nous étions accordés de le changer en Colombie (où il reste beaucoup de 4L en circulation) et de pousser la voiture en attendant!

En deux minutes, le mécanicien nicaraguayen nous annonçait que la batterie était morte et qu’il nous suffisait de la remplacer. La batterie faiblissant depuis la Californie, n’alimentait plus suffisamment le démarreur en électricité et ce dernier ne se lançait pas pour entraîner le moteur. Simple. Nous qui pensions que les galets et les charbons du démarreur étaient usés, nous avions tout faux! Mais ne prenez surtout pas à la lettre notre explication, nous pourrions encore nous tromper! La prochaine fois nous ne ferons pas semblant de connaître l’origine d’une panne et nous nous rendrons directement chez un garagiste… Nous rions encore aujourd’hui de notre incompétence! Malgré tout, bien que nos connaissances soient limitées, nous n’avons jamais eu avant cet événement de panne nous empêchant de rouler. Il serait injuste à cet égard de ne pas mentionner Jean-Pierre Prévost et son équipe qui ont méticuleusement préparé la 4L avant notre départ. D’autre part, dans tous les pays que nous traversons, nous trouvons toujours un mécanicien capable de réparer un moteur avec peu! Tous trois penchés dans le moteur jusque tard dans la soirée, nous éclairions les gestes du mécanicien avec notre lampe à dynamo. Émerveillé par tant de « technologie », ce dernier éclatait de rire à chaque tour de moulinet nécessaire pour la recharger en énergie. Fasciné par notre lampe nous lui avons laissé en guise de remerciement et c’est tous les trois avec le sourire et une batterie neuve mais trop grande, que nous nous sommes quittés nos deux phares jaunes perçant la nuit.

Les deux jours qui suivirent furent intenses. Nous avions fait le choix d’envoyer la voiture du Panama à la Colombie mi-mars plutôt que d’attendre le mois d’avril, afin de passer plus de temps en Amérique du Sud. De ce fait, nous avons été contraints de traverser le Costa Rica en moins d’une journée. Pays connu pour sa nature et le coût élevé de la vie, il est surnommé la Suisse de l’Amérique centrale et finalement nous intéressait un peu moins. Après des heures passées aux douanes pour franchir les frontières du Costa Rica et du Panama et deux nuits dans des stations services sous une pluie tropicale incessante, nous sommes arrivés au Balboa Yacht Club à Panama City, lieu où tous les overlanders finissent leur route avant de s’attaquer aux formalités administratives des traversés en cargo pour l’Amérique du Sud. À notre arrivée, nous avons eu le plaisir de faire la rencontre de plusieurs voyageurs! Des allemands retraités dans un camion tout terrain, une famille de français avec trois enfants dans un camping-car de Californie et un couple belge-espagnol dans un Land Cruiser immatriculé à Bruxelles! Au dernier moment nous avons donc changé tous nos plans et décidé d’annuler nos rendez-vous du lendemain pour envoyer la voiture et de partager un container de 40 pieds avec nos amis de Belgique, Alexander et Mireia, ce qui nous permis de diviser le prix de la facture par deux! Des dizaines d’heures passées sur Skype et à envoyer des mails depuis San Francisco se sont révélées inutiles, puisque notre traversée aura finalement été réglée en l’espace d’une soirée! C’est donc un très agréable moment que nous avons passé tous ensemble au Balboa Yacht Club à s’échanger des bons plans et à se raconter nos aventures, vivant comme une grande famille, toutes générations confondues de 4 à 68 ans!

Sitôt les formalités pour le container réglées, nous avons rencontré Aymeric et Elise, deux rouennais expatriés à Panama City. Ils nous ont réservé un accueil très chaleureux où du haut du 42ème étage d’une tour magnifique, nous avions une vue imprenable sur la capitale. Ces quelques jours passés en leur compagnie ont été pour nous l’occasion de nous reposer, de rencontrer l’Alliance Française de Panama City, d’assister à un concert, de découvrir la ville ainsi que le fameux canal! Nous avons été surpris par le niveau de développement élevé de la ville, les grattes-ciel y poussent comme des champignons et la première ligne de métro vient de voir le jour! Toutefois, sous ses allures d’état moderne, l’économie panaméenne est largement perfusée par l’activité du canal et la redistribution des richesses ne semble pas bénéficier à tout le pays. Canal de 80 km de long connectant l’océan Pacifique à l’océan Atlantique depuis 1914, il laisse aujourd’hui passer plus de 14 000 bateaux tous les ans avec une taxe moyenne de 54 000 $ et afin d’optimiser le rendement des écluses, les portes-containers sont aujourd’hui construits en fonction de la taille des écluses, soit 305 mètres de long et 33,5 mètres de large. Inventés en 1956, la standardisation des containers a fait exploser le trafic maritime et a de ce fait été un moteur de la mondialisation. Les panneaux publicitaires Coca-Cola ou Samsung que nous trouvions même dans les campagnes les plus reculées du Népal, du Vietnam ou du Honduras en témoignent.

La voiture dans son container au côté d’un 4×4 Land Cruiser belge, il nous fallait trouver une solution pour passer le Darien Gap, la jungle entre le Panama et la ColombieL’absence de route entre les deux continents relève plus de questions politiques, écologiques et sécuritaires que techniques et les seuls moyens de passer d’un pays à l’autre sont de prendre l’avion ou d’embarquer sur un bateau pour relier Colón au Panama à Cartagena en Colombie. Les deux moyens de transport étant environ au même prix, c’est sans hésitation que nous avons choisi de troquer notre 4L pour un voilier de 12 mètres avec nos amis Belges! À bord du Corto II, nous étions 9 passagers avec un capitaine argentin et un petit chien! Les liaisons sont régulières et si la traversée vers la Colombie dure seulement 48h, les capitaines naviguent d’abord dans les îles paradisiaques des San Blas pendant trois jours. Cet archipel de 300 îles a tout d’un décor de carte postale: l’eau de mer turquoise, le sable fin, les palmiers sur des îles vierges, les dauphins au réveil… Nous étions donc très occupés entre pêche, nage avec masques et tubas pour observer les poissons et les récifs et lecture au soleil. La traversée en elle même fut moins reposante puisque une forte houle — dont Nicolas se souviendra — a rendu malade la moitié de l’équipage!  Dans des conditions de mer un peu moins faciles, le capitaine nous a étonnés par sa capacité à gérer seul le bateau de jour comme de nuit et à cuisiner pour tout le monde tout en gardant le sourire! Finalement nous sommes arrivés au milieu de la nuit à Cartagena en Colombie et devons désormais nous armer de courage et de patience pour effectuer les formalités administratives pour récupérer la 4L, établir un programme prévisionnel pour les quatre prochains mois et commencer la découverte de ce nouveau continent qui s’annonce riche et magnifique! En avant!

Nicolas & Matthieu

 

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De l’Amérique du Nord à l’Amérique centrale

Au Mexique, nous avons contourné Mexico City pour retrouver Claire à Cholula, une amie d’enfance avec qui nous nous appliquions à faire des pâtés de sable en Bretagne il y a de nombreuses années! Bien que nous soyons aussi efficaces qu’une équipe de Formule 1 pour démarrer la voiture en la poussant, nous préférons éviter autant que possible de nous engager dans des grandes villes embouteillées, d’autant plus que nous avons été plusieurs fois mis en garde sur la corruption de la police dans la capitale mexicaine. Après une journée de route sur des grands axes chers mais en bon état, nous avons atteint Cholula, ville voisine de Puebla qui concentre la plupart des étudiants des universités aux alentours. Nous avons été chaleureusement accueillis dans une collocation d’étudiants français en échange. Les voir en pleine période de partiels et de rédaction de mémoire nous a rappelé une nouvelle fois notre chance d’interrompre nos études pour découvrir le monde en voyageant. Pour le week-end, Claire nous a proposé d’aller gravir La Malinche, un volcan de 4461 mètres d’altitude. Engourdis par plusieurs milliers de kilomètres de route depuis les États-Unis, nous avons sauté sur l’occasion de prendre l’air! Ainsi, après avoir retrouvé Camille et Hania deux amies de Claire et être allés au marché pour s’approvisionner pour deux jours, nous avons planté notre tente à 3000 mètres au pied du volcan, afin de commencer l’ascension dès l’aube. Au cours du dîner, à l’écart de nos tentes et autour d’un feu de bois, des chiens errants ont profité de notre inattention pour déchirer la tente des filles et dérober l’intégralité de nos provisions! Ce fut sans doute leur meilleur repas depuis longtemps: jambon, fromage, tortillas, chocolat et même avocats! Ayant une dent contre les chiens affamés de la veille, nous sommes partis au lever du soleil et avons atteint le sommet, 1461 mètres de dénivelé et quelques heures plus tard. À cette altitude où les poumons ne peuvent se remplir qu’à 65% de leur capacité maximale, le manque d’oxygène — pour nous qui ne sommes pas habitués — s’est manifesté par une sensation de fatigue intense où chaque mouvement demandait un effort considérable. La vue panoramique sur les plaines et volcans mexicains valaient bien les quatre heures ardues de montée dans la roche volcanique et sur le sol sablonneux de cet impressionnant volcan. Cette excursion en compagnie de nos nouvelles amies restera l’un des moments forts de notre passage au Mexique.

Nous avons occupé le reste de notre halte à Cholula à organiser la suite du voyage. Aussi étonnant que cela puisse paraître, il n’y a pas de route reliant l’Amérique centrale à l’Amérique du Sud. La voiture devra passer en cargo le fameux Darien Gap, jungle infranchissable entre le Panama et la Colombie. C’est donc à nouveau que nous nous sommes plongés dans l’univers infernal du transport maritime, en envoyant des dizaines de mails de demande de devis et de calendrier de traversées. Aucune ne correspondant à notre planning idéal nous avons dû prendre la décision de réserver une place sur un bateau assez tôt au mois de mars, choisissant ainsi d’aller plus vite en Amérique centrale pour privilégier l’Amérique du Sud. Le voyage est toujours une question de choix et de compromis!

C’est donc avec l’objectif d’avancer vite vers le Panama tout en découvrant les incontournables de cette région du monde que nous sommes repartis vers l’est et la région du Chiapas, l’une des moins touristiques du pays. Après une nuit de camping, nous avons découvert à l’aube le site maya de Palenque, où se mêlent ruines, temples, jungle luxuriante et cascades. Nous avons déambulé dans ce site extraordinaire quelques heures sous un soleil de plomb à l’affût des singes hurleurs dont seuls les cris perturbaient le calme du lieu. Aux abords du Golfe du Mexique dans le Yucatán, nous avons continué d’alterner entre camping et petites auberges pour dormir, et pour nos repas entre restaurants de rue et soupes de nouilles chinoises lyophilisées que nous mangions parfois après une salade de crudités et d’avocats. Dans cette région fantastique nous avons fait une halte à Chichén Itzá, connu pour être l’une des sept merveilles du monde. Très bien restaurée, la pyramide majestueuse impressionne par sa géométrie et ses proportions. Au détour de notre route, nous avons aussi découvert les cenote, cavités souterraines partiellement remplies d’eau douce, ces sites presque surréalistes dans lesquels nous nous sommes baignés font partie des plus belles choses que nous avons pu apprécier depuis le début de notre périple. Enfin, nous avons campé à la belle étoile sur la plage, face à la mer des Caraïbes dans laquelle nous avons piqué une tête le matin. L’idée peut faire rêver, mais en réalité le vent nous a recouvert de sable (nous en retrouvons encore au fond de nos duvets), nous avons été attaqués toute la nuit par des insectes et été réveillés à 4 heures du matin par une averse tropicale… Toutefois nous avons été conquis par le Mexique, où nous sommes passés du désert à la jungle en explorant la montagne. Les Mexicains accueillants et gais, le climat, les couleurs et l’ambiance festive qui y règne rendent ce pays chaleureux et passionnant.

La sortie du Mexique et l’entrée au Belize ont marqué nos premiers kilomètres en Amérique centrale! Nous avons traversé ce petit pays en écoutant Bob Marley, musique tout à fait adaptée au rythme et à l’atmosphère du pays. Les paysages, les habitants et les petites maisons colorées sur pilotis nous ont fait penser aux Antilles. Le passage de frontières terrestres est devenu une routine quasi-quotidienne et notre expérience nous permet désormais de couper court à toutes tentatives d’escroqueries. Au Guatemala nous avons découvert le site maya de Tikal, et assisté aux aurores avec émerveillement au réveil de la jungle sur la canopée, du haut d’une des pyramides. En voulant atteindre les cascades paradisiaques de Semuc Champey pour bivouaquer, nous avons dû pour la première fois renoncer à notre objectif et faire demi-tour. La route de montagne très accidentée s’est révélée être impraticable par notre petite 4L qui surchauffait et peinait dans la montée avec ses deux roues motrices. L’ambiance tendue dans les rues au Honduras et le fait que le gérant de l’hôtel se soit armé à la nuit tombée nous laissera un souvenir mitigé de ce pays, dans lequel nous sommes bien conscients de n’être restés que trop peu de temps pour l’apprécier à sa juste valeur. Enfin, nous avons levé le pied au Nicaragua pour découvrir les villes coloniales de León et Granada. Nous nous sommes octroyés un week-end de pause sur l’île d’Ometepe formée par deux impressionnants volcans au milieu d’un lac si étendu qu’il fait penser à une mer intérieure. Nous avons profité de la tranquillité de l’île encore préservée du tourisme, pour nous reposer et travailler sur les carnets de route, les photos et les rencontres avec les micro-entrepreneurs.

Durant cette rapide traversée de l’Amérique centrale, nous avons l’impression de passer notre temps dans les stations services, parfois nous plantons même notre tente dans ces lieux sans charme mais qui ont le mérite d’être économiques et pratiques: wifi, toilettes et café! Nous sommes frustrés de parcourir à toute vitesse cette partie du monde en enchaînant de longues journées au volant, mais au moins nous avons le temps d’admirer les paysages vallonnés et la végétation tropicale nouvelle pour nous! Il fait très chaud et lorsque nous sommes à l’arrêt, notre voiture se transforme en four! Nous transpirons d’autant plus que les contrôles de police sont fréquents sur la route, heureusement nous sommes maintenant bien rodés. Lorsque nous nous faisons arrêter nous oublions comme par enchantement notre espagnol et parlons français en faisant de grands sourires. Nous expliquons par des gestes que nous allons au Brésil para el mundial, pour la coupe du monde de football de juin 2014, ce qui nous le reconnaissons est un petit mensonge. Alors, immanquablement le visage du policier d’ordinaire si grave, s’illumine et la situation se décrispe! C’est donc grâce au football — passion commune de tous les peuples — et grâce au charme de notre petite 4L qu’aucun policier ne nous a encore demandé de l’argent pour une infraction imaginaire, pratique pourtant courante dans cette région.

Nous sommes heureux d’interrompre notre folle course à Managua chez Victor et Margaux, deux amis français. Dans la capitale nicaraguayenne nous rencontrerons de nouveaux micro-entrepreneurs soutenus par l’intermédiaire de notre partenaire Babyloan et sommes ravis à la perspective de découvrir de nouvelles micro-entreprises!

Nicolas & Matthieu

 

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¡Bienvenidos a Mexico!

Si proches de la Silicone Valley, nous n’avons pu nous empêcher de faire un crochet par le campus de Google et d’Apple avant de rejoindre la Highway 1 longeant l’océan Pacifique jusqu’à Los Angeles. La côte californienne est préservée et la route surplombant l’océan nous a offert des panoramas superbes. À cette époque de l’année, les rives sont peuplées de lions de mer venus d’Alaska pour se reproduire et seuls quelques surfeurs s’aventurent dans les puissants rouleaux du Pacifique. Nous avons repris nos habitudes de campement et avons planté notre tente dans des endroits sauvages et parfois plus balisés. En effet, il est interdit de camper n’importe où aux États-Unis et nous avons dû nous résigner plusieurs fois à dormir dans des campings, occupés principalement par des camping-cars — ce qui nous enchantait que moyennement. Toutefois, cela nous a permis de faire de très belles rencontres avec d’autres voyageurs, notamment avec Judit, sage-femme suédoise à mi-temps, installée aux États-Unis depuis trente-cinq ans. Célibataire d’une cinquantaine d’années, elle vit dans une camionnette afin de passer le reste de son temps à contempler les étoiles, les merveilles de la nature et du monde en voyageant énormément sur tous les continents. C’était un plaisir d’échanger avec cette femme intéressée par notre projet, douce et bienveillante envers nous. Judit était véritablement une rencontre étonnante et marquante de notre périple. Hippie sans être à la marge, elle garde les pieds sur terre, reste en contact avec ses enfants à New York et connectée à la réalité du monde avec son iPhone, dont elle nous a confié ne plus pouvoir se passer. C’est après avoir partagé un petit déjeuner ensemble que nous nous sommes quittés et qu’à notre stupéfaction elle nous a laissé une contribution à notre voyage plus que généreuse! D’une manière générale, nous avons trouvé les américains sympathiques, enthousiastes et facilement abordables. Il nous est même arrivé d’avoir été invité à prendre un brunch avec un inconnu après avoir seulement échangé quelques mots à la caisse d’un supermarché! Dans cette région, pôle mondial de l’entrepreneuriat et des nouvelles technologies, nous avons senti que tout était possible et que de belles histoires s’écrivaient tous les jours. Malgré tout, les immigrés illégaux d’Amérique centrale qui passent leurs journées à attendre un hypothétique employeur sur le bord de la route pour effectuer des travaux manuels pendant quelques heures, montrent que cet eldorado n’est pas accessible à tout le monde.

Notre visite de Los Angeles fut expéditive. Immense, striées de voies rapides et d’échangeurs nous n’aurons des photos que de Beverly Hills, du fameux Hollywood boulevard et des Hollywood Hills connues pour leurs lettres géantes dominant la ville. Nous ne souhaitions pas nous perdre dans cette fourmilière et avons préféré entrer rapidement dans la vraie Amérique. Non pas celle de la Californie ou de la côte est mais celle des grands espaces, des ranchs et des villes ouvrières. Nous avons ainsi traversé l’Arizona où les paysages nous donnaient la vive impression d’être dans un western avec des cowboys et des indiens! Au Nouveau Mexique, nos interminables kilomètres ont été marqués par la neige et par une petite frayeur après avoir frôlé la panne d’essence au milieu de nulle part. Nous possédons tous les deux un trousseau de clé de la voiture et un troisième est caché dans un double fond à l’intérieur de la 4L. Un soir en montant le camp peu avant la tombée de la nuit, nous nous sommes aperçus qu’il nous manquait le bouchon d’essence! Lors de notre dernier plein, nous avions échangé de conducteur et le bouchon d’essence avec les clés de Nicolas a glissé du toit pour finir sa course dans un petit nid de poule, non loin de la station service. Par chance nous l’avons retrouvé intact dans la nuit noire, ce qui nous aura valu un détour d’une centaine de kilomètres mais bien nécessaire! Comme pour donner un peu de piment à l’aventure, le carburateur a commencé à faiblir et notre démarreur a cessé de fonctionner peu après notre départ d’Arizona. Nous devons désormais pousser la 4L et la démarrer en deuxième vitesse quasi systématiquement. Ce qui se révèle assez pénible en ville, attire en fait une poignée de curieux qui nous prête volontiers main forte. Capricieuse, cette dernière finit toujours par vrombir dans un mélange de rires, de cris et de gaz d’échappement.

Nous avons été abasourdis par la porosité de la frontière dans le sens États-Unis – Mexique puisque nous l’avons franchie rapidement sans même avoir été fouillés ou obtenu un tampon de sortie des États-Unis sur notre passeport! Si les douaniers étaient indulgents avec nous, dans l’autre sens la frontière est une vraie forteresse. En quelques heures nous nous sommes retrouvés au pays des tacos, des burritos, de la Corona, des santiags, des sombreros et des moustaches! Le niveau d’insécurité élevé au Mexique vient cependant ternir l’ambiance festive que l’on trouve dans le pays. Les américains comme les mexicains à qui nous évoquions notre voyage nous ont mis en garde plusieurs fois sur le banditisme, la corruption de la police et la dangerosité des cartels de la drogue sévissant notamment dans le nord du pays et nous ont recommandé d’être extrêmement prudents. Conscients de la situation nous avons traversé assez vite l’état de Chihuahua et de Durango où il n’est pas de bon ton de se retrouver seul au milieu de la nuit dans un désert de cactus! À cet égard, nous ne comptons plus les check points sur la route où certains militaires sont armés comme si le pays était en guerre et où la fréquence des rondes policières dans les villes nous rappelle à quel point la situation est tendue avec les narcotrafiquants. Nous avons donc au cours de ces dernières semaines de route bien progressé vers l’Amérique centrale grâce à un réseau routier excellent mais onéreux et une circulation fluide. C’est la première fois que nous dépensons autant en péages qu’en essence par jour!

Nous sommes conquis par le Mexique, on y mange bien, il est facile de voyager et les mexicains sont très sympathiques. Des pays que nous avons déjà traversé celui-ci est un mélange étonnant. Plus développé qu’on ne l’imaginait, on y retrouve un peu la même ambiance qu’en Turquie, pays que nous avons visité en septembre dernier. D’un point de vue urbanistique, les petites villes mexicaines sont agréables à vivre et conviviales. Les habitations aux toits plats ne dépassent pas les trois étages, les rues principales convergent vers une place centrale boisée et nombreux sont les restaurants et cafés à avoir une terrasse sur la rue ou une petite cour intérieure. Dans les villes historiques, les vestiges et bâtiments de l’époque coloniale espagnole datant du XVIème au XIXème siècle côtoient les magasins et chaînes de restaurants dont les enseignes sont discrètement peintes sur les façades, ce qui rend l’ensemble très harmonieux! Ainsi nous avons visité San Luis Potosi et été accueillis très chaleureusement par une famille mexicaine, que nous avons eu la chance de rencontrer grâce à des amis en France. Plus au sud, nous avons fait la découverte de Guanajuato qui est sans hésitation la plus belle ville de notre voyage! Très vivante, chaque rue est plus éblouissante l’une que l’autre et nous nous sommes promenés émerveillés, ne sachant où poser notre regard tant la ville était superbe. Mêlé à l’architecture coloniale espagnole, c’est un patchwork de maisons éclatant de couleurs magnifiques — son authenticité, son activité et ses couleurs nous ont laissé sans voix.

À l’heure où nous écrivons ces lignes nous avons en terme de durée effectué la moitié de notre périple et fait plus de 20 000 kilomètres dans 19 pays! Cette étape majeure dans l’aventure Microcrédit en 4L est l’occasion pour nous de remercier l’engagement de l’Agence Française de Développement et du département de la Seine-Maritime à nos côtés, tous nos partenaires ainsi que l’ensemble des donateurs particuliers si nombreux et sans qui nous ne pourrions soutenir autant de micro-entrepreneurs et vivre une si extraordinaire aventure. Nous ressentons un drôle de sentiment à l’idée que l’Asie soit derrière nous et que nos prochaines rencontres avec les institutions de microfinance se feront en espagnol! Toutefois, nous nous réjouissons des belles routes et rencontres à venir. Mais avant toute chose, poussons la 4L!

Nicolas & Matthieu

 

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Aux États-Unis, un deuxième départ!

Notre voyage en avion du Vietnam aux États-Unis fut interminable. Ayant réservé les vols les moins chers, c’est sans surprise que nous avons mis près de vingt sept heures à rejoindre le continent américain et dû faire une escale d’une demie journée à Séoul, en Corée du Sud. Pour ne pas errer entre les magasins en duty free, la salle d’attente et les toilettes nous sommes allés de bon matin découvrir la capitale dans un froid polaire! Rapidement nous avons visité le Palais de Gyeongbok mais fatigués par nos trop courtes nuits, notre folle course en Asie du Sud-Est et la moto au Vietnam, nous avons trouvé refuge dans un café afin d’écrire et d’actualiser notre site internet.

Une fois en Californie, nous avons été accueillis par une partie de nos familles venue de France avec lesquelles nous sommes restés une dizaine de jours. La ville de San Francisco n’a désormais plus de secret pour nous tant nous avons arpenté ses rues quasi-verticales et un road trip à travers la Californie et le Nevada nous a permis de découvrir la superbe nature du Yosemite Park et les paysages à couper le souffle du Grand Canyon. Nous avons notamment fait escale à Las Vegas, où la démesure comparable à celle de Dubaï est liée à la folie du divertissement. Dans cette ville où tout n’est qu’incitation à la consommation ou au jeu, il est possible de faire dans la même journée un tour de gondole à l’hôtel Venitian, puis de flâner dans des rues parisiennes artificielles et enfin d’assister aux spectacles les plus grandioses du moment. Pouvoir relâcher la pression et se laisser porter dans un voyage confortable avec nos familles pendant quelques jours fut très agréable.

Après une longue traversée du Pacifique, c’est avec excitation et soulagement que nous avons reconstitué l’équipe avec la 4L! Hors de son container et garée chez notre prestataire dans un entrepôt abritant des voitures de collection toutes plus belles et étonnantes les unes que les autres, la 4L côtoyait Porsche, MG et Triumph sans rougir! De bouche à oreille, nous avons rencontré Jean, mécanicien français installé à San Francisco depuis presque cinquante ans qui a été séduit par le projet et a accepté de faire une révision de la voiture, bien nécessaire après les pistes népalaises et indiennes. Nous avons rapidement compris qu’elle était entre de bonnes mains lorsque nous avons aperçu devant son garage une 2CV, une Renault 5 et vu ses gestes précis dans le moteur. La pompe à essence qui commençait à faiblir a été changée, les soupapes réglées, les fuites du carburateur bouchées et l’alternateur remplacé par le neuf que nous avions dans le coffre depuis notre départ. Jean est un mécanicien très doué et consciencieux, son humilité et sa gentillesse nous ont beaucoup touché. C’est grâce à lui que nous avons pu repartir sereins sur les routes d’Amérique! Après ces cinq mois de voyage, nous avons effectué un grand tri dans notre matériel en nous délestant du superflu. La décision la plus dure à prendre fut de nous séparer de notre galerie toit. À l’issue d’une grande réflexion nous avons décidé de renvoyer celle-ci en France, en prenant le soin de garder un jerrican, pour d’une part nous alléger et d’autre part éviter d’attirer l’attention dans les prochains pays.

Logés pendant plus d’un mois par nos familles expatriées à San Francisco, nous avons vécu dans des conditions royales, l’hiver californien est plus doux qu’en Normandie et nous ne nous sommes pas lassés de préparer la suite de notre périple face à la baie de San Francisco. Ce fut également l’occasion pour nous de faire un premier bilan de nos opérations de microcrédit à travers des reportages vidéos de nos rencontres avec les acteurs et les bénéficiaires de la microfinance, ainsi que par des portraits de micro-entrepreneurs que nous diffusons sur notre site internet. Cette pause — bien qu’un peu longue à notre goût — fut utile pour planifier notre itinéraire, nos rencontres, nos conférences et établir les premiers contacts avec les différents intermédiaires pour les prochains cargos entre le Panama et la Colombie et le Brésil et le Sénégal. Notre pot de départ en parallèle du Super Bowl (la fameuse compétition de football américain) et en présence d’expatriés français à qui la 4L évoquait forcément un souvenir lointain, nous a rappelé notre extraordinaire week-end de départ fin août. Ainsi, c’est avec un équipement réduit à l’essentiel, une voiture propre et en bon état, que nous avons pris un nouveau départ de San Francisco le 3 février! Fin prêts à dévaler la Panamericana vers des horizons inconnus, nous étions enchantés à l’idée de découvrir les terres centrales et sud américaines! Une dernière fois nous traversions les Golden Gate Bridge, merveille architecturale de 1937, impatients et émus par l’hospitalité de nos familles.

Nicolas & Matthieu